Nid de rouges queues à front blanc

Au Louvre j’aime le Nid de rouges queues à front blanc d’Abraham Mignon. Je suis certain qu’à première vue vous allez nommer cela des pinsons, mais pas du tout, il s’agit bien de rouges queues à front blanc, même si la ressemblance est troublante. Si, dès l’introduction, vous confondez les animaux nous ne sommes pas sortis du nid.

Nid de rouges queues à front blanc d’Abraham Mignon

Nid de rouges queues à front blanc d’Abraham Mignon

Le peintre Abraham Mignon, j’étais tout prêt à m’engager dans une biographie riche en couleurs et enlevée puis j’ai préféré vous mettre le lien et vous laisser regarder sur Wikipédia. Pas grand-chose à dire de rigolo. La seule chose à retenir est son goût prononcé pour la Nature. C’est d’ailleurs cette marotte naturaliste qui prédomine dans ce tableau comme dans son œuvre.

Nid de rouges queues à front blanc de Abraham Mignon

Nid de rouges queues à front blanc d’Abraham Mignon

Au premier coup d’œil c’est une nature sympathique qui transparaît du tableau : les fleurs écloses, les écureuils joueurs, les petits rouges queues à front blanc qui attendent dans le nid la béquée, les grenouilles coassent, les papillons passent, les escargots fricassent. Même les poissons pêchés semblent inspirer et expirer une certaine fraicheur.

Nid de rouges queues à front blanc de Abraham Mignon

Nid de rouges queues à front blanc d’Abraham Mignon

Nid de rouges queues à front blanc de Abraham Mignon

Nid de rouges queues à front blanc d’Abraham Mignon

Nid de rouges queues à front blanc de Abraham Mignon

Nid de rouges queues à front blanc d’Abraham Mignon

Nid de rouges queues à front blanc de Abraham Mignon

Nid de rouges queues à front blanc d’Abraham Mignon

Nid de rouges queues à front blanc de Abraham Mignon

Nid de rouges queues à front blanc d’Abraham Mignon

Puis, après le premier regard, l’œil se fait plus scrutateur, il cherche le détail et il se heurte à une vision plus sombre. D’abord le fond de la toile presque noir qui traduit toutes les peurs enfantines liées à la forêt. Les sous-bois ne donnent pas sur une vaste prairie claire et dégagée mais au contraire sur un bois plus profond et plus inquiétant. Cela traduit la tournure du tableau au fur et à mesure que l’on y regarder de plus près.

Nid de rouges queues à front blanc de Abraham Mignon

Nid de rouges queues à front blanc d’Abraham Mignon

Les fleurs, si elles sont parfaitement maîtrisées dans leur exécution commencent à se faner, à se plier sous le poids du temps, signe de leur fin de vie.

Nid de rouges queues à front blanc de Abraham Mignon

Nid de rouges queues à front blanc d’Abraham Mignon

Si un écureuil a pu se tapir dans les feuillages, un autre a été pris au collet et git sur une pierre. A la même branche sont accrochés des oiseaux tués.

Nid de rouges queues à front blanc de Abraham Mignon

Nid de rouges queues à front blanc d’Abraham Mignon

Entre les feuillages surgissent deux serpents prompts à en découdre.

Nid de rouges queues à front blanc de Abraham Mignon

Nid de rouges queues à front blanc d’Abraham Mignon

Nid de rouges queues à front blanc de Abraham Mignon

Nid de rouges queues à front blanc d’Abraham Mignon

Nid de rouges queues à front blanc de Abraham Mignon

Nid de rouges queues à front blanc d’Abraham Mignon

Nid de rouges queues à front blanc de Abraham Mignon

Nid de rouges queues à front blanc d’Abraham Mignon

Le bois touffu, malgré les peurs, pourrait inspirer la vie. Une vie cachée, tapie de l’agitation et du regard des hommes. Au lieu de cela le premier plan du tableau respire la mort.

Comme sa provenance originelle (Pays Bas) peut le laisser présumer, le tableau a tous les artifices de la catégorie des Vanités. « Il manque le crâne ! » expliqueront les puristes mais un tableau de type Vanités n’a pas obligation d’afficher un crâne. Par contre nous retrouvons ce sentiment de souffle léger, de vapeur éphémère, cette méditation sur le temps qui passe, sur la fragilité de la vie. Les oiseaux qui piaillent sont ceux qui finiront suspendus à la branche dans quelques mois.

Selon Ingvar Bergström, il existe trois types de vanités :

  • Celles qui évoquent la vie terrestre, représentée par les sciences, les lettres, les arts ;
  • Celles qui caractérisent les plaisirs, la richesse, la puissance, matérialisée par l’argent, les armes ;
  • Celles qui traitent de la fuite du temps avec des fruits abîmés, des fleurs fanées.
Nid de rouges queues à front blanc de Abraham Mignon

Nid de rouges queues à front blanc d’Abraham Mignon

Le Nid de rouges queues à front blanc d’Abraham Mignon s’inscrit très clairement dans cette troisième catégorie. A présent que toute la finesse de son trait prend une teinte plus sombre, la légèreté du sous-bois a laissé place à une angoisse sourde renforcée par cette faune grouillante et cette flore décatie.

Nid de rouges queues à front blanc de Abraham Mignon

Nid de rouges queues à front blanc d’Abraham Mignon

Comme Chardin dans sa peinture fige l’instant, le temps suspendu, le moment qui précède ; Mignon met en « pause » son bosquet. Mais si Chardin défilait le temps figé sur ses tableaux nous aurions assez peu de surprise sur l’instant d’après. Chez Mignon, avancez le temps de cinq minutes et les serpents se battront, faisant fuir toutes les autres bêtes autour. Avancez le temps de quinze minutes et l’oisillon glissera du tonneau comme il a glissé du nid. Avancez le temps d’une heure et les poissons attireront les mouches et autres vermines. Avancez le temps d’une journée et les fleurs auront fini leur cycle glorieux pour exposer leurs pétales tombés.

Nid de rouges queues à front blanc de Abraham Mignon

Nid de rouges queues à front blanc d’Abraham Mignon

Dans ce tableau, qui respire la nature, il y a un manque pourtant criant. Regardez mieux. On croirait une sorte de paradis fauno-floresque et pourtant, on ne voit que lui. Absent, il est partout présent : L’Homme. Celui qui a ficelé ses prises à l’arbre. Celui qui a sorti de sa bourriche à pêche. Celui qui a posé son fusil sur le tonneau. A-t-il disparu à jamais ? Assez longtemps pour laisser une famille de rouges queues à front blanc nidifier sur son arme. Va-t-il revenir ? Le temps d’aller chercher de la paille pour transporter son poisson et une gibecière pour y stocker ses oiseaux.

Nid de rouges queues à front blanc de Abraham Mignon

Nid de rouges queues à front blanc d’Abraham Mignon

J’aime dans ce tableau de Mignon la perfection du trait, approchez-vous, regardez mieux encore la façon dont il représente les oisillons. Pour le souci donné au réalisme des écailles, au duvet des plumes, au rendu des plantes, aux formes des feuilles et des fleurs. J’aime ces couleurs si vives perdues dans la masse sombre de la forêt. J’aime ce mélange constant de vie et de mort qui s’entrecroisent sur l’ensemble du tableau, dans tous les sens, comme pour rappeler le temps qui passe. J’aime cette campagne lugubre et inquiétante, si éloignée des rêves pastoraux. Et si vous ne me croyez pas, venez voir.

Nid de rouges queues à front blanc de Abraham Mignon

Nid de rouges queues à front blanc d’Abraham Mignon

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