Et in Arcadia ego

Au Louvre, j’aime Et in Arcadia ego autre nom de Les Bergers d’Arcadie de Nicolas Poussin. Non, en fait c’est une blague liée à ma formule liminaire. J’aimerai aimer Nicolas Poussin mais je n’y arrive pas car je n’arrive pas à le voir. Mais je m’en expliquerai après vous avoir plongé dans le Gaffiot pour parler un peu de Memento Mori.

Les Bergers d'Arcadie, dit aussi Et in Arcadia ego de Nicolas Poussin

Les Bergers d’Arcadie, dit aussi Et in Arcadia ego de Nicolas Poussin

Et in Acadia ego, la formule, pas le tableau, est donc un Memento Mori. Le Memento Mori peut être traduit par Souviens-toi que tu es mortel. C’est une façon de rappeler aux hommes qu’à tout moment la vie peut et va prendre fin. Je m’excuse du spoil.

Memento MoriLe Memento Mori, Et in Arcadia ego signifie « Moi (la Mort), je suis aussi en Arcadie (le pays des délices) ». L’Arcadie n’est pas une partie de la province de Québec chantée par Michel Fugain : « Tous les arcadiens, toutes les arcadiennes, vont chanter, vont danser sur le violon… ». Non l’Arcadie c’est une sorte de pays de Cocagne imaginé par Virgile dans les Eglogues. Et même dans ce pays rêvé, le plus idéal des mondes, même là la mort est présente. A cet instant, Nicolas Poussin dans son tableau met donc en garde le spectateur : Tout plaisir porte en lui sa fin.

Pour les complotistes de tous bords, les Illuminati illuminés, sachez que derrière Et in Arcadia ego on trouve l’anagramme de « I ! Tego arcana dei », c’est-à-dire : « Va ! je possède le secret de Dieu » (Bon quand j’écris on trouve ce n’est pas moi, j’ai autre chose à faire dans la vie que chercher des anagramme dans les tableaux du Louvre). Il manque à la phrase le verbe sum et ainsi l’expression extrapolée (« Et in Arcadia Ego sum ») aurait pour anagramme « Iesu Arcam dei tango », ce qui signifierait « je touche le tombeau de Dieu (Jésus). » Et si j’ajoute les lettres de Jésus en copte, que je retire le mot trompette en sanskrit cela transforme « Iesu Arcam dei tango » en « Le dernier tango à Paris » et l’on comprend mieux pourquoi Jésus multipliait les pains : il avait du beurre et voulait des tartines.

C’est le côté intéressant des fous, ils voient une vérité partout. Dites leur « Mater tua sugit, gallos gallinaceos in gehennam » en leur assurant que c’est une bêtise et ils tenteront de vous démontrer que vous êtes du complot en affirmant qu’il s’agit d’une bêtise mais que cette phrase donne en fait accès à je-ne-sais quel tombeau caché du frère ou de la sœur de Jésus. Je laisse à vos Gaffiot le soin de vous fournir la traduction de la phrase. Et d’un autre côté si vous trouvez cette traduction dans le Gaffiot, je veux bien le texte d’origine. Je doute que cela donne accès à quelque tombe enfouie. Mais nous nous perdons en digressions.

Comme les Vanités en peinture, le Memento Mori a pour fonction de rappeler que l’homme n’est que de passage sur terre. Que les plus grandes puissances disparaissent un jour, que les plus vaillants chefs sont contraints à une mort certaine. Et cela tombe bien car Poussin, la mort, il adore.

Portrait de l'Artiste de Nicolas Poussin

Portrait de l’Artiste de Nicolas Poussin

Voici un bien étrange personnage. Fasciné par l’Italie, celle de l’époque des Médicis, celle qui se penche sur son histoire passée, il goûte particulièrement aux peintures de scènes mythologiques et religieuses. En Italie il effectue de multiples voyages jusqu’à y mourir en 1665. d’où sa célèbre phrase « L’Italie c’est mortel ! LOL » Mais trop peu de biographes la cite. En France, il côtoie Philippe de Champaigne, est l’ennemi juré de Simon Vouet. Quand la France a besoin de ses services il fait sa cocote, et oblige un tiers à venir le chercher de Rome pour le conduire à Paris. Louis XIII en fait le superviseur des travaux du palais du Louvre. Il devient premier peintre du roi et directeur général des embellissements des maisons royales. A la mort du treizième Louis il rentre en Italie. Et j’avertis les Illuminatis de passage qu’il ne faut pas voir dans la mort de Louis XIII un quelconque lien avec le voyage transalpin de Poussin. Il voulait juste manger des cantuccini.

Salle Poussin au Louvre

Salle Poussin au Louvre

Un peu d’honneur, beaucoup d’Italie, un peu de courage, voilà le mélange du Poussin’s Cocktail. Et pourtant cet ensemble ne m’enthousiasme pas. Peut-être manque-t-il un trait de rhum ? Pourquoi je n’arrive pas à aimer les œuvres de Poussin ? C’est pourtant si simple de reconnaître un tableau de Poussin, trois indices existent.

Indice 1 : Le profil grec. C’est impressionnant pour un peintre tellement empreint d’Italie de peindre de façon si grecque ses personnages.

Moïse sauvé des eaux de Nicolas Poussin

Moïse sauvé des eaux de Nicolas Poussin

Les Bergers d'Arcadie, dit aussi Et in Arcadia ego de Nicolas Poussin

Les Bergers d’Arcadie, dit aussi Et in Arcadia ego de Nicolas Poussin

Eliézer et Rébecca de Nicolas Poussin

Eliézer et Rébecca de Nicolas Poussin

Indice 2 : Les morts sont verts. Les vivants sont bruns.

Le jugement de Salomon de Nicolas Poussin

Le jugement de Salomon de Nicolas Poussin

La mort de Saphire de Nicolas Poussin

La mort de Saphire de Nicolas Poussin

La femme adultère de Nicolas Poussin

La femme adultère de Nicolas Poussin

Indice 3 : Les yeux noirs. La pupille, l’iris, la cornée, tout à la même couleur chez Poussin.

La femme adultère de Nicolas Poussin

La femme adultère de Nicolas Poussin

Eliézer et Rébecca de Nicolas Poussin

Eliézer et Rébecca de Nicolas Poussin

Moïse sauvé des eaux de Nicolas Poussin

Moïse sauvé des eaux de Nicolas Poussin

Je pourrais ajouter un quatrième indice qui se caractériserait par le rendu expressif et presque excessif des visages, mais je trouve que c’est une vraie force dans le travail de Poussin que de saisir à merveille la peur, la crainte, la colère.

Le jugement de Salomon de Nicolas Poussin

Le jugement de Salomon de Nicolas Poussin

La mort de Saphire de Nicolas Poussin

La mort de Saphire de Nicolas Poussin

Je passe sur les Le jugement de SalomonLa mort de SaphireEliézer et RébeccaLa femme adultère ou Moïse sauvé des eaux. J’ai déjà expliqué plusieurs fois pourquoi les peintres peignaient tant des sujets religieux. Mais Poussin a su trouver dans ses voyages italiens une inspiration plus locale (Les Bergers d’ArcadieL’enlèvement des Sabines). Preuve d’un grand talent ou tout du moins d’une certaine ouverture d’esprit. La construction de ses tableaux peut sembler très classique. Non mais allô quoi, t’es au Louvre, salle Poussin et tu es surpris par le style classique. Je me demande si le vrai plaisir de Poussin n’est pas dans la construction architecturale de ses œuvres fortement inspirée par la Renaissance italienne et au milieu desquelles il est contraint de placer des personnages. Comme je raillais ses nez à la grecque, il ne semble pas y avoir le même plaisir à peindre les personnages et les décors chez Nicolas Poussin. Et j’aime cela. Non vraiment la seule chose qui me gêne c’est sa façon de reproduire les yeux.

Portrait de l'Artiste de Nicolas Poussin

Portrait de l’Artiste de Nicolas Poussin

La visite laisse l’impression que deux tâches noires, sombres, sans âme viennent achever le regard dans les tableaux de Poussin. Alors j’ai zoomé sur ces regards et là, surprise ! Les yeux de Poussin sont parfaitement dessinés (les siens et ceux de ses personnages) : Pupille et iris sont bien démarqués avec un vrai travail effectué sur l’iris. Il ne s’agit pas de deux points sombres crachés en fin de tableau avant de signer. Il y a une véritable recherche dans la restitution de l’œil. Alors pourquoi cette impression d’un œil toujours tout noir ?

Portrait de l'Artiste de Nicolas Poussin

Portrait de l’Artiste de Nicolas Poussin

Et bien je n’ai pas la réponse. Peut-être que le vernis, les pigments, l’exposition ont assombri les tableaux. Les toiles de Poussins semblent « sales », comme recouverte de poussière. Comme si dans son exécution, il avait omis la dernière couche de vernis. Peut-être que ce qui manque aux tableaux de Poussin c’est avant tout une bonne restauration pour rendre leurs couleurs d’origine à des pièces qui ont été peintes sous le soleil méditerranéen et qui semble sortir d’un atelier de la Mer du Nord.

Ainsi donc je n’arrive pas en fin de billet à prendre une décision, est-ce que j’aime ou pas ces tableaux. Pour la première fois je resterai dans l’entre-deux. Et au fait, j’ai complètement oublié les 4 touristes de Et in Arcadia ego. Vous aurez compris qu’il s’agissait plus de parler de Poussin que de cette œuvre-là. Et si vous ne me croyez pas, venez voir.

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