La galerie d’Apollon

Au Louvre, j’aime la Galerie d’Apollon qui permet au touriste un peu pressé de combiner Vénus de MiloVictoire de Samothrace, un bout de la Grande GalerieMona Lisa, le Sacre, la Galerie d’Apollon et la boutique du musée en moins de 30 minutes.

Galerie d'ApollonMais pourquoi donc arrêter le touriste pressé dans la Galerie d’Apollon au lieu de le hisser vers d’autres salles voir la flamboyance flamande ou la fraîcheur française ? En fait c’est un gain de temps énorme pour un guide. Cinq minutes dans cette galerie et vous avez une vision du classicisme architectural français. Vous ne voyez pas où je veux en venir ? Et bien vous vous évitez la virée au château de Versailles avec le monde sur la route, en plus l’A13 à cette heure cela bouchonne pas mal. Donc le guide dit : « Vous préférez 2 heures d’autobus et 30 minutes de château versaillais ou 5 minutes dans la Galerie d’Apollon clic-clac-kodak et 2h25 de shopping ? » Devinez la réponse et cessez de pousser de hauts cris de puristes. Cela fluidifie la circulation, diminue la pollution et augmente les devises dépensées intra-muros.

Galerie d'ApollonParce que la Galerie d’Apollon c’est un peu le prototype avant la Galerie des Glaces. Parce que la Galerie d’Apollon c’est un peu le premier de série du château de Versailles. Mais ça c’est plutôt sur la fin. Alors pour vous aider à situer la fameuse galerie. Quand vous êtes sur le pont des Arts direction la cour carrée, vous apercevez la galerie et ses dorures sur votre gauche au premier étage. Une fois dans le musée cherchez la victoire de Samothrace et la galerie est située juste derrière. Pour les puristes c’est aile Denon, 1er étage, salle 66.

Galerie d'ApollonAu début cela ne ressemblait pas du tout à une galerie. Il s’agissait de la terrasse de Charles IX. Au regard des dimensions c’est de la belle terrasse en plein Paris avec vue sur la Seine. Génial pour lire au soleil ou pour les dîners entre amis les soirs d’été. Peut-être que notre Charles IX s’amusait à faire le couillon sur sa terrasse avec son morion sur la tête. Quand Riton 4 devient le tôlier du royaume, il décide qu’entre deux recettes de poule au pot les châteaux du Louvre et des Tuileries pourraient être réunis au moyen d’une grande galerie qui s’étendrait le long de la Seine (la future Grande Galerie). On couvre alors la terrasse qui devient la Galerie des Rois et Reines de France, avec, vous n’allez jamais le deviner, des portraits de rois et de reines de France.

Galerie d'ApollonPendant une cinquantaine d’années on accroche et décroche des portraits de rois et de reines de France jusqu’en 1661 lorsqu’un incendie détruit la galerie. Louis XIV confie à Le Vau (pour l’architecture) et à Le Brun (pour la déco) le soin de reconstruire l’ensemble. A base de stucs et d’illusions la galerie reprend vie. Voici alors que Louis XIV s’entiche d’agrandir un pavillon de chasse dans les Yvelines. Tous les artisans (y compris Le Vau et Le Brun) partent à Versailles. La galerie est alors à moitié terminée et pleinement abandonnée. Qu’à cela ne tienne on va boucher les trous avec les artistes de demain. En effet l’Académie recrute en faisant combler les trous au plafond. Cela s’appelle les « morceaux de réception », et les vainqueurs se voient ouvrir les portes de la dite Académie.

Galerie d'ApollonGalerie d'ApollonPour les touristes un peu cultivés chez qui les Gobelins sont autre chose que des personnages de Tolkien, la Galerie d’Apollon offrent sur ses murs 28 tapisseries-portraits made in Les Gobelins. On y trouve un jardinier : André Le Nôtre. Quatre rois : Philippe Auguste, François Ier, Henri IV, Louis XIV. Cinq peintres du moment : Nicolas Poussin, Giovanni Francesco Romanelli, Pierre Mignard, Eustache Le Sueur, Charles Le Brun. Sept sculpteurs : Jean Goujon, Germain Pilon, Jacques Sarrazin, Michel Anguier, François Girardon, Antoine Coysevox, Guillaume Coustou et une équipe de foot d’architectes ayant œuvré de près ou de loin à l’édification louvresque : Pierre Chambiges, Philibert Delorme, Jean Bullant, Pierre Lescot, Etienne Duperac, Jacques II Androuet du Cerceau,Jacques Lemercier, Jules Hardouin-Mansart, Pierre-François-Léonard Fontaine, Louis Visconti et Claude Perrault.

Galerie d'ApollonJe me permets un petit aparté sur Claude Perrault, frère de Charles (l’auteur des contes), mais aussi de Pierre et Nicolas (mais eux on les connait moins, on s’en fiche). Claude Perrault était un de ces esprits éclairés à la fois architecte et scientifique. Comme architecte on lui doit la façade Est du Louvre. Mais c’est comme scientifique que je le préfère. En effet Claude est mort d’une septicémie contractée alors qu’il participait à la dissection d’un chameau au Jardin des Plantes. C’est con comme mort je vous l’accorde mais toujours plus classe que mourir de la vérole.

Galerie d'ApollonVous voilà à présent incollables sur la Galerie d’Apollon. Mais la galerie vaut-elle le détour pour ce qu’elle expose ? Rien n’est jamais figé au Louvre. Derrière le poids des ans et la patine des œuvres (ou le contraire), le musée bouge, vit. Ainsi pendant quelques années la galerie servait d’écrin pour exposer les bijoux de la couronne. Vous retrouviez en vrac la couronne impériale de Napoléon, la main de justice de Charles VI, les éperons royaux, Joyeuse* et autres joyeusetés. Les ors de la galerie constituaient alors le meilleur des écrins royaux. Dans les vitrines centrales le spectateur admirait ce que les révolutionnaires n’avaient pu détruire. Aujourd’hui les regalia (objets du sacre) sont relégués dans la partie Moyen Age. Oui, si vous souhaitez voir la main de Justice du sacre de Napoléon il faut rejoindre la partie moyenâgeuse, anachronisme historique amusant. Mais je vous sens bouillonnant de désir « Mais que trouverons-nous alors dans la Galerie d’Apollon si les regalia n’y sont plus ? » Laissez-moi ménager mon suspens. Et puis il y a encore deux minutes vous croyiez que regalia c’était une marque de lait en poudre.

Galerie d'ApollonVous vous souvenez des bassins « rustiques » ? Vous vous souvenez de la porcelaine de Saint-Porchaire ? Je parlais de ménager, pour la Galerie d’Apollon  il s’agit d’Arts ménagers puisqu’elle abrite de la vaisselle. Oui alors présentée ainsi je vous sens dubitatifs. Seize siècles de vaisselle de toutes formes, de tous matériaux, de toutes couleurs. Certaines pièces trônaient sur les tables des rois, d’autres sur des tables moins illustres. A titre personnel j’aime beaucoup.

Galerie d'ApollonAlors je vais calmer mon enthousiasme et votre surprise. Quand je dis que j’aime beaucoup, j’aime l’idée que cela puisse exister. J’aime beaucoup aussi que ce soit exposé dans une vitrine du Louvre plus que dans un buffet chez moi. Car j’aime vraiment beaucoup la folie, l’originalité, l’inventivité de ces artistes. Je crois que le seul mot d’ordre qu’ils aient eu, fut : « Lâche-toi ! ». Et je vous confirme, ils se sont bien lâchés. Petite sélection :

Galerie d'ApollonGalerie d'ApollonGalerie d'ApollonGalerie d'ApollonA ma décharge je vous avais prévenu. Quelques constatations en vrac sur les modes vaisselières : Le dragon était le must too have d’une belle table. Et cela sans aucun sectarisme puisque l’on en trouve sur tous les supports, toutes les latitudes et toutes les époques.

Galerie d'ApollonLa sobriété n’était SWAG (bon, je fais exprès de mettre ce mot, c’est une astuce pour pousser une jeune fille de 13 ans à la lecture de ce blog). Bleu, orange, pierres incrustées, sur-décoration dorée, j’envisage l’hypothèse que les souffleurs de verre inhalaient au lieu d’exhaler. Avec pour effet de provoquer une fonte de la cervelle de l’intérieur. C’est en fait tout une chaîne de gens défoncés à l’ergot de seigle qui permet ce résultat. D’abord le mec qui a l’idée de ça :Galerie d'ApollonL’artisan qui le réalise, le vendeur qui l’expose dans sa boutique, le 1er commis du Palais qui le trouve joli, le 2ème commis du Palais qui valide le choix et l’achète, l’intendant des vaisselles qui le propose pour les grands repas, le chef du protocole qui juge que la sobriété sera mise en valeur avec un tel objet, enfin le roi qui accepte ça à sa table sans ordonner la mort dans d’atroces souffrance pour le chef du protocole, l’intendant des vaisselles, les 2ème commis, le 1er commis, le vendeur et l’artisan.

Galerie d'ApollonGalerie d'ApollonGalerie d'ApollonJe me pose aussi la question de comment on transportait ces objets qui sont d’une fragilité extrême à une époque où les cours royales migraient d’un château à l’autre, au gré des saisons, des guerres et des territoires conquis ou perdus ? Je m’interroge enfin sur l’image que cette vaisselle renvoie aux visiteurs sur l’idée qu’ils peuvent se faire de la Table française.

Galerie d'ApollonGalerie d'ApollonEt quand je commence à beaucoup m’interroger c’est bon signe. Cela veut aussi dire que ces pièces sont d’une grande richesse technique et décorative pour questionner le visiteur. Et qu’à titre personnel, je n’y comprends rien. En outre elles ont l’avantage, dans l’atmosphère de stucs et d’illusions de la galerie Apollon, de ne pas jurer du tout. Elles sont parfaitement adaptées au lieu qui les accueille. La salle renvoie aux objets qui renvoient à la salle. Je connais peu de personnes promptes à utiliser une telle vaisselle ou à l’apprécier en tant que vaisselle. Mais oubliez un temps votre propre table et regardez-là comme pièce d’art. Dès lors cela devient magnifique de finesse, de travail, de composition, de précision, d’assemblage. Acceptez de passer au-delà d’une répulsion facile face à ce qui vous semblera kitsch pour admirer le travail d’orfèvre. Et si vous ne me croyez pas, venez voir.

Galerie Apollon

La Galerie d'Apollon, au musée du Louvre

La Galerie d’Apollon, au musée du Louvre


 * Dite épée de Charlemagne il s’agit de l’épée portée par les rois de France lors de leur sacre.

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