Panaches de mer, lithophytes et coquilles

Au Louvre, j’aime les Panaches de mer, lithophytes et coquilles d’Anne Vallyer-Coster. La modernité du musée du Louvre, se heurte et se heurtera toujours à une parité complète. J’arpentais les allées et couloirs, les salles et les recoins à la recherche de prénoms d’artistes ne fleurant pas la testostérone. Oui, enfin c’est une image, je ne passe pas mes visites qu’à ça non plus. Une conclusion hâtive voudrait qu’au Louvre la femme peut être modèle mais pas artiste.

Panaches de mer, lithophytes et coquilles par Anne Vallyer-Coster

Panaches de mer, lithophytes et coquilles par Anne Vallyer-Coster

Il se trouve que j’aimais le tableau avant, et même après, après avoir découvert qu’il avait été peint par une femme. Née sous Louis XV, morte sous Louis XVIII elle a traversé une belle tranche d’histoire sans jamais se croire obligée de glorifier une bataille sanglante ou d’arranger le disgracieux visage d’un prince sous ses pinceaux. Non, comme femme consciente de son rang et de sa place Anne Vallyer-Coster pourrait donner l’impression d’être prostrée dans sa cuisine à peindre des natures mortes. Ce n’est pas de la misogynie facile mais quand on peint Nature morte au homard, Pêches et raisin ou Nature morte au jambon, on s’expose à pareils commentaires.

Panaches de mer, lithophytes et coquilles par Anne Vallyer-Coster

Panaches de mer, lithophytes et coquilles par Anne Vallyer-Coster

Et bien non, Ma’me Vallyer ne fait pas que son marché. Accessoirement elle fut aussi chef du cabinet de peinture de la reine Marie-Antoinette et son professeur de dessin particulier. Imaginez donc aux beaux jours, les deux femmes sortant les chevalets dans la cour du Hameau de la Reine pour immortaliser les moutons (bon je brode un peu car dans la réalité il devait y avoir du personnel pour sortir les chevalets). Et la royale autrichienne de demander : « Bitte schön, Frau Vallyer, dessine-moi ein klein mouton. » Elle s’exécutait. Même si le vrai bonheur d’Anne Vallayer-Coster semblait résider dans la reproduction de natures mortes. « Quelle vérité, et quelle vigueur dans ce tableau ! Mme Vallayer nous étonne autant qu’elle nous enchante. C’est la nature, rendue ici avec une force et une vérité inconcevable, et en même temps une harmonie de couleur qui séduit. » Non, ce n’est pas de moi, j’ai mis des guillemets, c’est Denis Diderot qui loue ainsi le talent de l’artiste. Quand c’est un monsieur qui posait en chemise de nuit qui parle, on écoute. Mais quand c’est moi on s’en fiche. Ingrats !

Panaches de mer, lithophytes et coquilles par Anne Vallyer-Coster

Panaches de mer, lithophytes et coquilles par Anne Vallyer-Coster

Alors pourquoi ce tableau ? Et bien, pratiquement parlant il est au milieu du mur, bien visible et surtout, face à lui se trouve, une chose trop rare au Louvre, des sièges pour s’assoir. Cela peut sembler idiot mais s’assoir pour regarder une œuvre c’est bien aussi. Encore faut-il avoir de quoi déposer son séant et le musée du Louvre semble préférer la circulation des visiteurs à la pose prolongée. Ainsi les sièges sont rares et précieux.

Panaches de mer, lithophytes et coquilles par Anne Vallyer-Coster

Panaches de mer, lithophytes et coquilles par Anne Vallyer-Coster

Donc là, nous avons les sièges, une place de choix sur le mur, un éclairage doux et une galerie dans les étages ce qui permet de filtrer la foule. C’est la combinaison parfaite. La composition du tableau invite le regard à se focaliser sur les coquillages. Une margelle sombre en bas, un fond et une plante sombre en haut, concentrent les yeux vers la multitude de couleurs que proposent les fruits de mer.

Panaches de mer, lithophytes et coquilles par Anne Vallyer-Coster

Panaches de mer, lithophytes et coquilles par Anne Vallyer-Coster

Dans sa construction et son thème, Anne Vallyer-Coster est assez proches des bouquets de fleurs flamands. On retrouve le fond presque noir pour faire ressortir un bouquet qui ne brille que par certaines touches de couleurs (coquelicots). Dans cet esprit, Anne Vallayer ne peint pas des fleurs des champs mais la flore sous-marine. Se libérant alors des acolytes habituels des tableaux horticoles (mouches, papillons, grillons, etc). Aucun sentiment que les coquillages puissent être habités. Ici ce qui prime, c’est l’agencement des algues, conques et autres lithophytes. La façon où, plus on part du fond du tableau et plus les objets se colorent, renforcée par la mise en lumière.

Panaches de mer, lithophytes et coquilles par Anne Vallyer-Coster

Panaches de mer, lithophytes et coquilles par Anne Vallyer-Coster

Ainsi en passant rapidement devant le tableau et/ou en conservant une certaine distance, ce qui est encore plus beau c’est le rendu nacré sur différentes parties des coquilles. Techniquement le nacré est complexe à rendre en peinture, elle varie en fonction de la lumière, de la position de celui qui la regarde, etc. Ici Anne Vallayer-Coster arrive à rendre cette touche nacrée propre aux coquillages. Ce reflet unique de la lumière sur le monde de la mer.

Panaches de mer, lithophytes et coquilles par Anne Vallyer-Coster

Panaches de mer, lithophytes et coquilles par Anne Vallyer-Coster

Peut-être que le seul conseil à donner à un visiteur désireux d’admirer le tableau, serait de conserver une certaine distance. Que la magie du nacre reste justement magique. Le souci, si l’on s’approche, est de constater par quelle ruse Anne Vallayer a réussi à le peindre. Sans nuire à la qualité du tableau dans son ensemble, cela le gâche un peu. Et comme nous ne sommes pas dans une série, je vais pouvoir allégrement vous dévoiler l’astuce : une vulgaire tache de blanc.

Panaches de mer, lithophytes et coquilles par Anne Vallyer-Coster

Panaches de mer, lithophytes et coquilles par Anne Vallyer-Coster

Et oui, ce joli reflet vu de loin n’est en fait qu’une vulgaire tâche de blanc. Un coup de Tippex© barbouillé. Très bien barbouillé car de loin l’illusion est totale mais barbouillé. Et bien malgré cette découverte cela me rend le tableau encore plus appréciable. En effet si la distance permet de saluer le travail de l’artiste et la proximité de huer son astuce, je trouve que cela traduit à merveille le plaisir de la peinture. Il faut parfois presque rien pour rendre les choses magiques. Et si vous ne me croyez pas, venez voir.


Rectificatif : Suite à mes balades louvresques j’ai tenté de lister quelques autres barbouilleuses. Que beaucoup soient dans le couloir des poules est un plaisant hasard.

Le couloir des poules - Musée du Louvre

Le couloir des poules – Musée du Louvre

J’ai donc une grosse demi-douzaine d’artistes femelles au Louvre. Je vais continuer à chercher mais je doute que cette minorité devienne une majorité :

Portrait de Jules de Polignac de Elisabeth Vigée-Lebrun

Portrait de Jules de Polignac de Elisabeth Vigée-Lebrun

Portrait du sculpteur Jean-Baptiste Pigalle de Marie-Suzanne Roslin

Portrait du sculpteur Jean-Baptiste Pigalle de Marie-Suzanne Roslin

La mauvaise nouvelle de Marguerite Gérard

La mauvaise nouvelle de Marguerite Gérard

Le rêve du bonheur de Constance Mayer

Le rêve du bonheur de Constance Mayer

Portrait d'homme non identifié de Marie-Anne Collot

Portrait d’homme non identifié de Marie-Anne Collot

La marchande de fruits et de légumes de Louise Moillon

La marchande de fruits et de légumes de Louise Moillon

La baronne de Krüdener, née Barbara Juliane van Wietinghoff et son fils Paul, et non, comme on l’a cru, sa fille Juliette qui n’était pas encore née. (L’ancien carter a été laissé pour une raison décorative) d’Angelika Kauffmann


Sur le thème du coquillage au Musée du Louvre :

Bouquet de lis et de roses dans une corbeille posée sur une chiffonnière d'Antoine Berjon

Bouquet de lis et de roses dans une corbeille posée sur une chiffonnière d’Antoine Berjon

Fleurs dans une coupe en verre, coquillages, papillons et sauterelle de Balthasar van der Ast

Fleurs dans une coupe en verre, coquillages, papillons et sauterelle de Balthasar van der Ast

Persée secourant Andromède de Joachim Wtewael

Persée secourant Andromède de Joachim Wtewael

Cinq coquillages sur une tablette de pierre d'Adriaen Coorte

Cinq coquillages sur une tablette de pierre d’Adriaen Coorte

Le buffet de Jean-Siméon Chardin

Le buffet de Jean-Siméon Chardin

L'Eau de Jan Brueghel

L’Eau de Jan Brueghel

Port de mer, effet de brume (L'embarquement d'Ulysse ou Enée, Iule et Achate ?) de Claude Gellée

Port de mer, effet de brume (L’embarquement d’Ulysse ou Enée, Iule et Achate ?) de Claude Gellée

Acis et Galatée se dérobant au regard du géant Polyphème de François Perrier

Acis et Galatée se dérobant au regard du géant Polyphème de François Perrier

Statuette, livres, boîte de copeaux et coquillages de Sébastien Stoskopff

Statuette, livres, boîte de copeaux et coquillages de Sébastien Stoskopff

La délivrance d’Andromède de Pierre Mignard

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