La pyxide d’al-Mughira

Au Louvre j’aime la pyxide d’al-Mughira. Et là, j’en aperçois déjà en train de s’étouffer avec leur drapeau de la Manif pour tous : « Quoi ! Un truc d’arabe dans le château parisien des rois de France ! » Oui et pas un seul, des centaines d’objets qui bénéficient d’une cour aménagée et réservée à l’art de l’Islam.

IMG_20141009_201908D’abord le pavillon consacré aux Arts de l’Islam est très agréable. Dans une ancienne cour du palais, sur deux niveaux plus une mezzanine, sont exposées des pièces qui viennent d’Inde, du Pakistan, de Palestine, de l’ancienne Mésopotamie, du Proche et du plus lointain des Orient. Toute la sphère d’influence de l’Islam à travers les siècles. Cette portion du musée est surmontée d’un toit ouvragé qui laisse passer un peu de lumière à la façon des moucharabiés avec une forme ondulante qui laissera penser aux plus obtus que voici le voile musulman qui vient draper un musée français. En raison de sa couleur dorée je préfère y voir les dunes de quelque désert arabisant.Pyxide d’al-Mughira

Le pavillon des Arts de l'Islamimg_20170126_182208_551324Venir à Paris pour admirer des tapis persans n’est peut-être pas la priorité du visiteur de base au Louvre.  Cela permet d’être relativement tranquille pour admirer les céramiques, les bois sculptés, les mosaïques, les incrustations de tous métaux dans toutes les pierres possibles. La tranquillité au Louvre est un bien précieux pour admirer au mieux les œuvres et profiter pleinement de sa visite. Merci de noter que je n’hésite pas à faire partager mes bons plans.

Pyxide d’al-Mughira

Pyxide d’al-Mughira

Ultime précision enfin, en plus des habituels écriteaux décrivant succinctement les œuvres, certaines bénéficient de reproductions palpables pour les aveugles, les enfants et les visiteurs un peu idiots comme moi. Ces reproductions détaillent les techniques, les matières et permettent de se rapprocher de l’objet pour constater de visu. Elles rendent la visite plus ludique, plus intéressante, l’espace d’un instant on se sent moins bête. Je trouve cela intelligent et captivant et regrette que de telles techniques dans le parcours du musée ne soient pas plus utilisées.

Pyxide d’al-Mughira

Pyxide d’al-Mughira

Revenons alors à notre pyxide d’al-Mughira. Je ne sais très bien que vous savez tous de quoi il s’agit, mais je vais quand même préciser ce qu’est une pyxide, pour les quelques retardataires. La pyxide c’est le Tupperware© du curé. C’est là qu’il stocke ses hosties. Mais j’en entends déjà hurler que je confonds pyxide et ciboire. Non, je ne confonds pas. Le ciboire est le réceptacle utilisé pendant la messe. Mais une fois le Ite missa est prononcé que fait le prêtre du reste d’hosties ? Pour mémoire elles sont consacrées. Elles ne peuvent donc pas repartir dans la réserve d’hosties non consacrées. Vous imaginez le drame ? Peut-on consacrer des hosties déjà consacrées ? Une hostie bi-consacrée est-elle enrichie en corps du Christ ? Donc le bon père dispose d’une boîte (la pyxide) dans laquelle il range son trop-plein d’hosties jusqu’à la prochaine messe. Et ne me demandez pas si la consécration à une date limite de péremption. Je n’en sais rien. Mais cela veut aussi dire qu’à la prochaine messe il remplira son ciboire d’hostie de base qu’il consacrera et fera le niveau avec son reste de pyxide. Vous n’imaginez pas les tourments matériels de la vie de prêtre.

Pyxide d’al-Mughira

Pyxide d’al-Mughira

Vous me ferez donc remarquer qu’il est assez étrange qu’une pyxide de la Sainte Église Catholique et Romaine soit entourée d’une inscription en arabe. D’abord je vous rappellerai avec quel talent les chrétiens ont « picoré » dans les trésors du Moyen-Orient au cours des différentes croisades, ils peuvent bien en faire de même. Ensuite pyxide n’est qu’un mot pour désigner une boîte renfermant des matériaux précieux. Je vous le concède, celle d’al-Mughira n’a pas été conçue pour stocker des hosties.

Pyxide d’al-Mughira

Pyxide d’al-Mughira

La pyxide d’al-Mughira a été taillée d’un seul bloc dans une défense d’éléphant vers 968. Pour les plus pointilleux c’était un lundi et l’éléphant a été tué tourné vers la Mecque. 15 cm de haut sur 8 cm de diamètre. Le premier qui dit CMB sort immédiatement. La première surprise est de savoir que la pyxide mesure 1,8 cm d’épaisseur. Et sur cette épaisseur certaines tailles s’enfoncent de 1,5 cm de profondeur. Cela laisse 3 mm au tailleur pour éviter de crever la défense. J’aimerai pouvoir hurler l’admiration que cela demande. Imaginez-vous creuser un bloc de béton au marteau-piqueur et vous arrêter à 3 mm du bord pour éviter de transpercer. Je n’arrive pas à mieux exprimer le travail que cela représente au détail près que l’ivoire est plus dur à sculpter que le béton.

Pyxide d’al-Mughira

Pyxide d’al-Mughira

La taille est impressionnante et optimisée pour utiliser chaque cm². La défense regorge ainsi d’une multitude de représentations de détails, animaux, personnages, situations. Vol d’œufs de faucons, loups attaquant des mulets, cavaliers récoltant des dattes, combats d’hommes, de bouquetins, de lapins (oui bon là j’admets qu’un combat de lapins ce n’est pas super impressionnant) pas un seul espace de la pyxide a été épargné par les ciseaux de l’artiste.

Pyxide d’al-Mughira

Pyxide d’al-Mughira

Mais ce que j’aime plus encore c’est que l’ensemble de ce travail, d’une finesse dont je ne me lasse pas de préciser la beauté, l’ensemble est constitué en symétrie. Tout n’y est pas gravé une fois, mais deux, en miroir. Soit deux fois plus de chance de se tromper lors de l’exécution de la décoration. Mais pour un résultat deux fois plus beau. Je rappelle la date de fabrication 968, en comparaison, voici comment les artistes européens représentait Hugues Capet à peu près à la même époque :

Hugues Capet

Hugues Capet

Comparaison n’est pas raison mais cela traduit le talent des artistes dans cette région du monde à cette période. La décoration de la pyxide s’organise en plusieurs médaillons polylobés (ça je l’ai trouvé sur Wikipédia, je veux bien me la raconter, mais je sais aussi rester modeste) autour desquels et dans lesquels se trouvent différentes scènes figuratives et animales déjà évoquées plus haut. Quant au couvercle il porte comme inscription le nom d’al-Mughira, un des fils du calife. Moi mes parents ils avaient juste inscrits mon nom sur une étiquette au dos d’un jogging. Pas de quoi mériter une vitrine au Louvre.

Pyxide d’al-Mughira

Pyxide d’al-Mughira

Ce que j’aime le plus dans cette pyxide c’est que les différentes analyses permettent d’envisager qu’elle ait contenu du fard, des bijoux ou des parfums féminins. Que ce splendide pot offert à un fils de calife ait ensuite été offert à une femme en guise de cadeau et que nous conservions comme trace de son utilisation les reliefs du gynécée, je trouve que c’est une belle image des arts de l’Islam. Et si vous ne me croyez pas, venez voir.


Sur le thème des pyxide au Musée du Louvre :

Pyxide aux chasseurs

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Pyxide : Massacre des Innocents

Pyxide : Massacre des Innocents

Pyxide : les apôtres

Pyxide : les apôtres

Pyxide : Anges et fleurons

Pyxide : Anges et fleurons

Pyxide

Pyxide

Pyxide : le Christ et la Samaritaine ; Guérison du boiteux

Pyxide : le Christ et la Samaritaine ; Guérison du boiteux

Pyxide : Bustes d'anges

Pyxide : Bustes d’anges

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