Le Maître d’école

Au Louvre, j’aime Le Maître d’école d’Adriaen van Ostade. Et oui, aujourd’hui, cet article est pour toi. Car derrière chaque grand homme, on trouve une femme. Derrière chaque petit aussi, c’est vrai. Qui nettoyait les chemises de Jean-Marie Carret quand ce dernier revenait taché de coquillettes, suite à ses expériences avec son copain Rivoire ? Mauricette Carret ! Qui s’occupait du repas pour entendre tous les soirs « Quoi encore des pâtes ? » Mauricette Carret ! Qui lui faisait son lit au Carret ? Encore Mauricette Carret ! Donc aujourd’hui saluons la femme de l’auteur de blog.

Le Maître d'école d'Adriaen van OstadeJe ne doute pas un instant que voyant le tableau choisit pour vanter ses mérites elle se raidisse un peu. Certains se diront que je suis assez éloigné de l’Éducation Nationale pour émettre un avis. D’abord si je me tiens loin de l’école cela a toujours été un souhait plus de la part l’école que du mien. Et je n’ai rien contre les rapprochements avec le corps enseignant. Ensuite, vingt années et presque autant de ministres et de réformes, donc vingt années de cohabitation avec une hussarde noire de la République m’autorisent à pouvoir émettre un début d’avis sur la question.

Donc aujourd’hui Le Maître d’école d’Adriaen van Ostade qui nous offre une vision assez objective d’une classe dans la Hollande profonde de la fin du XVIIème siècle (1662 pour les puristes. 2 ans trop tôt pour les amateurs de bières). Et à part leurs grosses têtes de bataves c’est à peu près ce à quoi devait ressembler une classe dans la Gironde profonde au début de ce siècle (je parle du XXIème bien sûr).

Le Maître d'école d'Adriaen van Ostade Notons d’abord que si la classe semble être sur plusieurs niveaux (scolaires, pas étage) elle reste relativement peu chargée. Je dénombre une vingtaine d’enfants et pourtant je suis certain qu’à l’époque déjà, le SNUIPP (Section Néerlandaise Unie de l’International des Professeurs du Polder) devait déjà manifester contre les conditions de travail lamentables qui étaient les leurs. Pourtant les guerres franco-espagnoles devaient régulièrement vider les classes et remplir les cimetières. Les loups et le clergé se chargeant d’équilibrer les moyennes, les années de paix.

Le Maître d'école d'Adriaen van OstadeDe tout temps, la fenêtre au fond de la salle a été le lieu de rendez-vous des glandeurs et des rêveurs, de ceux qui ne comprennent pas que la vie active débute par 25 années le cul vissé sur un banc au lieu de courir les champs ; vivre le monde au lieu de le regarder. Donc de tous temps, en tous lieux cette place fut celle des poètes. Notons aussi que dans la composition qui nous intéresse cette fenêtre semble être la seule entrée de lumière. Et pourtant le bureau baigne dans un halo lumineux. Le toit est peut-être troué ? A moins qu’une immense baie vitrée soit face au bureau du professeur mais non visible pour le spectateur ? Et les baies vitrées des écoles flamandes à la fin du XVIIème siècle, c’est un vaste sujet de thèse très prisé des élèves de l’ENSA.

Le Maître d'école d'Adriaen van OstadeLe professeur, parlons-en justement. Si le dernier professeur que vous avez vu portait veston et lorgnons dans un film de Marcel Pagnol, je crains que vous ayez une fausse idée de l’enseignement. Celui-ci ressemble à merveille à nos professeurs d’aujourd’hui. Là, à vue de nez vous lui donneriez entre 50 et 55 ans ? En fait il en à 28 ans, vieillit avant l’âge par la surveillance et le remplissage de savoir dans le crâne de vos têtes blondes. Et puis admirez ce goût vestimentaire. Ce mélange audacieux de tergal et de velours côtelé. Ce bonnet rehaussé d’un petit feutre, un petit côté hipster raté. Toute la science vestimentaire de l’enseignant en une image. Des heures de formation dispensée par l’École Normale pour arriver à un tel degré dans la tenue.Le Maître d'école d'Adriaen van OstadeVous qui utilisez ce blog pour écrire votre mémoire sur « Le port de la casquette en classe de 4ème » notez cette grande différence entre les temps jadis et nos jours. A l’époque du plus jeune élève jusqu’au professeur tout le monde a le crâne couvert. A cela deux énormes avantages : Comme on s’enrhume par la tête, le crâne couvert permet de garder la tête au chaud et donc de réduire considérablement les frais de chauffage. Autre avantage ainsi couverts les cheveux ne favorisent pas la propagation des poux. Alors vous trouvez cela futile, je peux vous assurer qu’après une séance dépouillement sur un enfant aux cheveux couleur de jais, vous seriez les premiers à bénir le retour du chapeau. A propos de retour ne criez pas trop sur celui de la blouse. C’est très IIIème République. Ici on voit très bien que le garçon a un gilet Ralf Lorraine ou que la petite fille porte une robe Laure H Laid.

Le Maître d'école d'Adriaen van OstadeNotez aussi combien les enfants sont tordus sur les pupitres, les bancs pas à hauteurs, les tables de guingois ! Détrompez-vous. Ce n’est pas le matériel scolaire qui est usé, abîmé et qui sera changé dans 8 ans après inscription et validation du plan quinquennal municipal. C’est simplement les enfants de l’époque qui étaient bossus, malformés et arthritiques avant l’âge, scoliosés à l’extrême. Le tout alors même qu’ils n’avaient ni cartable à porter, ni manuels à apporter. Ah la belle époque des mariages consanguins et de l’alcool en famille. Les traditions se perdent, sauf en Gironde.

Le Maître d'école d'Adriaen van OstadeParmi les traditions qui ont disparu, les animaux dans les villes et en tête les fameux bourriquets, ceux du fameux panier d’âne. Personne n’a jamais vu un âne avec un bonnet. Alors qu’il était fréquent que le maître d’école dispose d’un âne à l’extérieur de l’école pour lui rappeler ceux de l’intérieur. Une sorte d’avantage en nature. L’âne attendait dans la cour pendant les cours. Et l’élève punit devait apporter dans un panier son picotin au stupide aliboron. Cette punition effectuée il devait porter en guise de couvre-chef le panier d’âne, qui deviendra le bonnet d’âne (panier en bas-flamand se disant bonn-ekt). Que les étymologistes et autres spécialistes du bas-flamand se calment, c’est un blague. Tout le monde sait que le soir à la chandelle les femmes de professeurs cousaient des bonnets d’âne et qu’il n’existe aucun spécialiste du bas-flamand.

Le Maître d'école d'Adriaen van OstadeJe continue avec les avant-aprèsune classe d’hier et d’aujourd’hui pour pointer du doigt ces trois chenapans qui profitent de l’attention du professeur focalisé sur les élèves en train de se faire morigéner, pour substituer habillement les copies de l’examen où ils ont écrit n’importe quoi. Et j’en ai la preuve ! Je publie des extraits de ces copies. A la question : quel est le nom du roi qui succéda à Louis XIV ? Egbert (c’est celui qui porte le surcot vert. Je m’en fiche, je balance). Donc Egbert répond « Je ne sais pas. » En 1662, même pas fichu de savoir que c’est Louis XV. Et on veut faire l’Europe avec des Hollandais ! En Géographie c’est Gerda qui s’illustre (Gerda c’est la fille au gros nez). A la question : Quelle est la capitale de l’Italie ? Sa réponse est « Madrid. » Et Rome c’est de la merde ? Rome, qui va devenir l’unique objet de son ressentiment ! Quant à Jochem (en retrait sur le tableau mais pas le dernier pour les conneries) il échoue lamentablement à une question de remplissage de baignoire trouée et trouve rigolo d’écrire « Je m’en fiche, je ne me lave jamais. » Nous noterons juste que de tous temps les enfants furent insupportables. Ce n’est pas nouveau et ce n’est pas près de s’arrêter.

Le Maître d'école d'Adriaen van OstadeVous comprenez mieux le désarroi de l’Éducation Nationale ? Mais attention à ne pas blâmer que les enfants. Le professeur, s’il était grand beau et musclé, il serait soldat. S’il était intelligent, il serait clerc, s’il avait de l’argent il serait cardinal. Au lieu de ça on lui a refilé un baudet et 20 mômes et on lui a dit « Tu en fais ce que tu veux, on ne les veut pas dans nos pattes. » Alors le pauvre vieux fait ce qu’il peut. Là vous pensez qu’il tance un malheureux ? Non en fait c’est une leçon particulière « Comment dessiner un rond avec un compas. » Et en plus il n’a même pas de compas, obligé de faire ça avec une cuillère en bois. Quelle abnégation !

Le Maître d'école d'Adriaen van OstadeCar si vous regarder bien le matériel à sa disposition ce n’est pas énorme. Une page d’instructions de l’Académie clouée sur le mur. Un seul livre, débrouille-toi pour donner le goût de la lecture aux chiards. Une bouteille d’encre (si c’est de l’encre, c’est bleu foncé, c’est de l’encre), une fiole d’alcool fort pour tenir la journée et un paquet de plumes (je vous disais bien que c’était de l’encre). C’est impressionnant la quantité de plumes dont il dispose. D’ailleurs c’est ça la force de la peinture flamande, il distribuait les plumes, les feuilles et l’encre et les gamins dessinaient toute la journée. Parfois cela donnait Rubens, parfois cela donnait juste un zizi sur une page. La magie de l’école ! A noter que malgré les multiples peintres flamands il y avait quand même plus de zizis dessinés que de tableaux de Rubens, qui d’ailleurs n’était pas le dernier non plus pour ajouter des zizis partout.

Le Maître d'école d'Adriaen van OstadeEt puis on peut émettre tous les avis du monde sur l’Éducation Nationale Hollandaise, surtout au XVIIème siècle, mais c’était quand même très classe d’avoir dans la classe des poutres apparentes. Maintenant c’est du béton ou de l’algéco. Alors c’est vrai qu’avant cela s’appelait l’école. Juste l’école. De nos jour on réunit le maire, ses adjoints, le conseil municipal pour décider le nom que l’on va donner à l’école. Les tenants d’une éducation républicaine opteront pour Jules Ferry (relire les mots de Jules Ferry sur les colonies ou sur Dreyfus, un régal, Dieudonné lui a tout piqué), les progressistes les plus en vue choisiront Françoise Dolto (réécouter les chansons de son fils, la musique française en sort grandie). Saloperie de nom d’école.

Intérieur d'école d'Adriaen van OstadeBon ma chère lectrice, dont je guette les moindres sourires à mes bêtises, j’ai tenté de rendre hommage à ton travail sans trop me moquais (enfin pas plus que je ne me suis moqué de l’Immaculée Conception) et pas moins qu’Adriaen van Ostade qui au final devait être une sorte de peintre de l’Éducation Nationale Batave (avant les photos de classe il devait y avoir en Hollande des peintures de classe) puisque le Louvre dispose d’un second tableau de lui sur le même sujet (Intérieur d’école). Alors Adriaen van Ostade c’est comme le port-salut et j’avais raison, c’est écrit : École hollandaise.  Je vous l’avais bien dit. Et si vous ne me croyez pas, venez voir.

Adriaen van Ostade


Sur le thème du professeur au Musée du Louvre :

La Maîtresse décole de Pasqualino Rossi

La Maîtresse d’école de Pasqualino Rossi

Camille livre le maître d'école de Faléries à ses écoliers de Nicolas Poussin

Camille livre le maître d’école de Faléries à ses écoliers de Nicolas Poussin

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