Sarcophage représentant Dionysos et Ariane

Au Louvre, j’aime les sarcophages romains et particulièrement le Sarcophage représentant Dionysos et Ariane. Les salles qui hébergent les sculptures romaines sont magnifiques et constituent un magnifique écrin pour les sarcophages. D’autant que le sarcophage, c’est pas mal. Mieux que la dalle funéraire ou la décoration du tombeau de Philippe Pot, d’autant que  les romains les construisaient en pierre. Alliez le talent d’ingénierie romain à la pierre ou au marbre et vous récupérez un produit imputrescible.

Sarcophage représentant Dionysos et Ariane

Sarcophage représentant Dionysos et Ariane

Le sarcophage présente l’avantage d’être le produit idéal pour bien emmerder votre descendance à votre mort. En effet il s’agit de tailler les 4 faces et le couvercle, le genre de surprise testamentaire qui coûte un bras. En réalité c’est souvent trois faces, la quatrième étant plus ou moins lisse, mais quand même, prévoyez un petit budget. Car les romains n’enfouissaient pas leurs sarcophages au fond de constructions pyramidales. Ils étaient déposés sur le bord des routes. Alors hors de question d’avoir trois dessins au fusain et un brin d’olivier. Il faut que cela en jette, que cela se voit. Il faut, quand la famille se rendant à la plage, puisse croiser et retrouver le sarcophage familial pour se recueillir ou pique-niquer.

Sarcophage représentant Dionysos et Ariane

Sarcophage représentant Dionysos et Ariane

Pour la taille du modèle, vous avez d’abord l’option « urne », petit format mais là encore sculpté et orné sur le dessus. Très pratique pour glisser dans le coffre du char et partir en vacances avec mamie.

Sarcophage représentant Dionysos et Ariane

Sarcophage représentant Dionysos et Ariane

Vous avez le modèle « bar » ou « billot » qui offre un plan de travail de belle taille. Mais sans capacité réelle de stockage, sauf à coincer les amphores entre les cuisses de mamie. Attention à ne pas vous tromper de cuissot au moment de préparer le gigot pascal.

Sarcophage représentant Dionysos et Ariane

Sarcophage représentant Dionysos et Ariane

L’option « Étrusque » bien connu des jeunes latinistes qui découvraient cette sculpture sous la déclinaison de Rosa la rose. C’est un autre style, il faut aimer. Cela ne se marie pas avec tous les extérieurs.

Sarcophage représentant Dionysos et ArianeEnfin le « familial » très prisé des couples pour la Saint Valentin. Raffinement extrême doublé d’un je-ne-sais-quoi d’intemporalité. Le revêtement intérieur est en soie, du plus bel effet.

IMG_20150205_182444Quant à la décoration extérieure, vous allez me demander si l’on peut tout mettre sur son sarcophage ? Non ! Le hight-level des dieux est réservé aux patriciens. Pas de Jésus en croix pour d’obscures raisons chronologiques. Le choix est en fait assez limité et l’on retrouve régulièrement des scènes de la mythologie. On alors pour vous, la mythologie, cela remonte super loin, mais pour un romain c’était de l’histoire toute fraîche. Enfin, je veux dire, pour eux ça leur parlait. Si je vous dit Naxos, vous allez regarder sur un moteur de recherche et m’indiquer la présence de clubs de vacances et autres plages. Mais pour le romain, Naxos c’était un épisode douloureux, enfin surtout douloureux dans la vie d’Ariane. Mais si Ariane ! Pas la fusée, la fille au fil.

Sarcophage représentant Dionysos et Ariane

Sarcophage représentant Dionysos et Ariane

Je reprends tout dans l’ordre. Thésée terrasse le minotaure façon Mithra, mais avec moins de grâce. Il sort du labyrinthe grâce à un fil donné par Ariane et repart avec elle (une espèce de reconnaissance de la pelote), ils vont retrouver Egée ; le père de Thésée. Vous suivez toujours ? Ariane se voit déjà avec son fil tricoter des écharpes pour tous les enfants qu’elle aura avec Thésée. Sauf que Thésée ne semble pas pressé de convoler. Aussi, en route (ou plus exactement en mer), à l’occasion d’une escale Thésée invite Ariane à descendre cueillir des fleurs. Une fois Ariane à terre, Thésée fait remonter l’échelle de coupée et en avant toute. Ariane est abandonnée sur l’île de Naxos, les bras pleins des fleurs qu’elle vient de cueillir. Que les féministes se calment. D’abord il aurait pu la jeter à la baille. Ensuite, s’il l’a abandonnée c’est qu’il devait avoir ses raisons ou qu’elle était très conne ou très moche ou les deux. C’est du moins ce que le laisse imaginer sa représentation sur le sarcophage :

Sarcophage représentant Dionysos et Ariane

Sarcophage représentant Dionysos et Ariane

De son côté Ariane ne perd pas vraiment au change puisque contre un fort des halles qui tue le taureau à mains nues, Ariane se retrouve avec un dieu : Dionysos. Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. Fin de l’histoire… Non, pas tout de suite, comme je connais votre soucis du détail, les enfants de Dionysos et Ariane sont : Céramos, Thoas, Œnopion, Eurymédon, Phlias, Préparathos et Staphylos (Cela fait un peu maladie ou surligneur). Et comme vous êtes très pointilleux sachez qu’Eurymédon a eu les oreillons à 5 ans et Préparathos a très longtemps fait pipi au lit. Et si je me suis trompé, je vous laisse me prouver le contraire.

Bacchus et Ariane de Giambattista Pittoni

Bacchus et Ariane de Johan Georg Platzer

Donc j’en reviens à notre sarcophage. Il était assez fréquent, voire très commun, de représenter Ariane et Dionysos sur son sarcophage. Comme un espoir pour les défunts de trouver une vie après la mort semblable à celle des dieux. Ariane et Dionysos c’est le motif de base du sarcophage. Classique sans être original, il vous met à l’abri de la faute de goût. Mais attention, même au temps des dieux romains et grecs, le diable semblait se cacher dans les détails.

Sarcophage représentant Dionysos et Ariane

Sarcophage représentant Dionysos et Ariane

Car si Monsieur Dionysos à gauche et Madame Ariane se dirigeant sur des chars tirés par des centaures pour retrouver les époux morts en médaillons jusque-là c’est classique, ce sarcophage regorge de petits détails qui lui donnent le droit d’entrer dans mon panthéon des plaisirs du Louvre. Que ce soit les enfants que l’on pousse à la consommation d’alcool :

Sarcophage représentant Dionysos et Ariane

Sarcophage représentant Dionysos et Ariane

Ou ceux qui chevauchent des boucs :

Sarcophage représentant Dionysos et Ariane

Sarcophage représentant Dionysos et Ariane

Les combats entre boucs et faunes :

Sarcophage représentant Dionysos et Ariane

Sarcophage représentant Dionysos et Ariane

Ou les coquines alanguies qui font les yeux doux aux taureaux :

Sarcophage représentant Dionysos et Ariane

Sarcophage représentant Dionysos et Ariane

Des musiciens avec des sextoys :

Sarcophage représentant Dionysos et Ariane

Sarcophage représentant Dionysos et Ariane

Des serpents dangereux :

Sarcophage représentant Dionysos et Ariane

Sarcophage représentant Dionysos et Ariane

Des hommes attaqués par des tigres :

Sarcophage représentant Dionysos et Ariane

Sarcophage représentant Dionysos et Ariane

Bref, pour qui sait regarder cette dalle d’un mètre cinquante sur soixante-dix centimètres, cela regorge de surprises. Mais le plus beau est le talent des artistes. Car les faces du sarcophage font entre cinq et dix centimètres et sur cette fine épaisseur les artistes arrivent à rendre la profondeur. Si je vous assure qu’armé d’un maillet et d’un burin, dix centimètres c’est fin.

Sarcophage représentant Dionysos et Ariane

Sarcophage représentant Dionysos et Ariane

Il ne s’agit nullement d’une dalle dessinée et légèrement sculptée. Tout est en relief, les antérieurs des chevaux ressortent, les liquident coulent, les bras ne sont pas à moitié travaillés. On peut aisément passer ses mains entre une grande partie de l’œuvre et la plaque du fond qui cache le corps. Mais je ne l’ai pas fait et je ne vous invite pas à le faire car au Louvre on ne touche pas aux sculptures.

Sarcophage représentant Dionysos et Ariane

Sarcophage représentant Dionysos et Ariane

C’est d’ailleurs ce que j’aime dans cette sculpture : le talent, l’humour, la représentation divine, les jeux qui les accompagnent dans leur dernier voyage. Les romains sont plus bâtisseurs qu’artistes et que là ils puissent offrir au pauvre visiteur tant de détails voilà qui me réjouit. Et si vous ne me croyez pas, venez voir.


Sur le thème d’Ariane et Dionysos au Musée du Louvre :

Lécythe aryballisque à figures rouges - Dionysos, Ariane et Éros

Lécythe aryballisque à figures rouges – Dionysos, Ariane et Éros

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