Les copistes

Au Louvre, j’aime les copistes. Je ne doute pas que ceci se pratique dans d’autres musées, mais moi c’est le Louvre et c’est là que je peux et que j’aime admirer ces artistes en action.

Au Louvre, j'aime les copistes

Au Louvre, j’aime les copistes

En effet le Louvre permet aux amateurs d’art, aux professionnels, aux étudiants, aux péquins de base, de se faire la main devant l’original. De le copier en ayant sous les yeux l’œuvre. D’ainsi pouvoir admirer la lumière, les reflets, les couleurs de visu et non à l’aide de quelques photocopies couleur de plus ou moins bonne qualité. Petite vengeance devant la toute-puissance du musée virtuel de Google. Je sais bien que tout le monde ne peut pas voyager, je sais bien qu’une fois au Louvre on ne peut pas zoomer sur une œuvre comme avec une souris d’ordinateur. Rien ne vaut le in-situ.

Au Louvre, j'aime les copistes

Au Louvre, j’aime les copistes

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Au Louvre, j’aime les copistes

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Au Louvre, j’aime les copistes

Vous vous promenez au gré de vos pas dans les couloirs quand soudain une odeur plus forte qu’à l’accoutumée titille vos narines. Pas de doute à avoir, sous peu vous allez tomber sur un chevalet. Car le Louvre tient à la disposition des peintres 90 chevalets. Mais attention car il y a loin de l’envie au chevalet. Avant de vous retrouver dans une galerie devant votre peinture préférée, prêt à copier, il va vous falloir accepter :

Au Louvre, j'aime les copistes

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  • De ne pas trouver sur le site internet du Louvre un lien clair et précis pour faire votre demande,
  • Que la taille du châssis de votre future peinture ne soit pas identique à l’originale (1/5ème en plus ou en moins. Sinon on imagine facilement la substitution),
  • Que vous apposiez votre signature suivie de la mention « d’après l’œuvre de… » (trois petits points n’est pas un peintre morse, vous mettez le nom du peintre que vous aurez copié à la place),
  • De ne travailler qu’entre 9h00 et 12h00 (alors moi qui vient entre 12h et 14h, je vous rassure, les retardataires sont tolérés, j’en croise),
  • De travailler en moins de trois mois,
  • Que le Louvre appose un cachet de cire rouge au dos de votre tableau, plus la signature du conservateur,
Au Louvre, j'aime les copistes

Au Louvre, j’aime les copistes

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Au Louvre, j’aime les copistes

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Toutes ces conditions acceptées vous pouvez enfin faire rouler votre chevalet et le tabouret qui va avec (c’est inclus, prenez-le), vers votre tableau. Alors je vous conseille de bien réfléchir au choix de l’œuvre que vous souhaitez copier. Êtes-vous vraiment certain d’aimer à ce point la peinture italienne ? Ne préférez-vous pas les artistes français ou flamands ? Vraiment, vous n’en démordez pas ? Vous voulez à tout prix de la Vierge à l’Enfant made in Italia ? Parfait, je vous aurais prévenu, voici votre demi-journée type :

Au Louvre, j'aime les copistes

Au Louvre, j’aime les copistes

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Au Louvre, j’aime les copistes

Au Louvre, j’aime les copistes

A 9h00 dans la Grande Galerie ça va, c’est même plutôt calme. A 9h15 vous crisez doucement. A 9h30 vous expliquez pour la douzième fois, que non, vous n’êtes pas Andrea Mantegna. A 9h45 vous supportez les commentaires d’un critique d’art vous expliquant que son fils fait mieux. C’est dingue le nombre de critiques dans les musées. Et je ne vous parle pas de ceux qui en font profession sur des blogs. A 10h00 vous êtes agacé par deux adolescentes qui pouffent à l’idée d’un zizi sous le pagne. A 10h15 vous faites un selfie avec une japonaise. A 10h30 un autre critique d’art vous dit que des merdes comme ça il en a plein son grenier. A 10h45 deux jeunes vous invitent à lui faire une plus grosse teube. A 11h00 vous expliquez pour la quarantième fois, que non, vous n’êtes pas Saint Sébastien, ni ne venez de San Sébastian, ni même ne vous nommez Sébastien. A 11h15 un monsieur vous fixe. A 11h30 le monsieur vous demande la direction de La Joconde. A 11h45 vous tentez de vous ouvrir les veines avec le pictogramme interdisant de photographier votre travail. A 12h vous faites glisser le chevalet vers les réserves, pour vous aménagées. Vivement demain.

Au Louvre, j'aime les copistes

Au Louvre, j’aime les copistes

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A 9h00 au deuxième étage ça va, c’est même plutôt calme. A 9h15 c’est calme aussi. A 9h30 c’est toujours calme. Vous pouvez tracer les lignes principales de l’œuvre. A 9h45 le groupe Mamies et Peintures chuchote en suivant le conférencier. A 10h00 un non-critique d’art vient regarder l’œuvre que vous reproduisez, puis votre chevalet, puis l’œuvre, puis votre chevalet. Il vous salue et s’éloigne. A 10h15 rien de particulier. A 10h30 vous décidez de mettre votre casque pour avoir de la musique et un peu de bruit par la même occasion. A 10h45, pour déconner vous faite un selfie et postez sur Instagram : « Trop SWAG le Louvre ! » A 11h00 un gardien vient vous voir et vous demande si ça va. A 11h15 Rien de spécial. A 11h30 un monsieur vous demande où se trouve La Joconde. A 11h45 Il commence à faire faim. A 12h vous faites glisser le chevalet vers les réserves, pour vous aménagées. Vivement demain.

Au Louvre, j'aime les copistes

Au Louvre, j’aime les copistes

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Au Louvre, j’aime les copistes

J’admire vraiment les copistes dans les étages inférieurs. Comment font-ils pour supporter la foule compacte, certaine de ne vouloir rater aucun chef d’œuvre, qui se presse, gène, se colle pousse et multiplie, sans discrétion, les photographies des artistes en action. Au moins dans les étages les copistes sont plus au calme. Et pour peu que vous ne soyez pas timide vous pourriez même leur parler. Ils ont toujours beaucoup de plaisir à expliquer, décrire leur travail auprès des béotiens de visiteurs que nous sommes.

Au Louvre, j'aime les copistes

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Au Louvre, j’aime les copistes

Car au travers de cette pratique, le Louvre ne fait que maintenir une tradition aussi vieille que le musée. D’Hubert Robert à Étienne Azambre, nombreux sont les artistes qui sont venus peindre le Louvre et tout aussi nombreux sont les artistes venus copier au Louvre. Une des plus belles galeries de peinture, de sculptures offertes à l’amateur d’art. Il serait dommage d’en être privé.

Au Louvre, j'aime les copistes

Au Louvre, j’aime les copistes

Au Louvre, j'aime les copistes

Au Louvre, j’aime les copistes

Pardonnez cher copiste cette attirance du visiteur vers votre travail, assez semblable à celle de la mouche pour le caca, mais c’est toujours troublant, pour celui qui ne sait même pas dessiner un vélo au Pictionary de vous voir passer un dixième coup de pinceau pour faire glisser vos aplats de couleurs. De voir naitre sous vos mains un tableau. Pendant ce temps-là, copiste, vous n’existez pas ou plus exactement vous êtes devenu l’artiste que vous copiez. Vous êtes Ingres, Mantegna, Delacroix, Chardin, vous êtes la création en action. Vous êtes l’œuvre en train d’être accouchée. Pour vous c’est normal ; c’est une passion, un métier, un exercice de style, pour les idiots de touristes que nous sommes c’est magnifique.Au Louvre, j'aime les copistes

Amateurs d'artAmateurs d'artAmateurs d'artAu Louvre, j'aime les copistesAmateurs d'artEt puis au-delà des copistes accrédités  principalement concentrés à reproduire des tableaux, vous avez tous les artistes qui viennent avec un bloc note, quelques feuilles et qui saisissent à la craie grasse, au fusain, au crayon, une infime partie d’une œuvre et qui eux, ne se limitent pas à la peinture mais reproduisent à plat les sculptures, les objets. Ils ont aimé une forme, un geste, un mouvement, un regard et ils le reproduisent. Parfois ils sont étudiants contraints lors d’un cours sur une période ou un artiste précis. On sent alors déjà les réticences ou attirances des dessinateurs en herbe dans leur façon de rendre compte. On sent aussi naître la passion chez l’étudiant qui s’applique, d’abord peu enthousiaste et qui se met à découvrir l’œuvre en même temps qu’il la reproduit.

Au Louvre, j'aime les copistes

Au Louvre, j’aime les copistes

Au Louvre, j'aime les copistes

Au Louvre, j’aime les copistes

Dès lors le spectacle est autant sur les murs que devant. Le musée n’est plus un ensemble vieillissant et poussiéreux mais un écosystème d’inventivité, de talent, d’art. Ce que j’aime plus que tout c’est l’artiste qui vient de finir sa copie et ressort du musée son œuvre sous le bras. Pour le moment d’angoisse des gardiens, pour la surprise des visiteurs, j’aime beaucoup Et si vous ne me croyez pas, venez voir.


Ma participation à l’Art. A ma décharge je n’ai pas mis trois mois :

Monna Lisa - La Joconde d'après presque Léonard de Vinci


Sur le thème des copistes au Musée du Louvre :

Vue du grand Salon carré, au musée du Louvre de Giuseppe Castiglione

Vue du grand Salon carré, au musée du Louvre de Giuseppe Castiglione

Vue de la Grande Galerie du Louvre en 1841 de Patrick Allan Fraser

Vue de la Grande Galerie du Louvre en 1841 de Patrick Allan Fraser

La salle des Saisons vers 1802-1803 d’Hubert Robert

Au Louvre (deux femmes copiant une fresque de Sandro Botticelli) d’Étienne Azambre

Au Louvre (deux femmes copiant une fresque de Sandro Botticelli) d’Étienne Azambre

Projet d'aménagement de la Grande Galerie du Louvre d'Hubert Robert

Projet d’aménagement de la Grande Galerie du Louvre d’Hubert Robert

Vue du grand Salon carré, au musée du Louvre de Giuseppe Castiglione

Vue du grand Salon carré, au musée du Louvre de Giuseppe Castiglione

Projet d’aménagement de la Grande Galerie du Louvre, vers 1798 d’Hubert Robert

La salle des Terres cuites du musée Napoléon III au Louvre de Charles Giraud


Quand une copiste-blogueuse parle de l’article, c’est ici. Merci beaucoup.

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