Course de chevaux

Au Louvre j’aime la Course de chevaux, dit traditionnellement Le derby de 1821 à Epsom de Théodore Géricault.

Course de chevaux, dit traditionnellement Le derby de 1821 à Epsom

Course de chevaux, dit traditionnellement Le derby de 1821 à Epsom


Géricault ! Rarement peintre aura si bien rendu la physionomie des animaux et particulièrement des chevaux (Je dis des animaux car il y a une tête de lionne magnifique au Louvre et un chat mort qui me fait rêver à chaque fois que mes bas de pantalons se retrouvent couverts de poils). Et si j’aime ce tableau c’est qu’étrangement les chevaux ressemblent à tout, sauf à des chevaux. Mais j’y reviendrai.

Officier de chasseurs à cheval de la garde impériale chargeant de Théodore Géricault

Officier de chasseurs à cheval de la garde impériale chargeant de Théodore Géricault

A l’heure où ses contemporains représentaient une armée, un soldat, un empereur, parfois les trois en même temps, Géricault préfère peindre ce qu’ils ont de plus beau entre les jambes, leur cheval. Et il les peint avec un talent exquis, sachant rendre toutes les nuances des robes équines, les pommelures, la puissance animale, la force musculaire, la délicatesse des jambes. Géricualt ne semble pas sublimer les chevaux, mais juste les aimer et cela se voit sur ses tableaux. C’est cette ressemblance si particulière qui fait la beauté des tableaux  de cet artiste.

Mais vous allez me dire « …et La Méduse ? » Bon alors je vais sortir mon couplet sur La Méduse et après nous parlons de choses sérieuses. En 1819 le Louvre s’apprête à ouvrir une nouvelle salle. Tout ce que la France compte de barbouilleurs se met sur les rangs pour proposer une œuvre. Géricault choisi un fait divers, l’ensablement du navire La Méduse et l’abandon d’une partie de l’équipage. Là où vous vous serviriez d’un zodiac et de trois potes comme modèles, Géricault part à la recherche des survivants, les interroge, les fait poser, reconstitue avec des charpentiers de marine le radeau dans son atelier et pour plus de réalité le parsème de cadavres par des amis médecins prêtés. Son atelier pue mais Géricault veut juste traduire la réalité que la Monarchie, nouvellement réinstallée sur le trône, souhaite masquer. Géricault c’est le journalisme d’investigation avant l’heure, c’est le poids des matelots, le choc des pinceaux.

Le radeau de la Méduse, esquisse de Théodore Géricault

Le radeau de la Méduse, esquisse de Théodore Géricault

L’accueil du Radeau de La Méduse est très mitigé (et je suis bien en-dessous de la réalité). La franchise et la vérité des faits qui transpirent dans son tableau sont jugées bien trop choquantes pour l’époque. Bref, cet aparté dans l’ultra réalisme étant mal reçu, Géricault retourne à ses premières amours, les chevaux. Et quel plus bel endroit que l’Angleterre pour trouver des chevaux ? Et quel plus bel endroit qu’Epsom pour croiser les plus beaux chevaux anglais ?

Cinq chevaux vus par la croupe, dans une écurie

Cinq chevaux vus par la croupe, dans une écurie

Prenez un normand comme Géricault qui a débuté sa carrière en peignant des chevaux et laissez-le se reposer en Angleterre. Qu’imaginiez-vous qu’il puisse peindre ? Car si le cheval est la plus belle invention de l’homme, longtemps les anglais ont su dépeindre au mieux l’animal. En fait les anglais dépeignent un lord, un duc, un bourgeois sur, à-côté, plus rarement, sous sa monture. Le cheval n’est qu’un faire-valoir de la réussite. Géricault ne voit que le cheval, le cavalier devient une sorte de verrue sur le dos de l’animal.

Course de chevaux, dit traditionnellement Le derby de 1821 à Epsom de Théodore Géricault

Course de chevaux, dit traditionnellement Le derby de 1821 à Epsom de Théodore Géricault

Alors pourquoi ce tableau de Géricault où les chevaux sont d’ailleurs assez loin de la ressemblance habituelle que nous avons de la bête ? D’abord on retrouve le talent du peintre dans le rendu de la robe animal. Je pourrai m’arrêter là et tout serait déjà dit.

Course de chevaux, dit traditionnellement Le derby de 1821 à Epsom

Course de chevaux, dit traditionnellement Le derby de 1821 à Epsom

Retournez voir La Méduse et vous constaterez que les ciels ne sont pas la matière où Théo excelle le plus. Là, cette espèce de chape sombre n’est pas sa meilleure réussite. Le rendu des rayons du soleil transperçant les nuages n’est pas magnifique. A la condition que je me pose avec un regard de météorologue. Ce qui n’est pas le cas. Et alors le ciel est juste une astuce pour ne pas perdre le regard du spectateur qui reste concentré sur le quarté. Une moitié du tableau constitué d’herbe grasse, l’autre moitié faite d’un ciel de plomb et comme touché par la grâce divine, ce moment où les chevaux passent, le ciel qui se déchire et une lumière qui descend éclairer la scène.

Course de chevaux, dit traditionnellement Le derby de 1821 à Epsom

Course de chevaux, dit traditionnellement Le derby de 1821 à Epsom

Car ce qui compte c’est justement ce moment de temps suspendu que Géricault immortalise. Et pour insister sur cette fraction temporelle il prend le risque de peindre les chevaux les quatre fers en l’air. Pour renforcer l’idée de vitesse, et de suspension, il étire les chevaux, au risque de leur donner une forme ridicule.

Course de chevaux, dit traditionnellement Le derby de 1821 à Epsom

Course de chevaux, dit traditionnellement Le derby de 1821 à Epsom

Course de chevaux, dit traditionnellement Le derby de 1821 à Epsom

Course de chevaux, dit traditionnellement Le derby de 1821 à Epsom

Cela n’a l’air de rien et pourtant ! Que n’avait-il pas fait ! Et voilà le Cadre Noir qui lui tombe dessus, et l’École Espagnole de Vienne qui remet une couche. C’est un sacrilège, jamais le cheval ne peut se retrouver ainsi. Un cheval a quatre allures : le pas, le trot, le galop et l’amble, je vous épargne le tölt, l’amble volant, le passage, le piaffer, le pas espagnol, le traquenard ou l’aubin, vous allez encore dire que je me la raconte. Donc un cheval doit toujours avoir un sabot qui touche le sol au risque de se casser la gueule.

La bataille d'Issus de Jan Brueghel

La bataille d’Issus de Jan Brueghel

Que déjà il peigne des cadavres pour faire le mariolle dans les galeries du Louvre et nuire à notre bon roi Louis XVIII passe encore, mais qu’il vienne se moquer de la physionomie des chevaux rien que pour faire son intéressant auprès des petites anglaises. Cela en était trop… Quelques années plus tard, Louis Daguerre allait finaliser la photographie et prouver que Théodore Géricault avait raison. Il existe bien un infime laps de temps où un cheval a les 4 jambes en l’air.

Cheval turc dans une écurie de Théodore Géricault

Cheval turc dans une écurie de Théodore Géricault

A son retour d’Angleterre et sans lien de cause à effet Théodore Géricault meurt à 33 ans d’une longue agonie due à une chute de cheval. Plus certainement d’une maladie vénérienne (il y a peut-être un lien avec l’Angleterre alors). Bien plus que pour cet esprit visionnaire de la démarche des chevaux, j’aime Théodore Géricault pour sa façon de peindre les animaux. Et si vous ne me croyez pas, venez voir.

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