Retable italien

Au Louvre, j’aime le retable italien de l’atelier des Embriachi. La nouvelle organisation des œuvres et notamment le rassemblement au 1er étage de l’aile Richelieu des objets médiévaux est une source de plaisir. De splendides psautiers en ivoire, des sculptures mariales en bois polychromiques, des bijoux incrustés de pierres précieuses. Mais le musée, comme l’Histoire, ne garde que le terme générique de Moyen-Age pour une période allant de la chute de Rome (476) à la découverte des Amériques (1492). Et en plus de mille ans les techniques, des outils, de taille, de représentation ont évolué. L’avantage de cette promiscuité dans les vitrines est d’admirer cette évolution sur un millénaire. Et un millénaire, c’est long, surtout vers la fin. Cela permet de découvrir la rugosité des premiers artistes, puis la finesse qui s’acquière avec le temps et la maîtrise, pour finir par une miniaturisation et une précision toute chirurgicale.

Retable par l'atelier des Embriachi

Retable par l’atelier des Embriachi

Au milieu de cet ensemble, j’avoue avoir une préférence pour ce retable de facture italienne (atelier des Embriachi) daté autour de 1400. C’est un cadeau du duc de Berry à l’abbaye de Poissy. Alors le duc de Berry en voilà un drôle ! Et « que je prends en enluminures (selphies de l’époque) de mes châteaux » (Les Très Riches Heures du duc de Berry), et « que je fais cadeau d’un retable à l’église, à condition que ma femme et moi soyons représentés entre le Christ, Saint Jean-Baptiste et Saint Jean-tout court. » Querelleur, mais l’histoire a, un peu, oublié ce qu’il querella pour ne garder de lui que la trace d’un mécène. C’est toujours mieux que le contraire (contre-exemple : les Borgia).

Retable par l'atelier des Embriachi

Retable par l’atelier des Embriachi

Retable par l’atelier des Embriachi

Retable par l’atelier des Embriachi

Pourquoi ce retable ? D’abord sa taille en fait une pièce impressionnante. A vue de nez deux mètres de côté et deux mètres cinquante voir trois mètres de haut. Mais surtout, chaque arche comporte une vingtaine de carreau et chaque petit carreau est lui-même composé de 4 lames d’os. Et 4 lames sculptées et accolées racontent un passage de la vie d’un des trois Pieds Nickelés évoqués plus haut. Alors il existe des retables plus grands, des triptyques plus beaux, des vies de saints plus colorées mais la blancheur de l’os donne à l’objet un aspect encore plus étonnant, envoutant, hypnotisant.

Retable par l'atelier des Embriachi

Retable par l’atelier des Embriachi

Retable par l’atelier des Embriachi

Retable par l’atelier des Embriachi

Je ne serai pas cynique et ne raillerai pas le monsieur sous la table du Christ à quatre pattes avec une chasuble sur les reins. Les us et coutumes ne méritent pas d’être jugés au regard de notre époque. Non c’est le nombre de lames, la multitude de détails sur chaque carreau, la précision des sculpteurs pour traduire au mieux la notion de perspective et cette couleur laiteuse et reposante qui provoquent mon admiration.

Retable par l'atelier des Embriachi

Retable par l’atelier des Embriachi

Retable par l’atelier des Embriachi

Retable par l’atelier des Embriachi

Je suis passé plusieurs fois devant. La première fois j’ai trouvé que 4 lames par carreau cela permettait au sculpteur de se planter sur une lame sans avoir à refaire tout le carreau (il lui suffisait juste de refaire la lame ratée). C’était assez pratique. Après, je me suis rendu compte qu’il s’agissait d’os et qu’à part des omoplates de gros mammifères il devait être difficile de trouver la superficie osseuse souhaitée pour autant de carreaux, d’où le découpage en lames plus promptes à correspondre au diamètre d’un os « classique ». D’autant que l’éléphant dans les alentours de l’atelier des Embriachi, même en 1400 cela était plutôt rare. Hannibal était passé et trépassé depuis longtemps.

Retable par l'atelier des Embriachi

Retable par l’atelier des Embriachi

Retable par l'atelier des Embriachi

Retable par l’atelier des Embriachi

Alors cela induit une autre question que me plaît beaucoup (vieux croqueur de soutane que je suis) : quels os ont servi de support à la construction du retable ? Que les vies d’illustres saints soient immortalisées sur des fémurs de porc ou des côtelettes de vache, ça craint un peu. Par contre j’aime à croire que l’atelier des Embriachi ait pu faire ses courses dans l’ossuaire de je-ne-sais quel monastère. Qu’entre deux statuts de poussière, les moinillons servent à autre chose qu’à la messe. Je ne me fais aucune illusion sur la véracité de cette idée, mais elle me plaît bien. J’aime aussi l’idée que les commanditaires du retable aient pu spécifier par contrat, sous forme d’alinéas, lors de la commande les os de quels animaux pouvaient être utilisés ou pas : « Alors nous disons : vache, oui ; rat, non ; brebis, non ; cheval, oui ; cochon, non ; poule, pas d’avis. »

Retable par l'atelier des Embriachi

Retable par l’atelier des Embriachi

Retable par l'atelier des Embriachi

Retable par l’atelier des Embriachi

Mais ce qui souligne la blancheur du retable c’est ce qui provoque mon plaisir devant cette œuvre, car sans cela j’ai quand même du mal à m’exciter sur la vie de Saint-Jean même gravée sur une rotule de poney. Le vrai plaisir donc, vient de la marqueterie dite « alle certosina » (Oui, comme la chartreuse de Pavie. Non, pas comme le risotto alla certonisa). Car si vous avez pu être ému par la finesse des sculptures, je les trouve rehaussées par la finesse des emboitements d’os et de bois. Par ces lignes géométriques répétées avec exactitude et rigueur jusqu’à la saturation visuelle. Par cette marqueterie qui ne vient pas alourdir le retable mais au contraire, le faire ressortir comme un léger, très fin surlignement. Et si vous ne me croyez pas, venez voir.

Retable par l'atelier des Embriachi

Retable par l’atelier des Embriachi

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