La diseuse de bonne aventure

Au Louvre, j’aime mais alors j’aime vraiment beaucoup La diseuse de bonne aventure de Michelangelo Merisi da Caravaggio dit Le Caravage. J’aime le tableau et j’aime aussi l’idée de découvrir qu’il a peint un second tableau quasiment identique. Et oui, je suis de mauvaise foi, quand Charles Le Brun fait cela je crie au scandale, quand c’est Le Caravage je hurle au génie. Je n’ai jamais promis la partialité. Et puis Charles Le Brun n’avait qu’à être plus bad boy.

La diseuse de bonne aventure de Michelangelo Merisi dit Caravage

La diseuse de bonne aventure de Michelangelo Merisi dit Caravage

Le Caravage perd son père et son grand-père dans la même journée de la peste (notez le côté un peu mélodramatique de l’anecdote). Au cours de sa vie il va connaître la misère, les ors papales, les rixes, l’exil, le titre de chevalier de l’Ordre de Malte et de nouveau les rixes, l’exil, le pardon et la grâce, le retour à Rome et la mort sur une plage. Je parle du Caravage, petite précision pour les lecteurs perdus qui imaginaient que j’été passé à une biographie de Pier Paolo Pasolini. Je m’attarde sur quelques faits, rapidement brossés, de la vie du Caravage car ils traduisent dans son œuvre cet aspect sombre, l’agitation, la violence, le tumulte.

La diseuse de bonne aventure de Michelangelo Merisi dit Caravage

La diseuse de bonne aventure de Michelangelo Merisi dit Caravage

La diseuse de bonne aventure de Michelangelo Merisi dit Caravage

La diseuse de bonne aventure de Michelangelo Merisi dit Caravage

Je sens qu’en regardant le tableau de La diseuse de bonne aventure vous doutez qu’il soit bien l’œuvre du Caravage. Et pourtant si. Pourquoi donc introduire le peintre et évoquer sa violence pour se concentrer ensuite sur un tableau qui traduit tout sauf la dite violence. C’est l’art du contre-pied ! C’est qu’il faut connaître le bouillonnement qui habite le Caravage pour mieux apprécier le calme et la douceur qui se dégagent de ce tableau. Et si vous aimez les romans de pinceaux et d’épées je vous invite à vous plonger dans une biographie du Caravage, c’est un croisement d’Alexandre Dumas et de Arturo Perez-Reverte. On ne s’y ennuie jamais.

La diseuse de bonne aventure de Michelangelo Merisi dit Caravage

La diseuse de bonne aventure de Michelangelo Merisi dit Caravage

Fougue, violence, bouillonnement, ce tableau-là est des plus calmes. Il est éclairé de couleurs chaudes et une certaine sérénité se lit sur les visages des protagonistes. A main droite un jeune homme. Sort-il d’une taverne, d’un rendez-vous galant ? Le col de sa chemise n’est plus noué, son pourpoint est vaguement fermé. La tenue est soignée mais Le Caravage ne se perd pas dans la reproduction du motif du tissu. Les surpiqures sont grossièrement représentées, contrairement aux gants, à l’épée, à la plume du chapeau qui posent le statut de l’homme. Soldat, nobliau mais certainement pas un peigne-cul du coin.

La diseuse de bonne aventure de Michelangelo Merisi dit Caravage

La diseuse de bonne aventure de Michelangelo Merisi dit Caravage

Face à lui une bohémienne. Là aussi Le Caravage ne se perd pas dans les détails de sa tenue. Fichu sur la tête, un drap lie-de-vin sur une chemise blanche. Juste un soin du détail apporté à la représentation du col. La richesse des habits de l’un tranche avec la simplicité des habits de l’autre. Ils ne sont pas du même monde. Putain j’en ai chié pour arriver à cette conclusion.

La diseuse de bonne aventure de Michelangelo Merisi dit Caravage

La diseuse de bonne aventure de Michelangelo Merisi dit Caravage

Elle comme lui font jeunes, très jeunes. Ils n’ont pas plus de 20 ans. Ils ont le teint frais et rose d’adolescents, la peau glabre et assez élastique pour n’être couverte d’aucune ride, le cheveu sombre et pas blanchi. Et pourtant ils semblent se porter des regards pleins de promesses.

La diseuse de bonne aventure de Michelangelo Merisi dit Caravage

La diseuse de bonne aventure de Michelangelo Merisi dit Caravage

Elle lui tient le poignet doucement, calmement, délicatement. Ses doigts effleurent la paume du garçon. C’est une sensualité très forte qui se dégage du tableau. C’est une scène de jeunes damoiseaux amoureux, émouvante. Le visiteur pourrait presque être gêné d’assister à ces instants qui relève de l’intimité. Détournez un instant la tête par discrétion et vous tomberez sur le Caravage des grands jours : La mort de la Vierge.

La mort de la Vierge de Michelangelo Merisi dit Caravage

La mort de la Vierge de Michelangelo Merisi dit Caravage

ou bien Alof de Wignacourt en grande tenue.

Alof de Wignacourt de Michelangelo Merisi dit Caravage

Alof de Wignacourt de Michelangelo Merisi dit Caravage

Voilà le Caravage attendu, le sombre, le ténébreux, bien loin de nos deux tourtereaux qui roucoulent. J’aime beaucoup aussi La mort de la Vierge, pas forcément le tableau mais l’histoire du tableau et je ne résiste pas à l’envie de la raconter. Cela laissera le temps à nos deux tourtereaux de se dire tous les mots d’amours qu’ils souhaitent. Un monastère commande au Caravage un tableau représentant la mort de la Vierge. Le Caravage s’exécute et vient présenter le tableau. Quand la bande de moines découvre le tableau, ils sont outrés. Ce n’est pas la représentation, la mise en forme, la composition qui les choquent, c’est le visage de la Vierge, ils reconnaissent le visage de la femme qui a servi de modèle pour la Vierge. Outrés ils refusent le tableau. L’histoire ne dit pas comment ils pouvaient savoir qu’il s’agissait d’une prostituée. Bon je raconte moins bien que Pierre Bellemare.

La diseuse de bonne aventure de Michelangelo Merisi da Caravaggio dit Le Caravage

La diseuse de bonne aventure de Michelangelo Merisi da Caravaggio dit Le Caravage

Alors revenons à nos deux adolescents qui se tripotent la main. La diseuse de bonne aventure c’est un classique de la peinture. Et généralement c’est pour montrer un homme en train de se faire flouer. C’est le cas par exemple avec La diseuse de bonne aventure de Georges de la Tour où les tire-goussets de tous genres s’approchent du naïf.

La diseuse de bonne aventure de Georges de la Tour

La diseuse de bonne aventure de Georges de la Tour

Mais vous vous dites que non, pas du tout, c’est autre chose dans le tableau du Caravage. Qu’il montre au contraire autre chose que le commun des autres peintres. Qu’il a poussé plus loin l’art de représenté ce sujet très classique. Et bien non le Caravage montre la même chose, mais comme c’est le Caravage, il le montre en bien mieux. Chez Georges de la Tour les personnages ont des têtes angoissantes (mines sur-ridés, raideur exagérée), chez le Caravage, rien de tout cela, vous avez appréciez la douceur du rendu, le petit regard, la fraîcheur des personnages. Nous en parlions plus haut et cela ne vous choquait pas. Et pourtant…

La diseuse de bonne aventure de Michelangelo Merisi dit Caravage

La diseuse de bonne aventure de Michelangelo Merisi dit Caravage

Comme tout bon magicien, l’illusion a été parfaite, le Caravage vous a mis en confiance et vous vous êtes fait encore plus bernés. Car elle ne lui caresse pas la main, elle fait glisser le long de ses doigts la bague du garçon. Elle ne lui tient pas le poignet amoureusement, elle distrait son attention. Et oui, vous n’avez rien vu. La magie du Caravage je vous disais.

Le Caravage peint comme il vit, avec roublardise, ruse, usant de la flatterie, faisant montre d’escobarderie. La vie du Caravage n’est pas une suite de pensions tombant dans sa bourse, c’est un combat permanent contre la pensée, contre l’ordre, contre la morale. Dans ses tableaux le monde n’est pas meilleur, il est pire, mais surtout il est vivant, humain.

La diseuse de bonne aventure de Michelangelo Merisi dit Caravage

La diseuse de bonne aventure de Michelangelo Merisi dit Caravage

La diseuse de bonne aventure de Michelangelo Merisi dit Caravage

La diseuse de bonne aventure de Michelangelo Merisi dit Caravage

Évoqué en introduction, La diseuse de bonne aventure a connu un remake. Les personnages ont cinq ou six ans de plus mais l’histoire se répète de la même manière. Mêmes tenues, mêmes regards, même astuce et la bague est engloutie de la même façon. Je vous inviterais bien à venir voir si vous me preniez pour un menteur mais le second tableau n’est pas au Louvre. Et si vous ne me croyez pas, venez voir.


Sur le thème de la diseuse au Musée du Louvre :

La diseuse de bonne aventure de Georges de la Tour

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