Portrait d’un patricien vénitien

Au Louvre, j’aime mais vraiment beaucoup le Portrait d’un patricien vénitien d’Alessandro Vittoria ou comment nos choix de sujets pour nos billets en dévoilent bien plus sur nous que nous ne voudrions l’admettre.

Portrait d’un patricien vénitien d’Alessandro VittoriaParler du Louvre c’est une façon de ne pas avoir à parler de soi. Mettre en avant les œuvres plus que soi-même. Et pourtant… que traduisent les œuvres à qui j’ai consacré un billet ? Un lecteur inconnu pourrait traduire de ma personnalité que :

  • Mon questionnement métaphysique va bien au-delà du dogme étriqué de la sainte Église romaine,
  • Un problème certainement lié à la mère me pousse à détester Napoléon et ses larbins picturaux,
  • Peu d’attrait pour l’Égypte mais aussi pour l’Espagne et à l’inverse un amour de l’Italie et des maisons flamandes,
  • Un goût pour l’animal seul et noble (cerf, ours, cheval) et peu d’appétence pour la basse-cour,
  • Une préférence pour les gros seins. Ce n’est pas moi qui le dit mais le lecteur inconnu !

Plus généralement la célébration d’œuvres pas forcément de premier plan, dans la dogma touristica du Louvre permet de tirer la conclusion que j’ai le temps de flâner dans le musée sans me limiter aux Big Five O : La Joconde, La Victoire de Samothrace, La Vénus de Milo, La galerie Apollon et le Sacre de Napoléon. Soit Joco, Samo, Milo, Apo et Napo, les Big Five O. Cela traduit aussi une forme de snobisme de délaisser les attendus à la recherche d’œuvres plus pittoresques ou de traitements thématiques plus biscornus.

La Joconde de Léonard de VinciSacre de l’empereur Napoléon Ier et couronnement de l’impératrice Joséphine dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, le 2 décembre 1804 de Jacques Louis DavidLa Victoire de SamothraceLa Vénus de MiloLa galerie d'ApollonEt c’est ainsi que le Portrait d’un patricien vénitien s’inscrit pleinement dans cette quête de l’originalité. Quand vous êtes guide et que vous venez de proposer à votre meute de touristes les Big Five O en 20 minutes, vous avez accompli une grande partie de leurs rêves parisiens. Il vous reste les parfumeurs et les macarons. Rajoutez les maroquiniers et c’est le nirvana assuré. Si vous voulez vraiment faire rêver ces étrangers en quêtes de certitudes artistiques, au moment de quitter le Louvre…

Portrait d’un patricien vénitien d’Alessandro VittoriaJe dois faire un aparté sur les « certitudes artistiques » Il s’agit d’une notion encore un peu floue que je suis en train d’élaborer. Oui et bien moi, quand j’ai du temps à perdre, j’élabore des notions artistico-sociologiques. Tout le monde ne peut pas jouer à Candy Crush ! Donc dans un monde multi-connecté et mondialisé, il existe un nivellement artistique. Une cinquantaine de noms (de tous arts et de toutes époques) qui surnagent dans l’inconscient culturel mondial (Michel-Ange, Le discobole, Léonard de Vinci, Le Penseur, Tintoret, Andy Warrol, Rembrandt, Botticelli, etc). Un peu comme certaines enseignes alimentaires qui rassurent en pays étranger. Cet inconscient culturel mondial rassure le touriste et concentre son attention. Il ne veut voir que cela au risque de délaisser toutes les autres œuvres. Par exemple, entendu au Louvre devant les 4 saisons d’Arcimboldo : « Oh c’est connu ça ! », « C’est culte ! »

Les quatre saisons de Giuseppe ArcimboldoAu gré des modes, car l’art est comme tout, sujet aux modes, tendances et variations de tous types, une œuvre devient donc culte… jusqu’à la prochaine mode. A ce sujet je précise qu’il suffit de tirer un artiste de l’oubli, d’organiser une exposition rassemblant des œuvres de pleins de musées et bâtir un catalogue qui coûte très cher et vous faite remonter le bonhomme dans le Top 50 artistique.

La galerie Michel-AngeIMG_20150415_194341… fin de l’explication sur les « certitudes artistiques ». Donc en quittant le Louvre avant de vous engouffrer dans la salle du Manège, continuez Galerie Michel-Ange, pour montrer Les esclaves de… Michel-Ange mais aussi le Psyché ranimée par le baiser de l’Amour d’Antonio Canova. En plus du Big Five O en cadeau vous leur offrez un Michel-Ange et une sculpture de baiser pour faire des selfies, vous allez combler vos touristes. Vous les conduisez sur les chemins de l’orgasme culturel.

Psyché ranimée par le baiser de l'Amour d'Antonio Canova

Portrait d’un patricien vénitien d’Alessandro Vittoria

Portrait d’un patricien vénitien d’Alessandro Vittoria

Mais puisque vous êtes dans la galerie Michel-Ange, ne leur montrez pas, ils s’en fichent, mais regardez mon Portrait d’un patricien vénitien. Au milieu de tout ce marbre, de ces quelques bronzes, sa terre cuite attire forcément le regard sur lui.

Portrait d’un patricien vénitien d’Alessandro VittoriaD’abord c’est de la terre cuite, assez rare dans les portraits de cette taille mais en plus elle est totalement anonyme ? Un patricien, à part une certaine aisance financière, confirmée par la qualité de sa tenue et la petite fraise, aucune information sur le monsieur.

Portrait d’un patricien vénitien d’Alessandro VittoriaJ’aime à penser qu’il a préféré la terre cuite pour la qualité du rendu et non pour d’obscures raison financières pour économiser sur le bronze ou le marbre. Tout en sachant que la terre cuite était aussi le premier modèle avant l’exécution d’une pièce en marbre ou en bronze qui elles auraient disparu avec le temps.

Portrait d’un patricien vénitien d’Alessandro VittoriaLe statut de patricien confirme qu’il n’a pas sué sang et eau dans les champs (quoique les champs à Venise ne soient pas une spécificité), qu’il n’a pas passé sa vie à trainer un chalut dans la lagune ou à travailler le bronze à l’ombre d’un feu brulant. Il a dû bénéficier d’une vie aisée à tâter du cul de boniche, à l’occasion.

Portrait d’un patricien vénitien d’Alessandro VittoriaIl possède le port altier et la barbe taillée de l’homme qui sait vivre. Il pourrait aussi se targuer d’une certaine forme de froideur, de cynisme dans le regard. Mais au contraire de cela il offre un calme, un aspect résigné dans le visage. Il a les traits de l’homme qui a vécu, a vu, cru. Il a la lassitude de l’homme qui a été trompé, a trompé, s’est trompé. Sa physionomie traduit la sagesse de celui qui sait que l’homme est bon et que l’humanité est pourrie.

Portrait d’un patricien vénitien d’Alessandro VittoriaMalgré la fin de sa vie d’homme et le début d’une vie de vieillard qui commence à se peindre sur les rides de ses yeux, il conserve un air distingué plein de bienveillance pour le visiteur.

Portrait d’un patricien vénitien d’Alessandro VittoriaLe col montant surplombé d’une petite fraise, la cape tenue par une fibule à tête de lion (Venise oblige), tout est très classe dans la tenue qu’Alessandro Vittoria représente de son patricien. Tout, et pourtant son regard un peu las ne peut duper le visiteur. Tutta la gloria nostra è neve al sole. Pour toutes ces raisons (en plus c’est Venise, en plus c’est l’Italie) j’aime cette sculpture. Et si vous ne me croyez pas, venez voir.


En cadeau le derrière du patricien :

Portrait d’un patricien vénitien d’Alessandro Vittoria

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s