Jésus chez Marthe et Marie

Au Louvre, j’aime Jésus chez Marthe et Marie de Hendrik van Steenwyk comme exemple de la superbe des peintures d’intérieurs flamands mais aussi pour le plaisir de vous offrir un cours de théologie. Et par avance je m’excuse auprès de ceux qui trouvent qu’après les Scènes du martyre de saint Hippolyte, lors du dernier billet, cela commence à faire beaucoup, rassurez-vous dans le prochain nous parlerons philosophie (pour ceux qui seront encore présents).

Jésus chez Marthe et Marie d'Hendrik van Steenwyck

Jésus chez Marthe et Marie d’Hendrik van Steenwyck

Jésus chez Marthe et Marie est donc une œuvre de Hendrik van Steenwyk, à ne pas confondre avec Hendrik van Steenwyk, son père. Lesquels Hendrik van Steenwyk (père et fils) n’ont strictement rien à voir avec Harmen Evertz van Steenwyck bien qu’il soit peintre et néerlandais comme eux. Pas plus qu’ils n’ont à voir avec Pieter van Steenwyck, peinte, néerlandais et frère de Hamen Evertz. Cela peut vous sembler touffu, confus, alors imaginez pour moi qui en plus n’ai pas du tout l’esprit de famille. Bref, si j’avais trouvé des trucs à dire sur Hendrik je n’aurais pas hésité, mais rien.

Après les Hendrik, les Maries. Si vous avez un minimum de culture vous savez que la maman de Jésus se nommait Marie, que la pécheresse connue sous le nom de Madeleine, se nommait aussi Marie, que souvent lors de la crucifixion est aussi représentée Marie Salomé. Et bien en voici encore une autre : Marie de Béthanie. D’ailleurs dans la tradition provençale, tout ce petit monde serait arrivé en région PACA aux Saintes-Maries-de-la-Mer (ceci expliquant le s des Saintes et des Maries). Tout cela pour prouver le manque d’originalité dans le choix des prénoms en Palestine au Ier siècle ou bien pour indiquer que Marie était LE prénom à la mode de toutes les petites filles. Un peu comme Céline dans les années 70 ou Léa dans les années 90.

La résurrection de Lazare de Jean Jouvenet

Donc aujourd’hui nous sommes chez Marie de Béthanie et sa sœur Marthe, Jésus vient y faire une halte. Marie et Marthe ont un frère, Lazare, lépreux et ressuscité par Jésus (comme ça vous connaissez toute la famille). On parle trop peu du service après-vente des miracles. Très clairement Jésus vient à Béthanie pour voir la petite famille, se rendre compte si tout va bien. La vraie Christ’s touch, le sens du service au-delà du service. Jésus c’est le contrat de confiance avant l’heure.

Jésus chez Marthe et Marie d'Hendrik van Steenwyck

Jésus chez Marthe et Marie d’Hendrik van Steenwyck

Et comme j’aime à citer mes sources, surtout quand je risque de faire grincer, voici donc ce que Marc et Matthieu (les Évangéliste, pas mes cousins) nous racontent sur cette visite de Jésus chez Marthe et Marie : « Pendant qu’il était à table, une femme vint, avec un flacon d’albâtre contenant un parfum de nard, pur et très coûteux. Elle brisa le flacon d’albâtre et lui versa le parfum sur la tête. » Je suis certainement de la vieille école mais reconnaissez qu’être invité chez des gens pour se prendre sur le crâne un flacon de Channel, est une drôle de façon de traiter ses convives. En général quand je suis invité, je fais un effort pour arriver propre. Où donc ont été élevées ces filles qui se permettent d’arroser de parfum lourd un invité qui pue ? Par contre j’aime beaucoup le parfum de nard. Il s’agit d’une huile extraite du rhizome de Nardostachys jatamansi auct, mais ça je m’en fiche. Non, ce que je préfère avec le nard, c’est qu’il se prête à merveille à l’art du contrepet (Son nard ruisselait sur les dattes de la bougresse, La compagne du canard ou Le nard de daim).

Au prix du parfum les apôtres trouvent ridicule de l’avoir ainsi gâché sur Jésus, alias Pépé-le-Putois, alors que l’on aurait pu aider les pauvres avec l’argent. D’où l’expression con comme un apôtre, car Jésus douche l’enthousiasme de ces derniers avec son petit air hautain : « Mais Jésus dit : « Laissez-la, pourquoi la tracasser ? C’est une bonne œuvre qu’elle vient d’accomplir à mon égard. Des pauvres, en effet, vous en avez toujours avec vous, et quand vous voulez, vous pouvez leur faire du bien. » L’égo de malade, le melon qu’il a pris. Ça va, tout le monde a compris qu’il était un fils de…

Jésus chez Marthe et Marie d'Hendrik van Steenwyck

Jésus chez Marthe et Marie d’Hendrik van Steenwyck

Derrière cette anecdote biblique se cache en fait un point très important : le traitement des pauvres par l’Eglise. D’un côté les ordres mendiants qui viennent directement en aide aux plus démunis et face à eux la richesse de l’Eglise institutionnelle qui aura bien le temps, de s’occuper des pauvres, mais pas aujourd’hui, il y a des frites à la cantoche. Notons que malheureusement c’est la seconde option qui a fait école. Ah, les traditions ! Revenons à Béthanie. Dans le tableau Jésus est assis dans la maison de deux femmes. Au Ier siècle, en Palestine, un homme seul entre dans la maison de deux sœurs ! Permettez que je doute d’une telle libération des esprits et des mœurs, mais je ne vais pas pinailler. Donc Jésus assis, tape la discute. En fait il ne discute pas, il soliloque. A ses pieds Marie, qui l’écoute religieusement. Bon à l’époque on n’écouter pas Jésus religieusement, disons fanatiquement, on ne savait pas encore que les trucs qu’il débitait allaient donner une religion. Au mieux une secte, au pire un aller-simple pour l’asile le plus proche.

Jésus chez Marthe et Marie d'Hendrik van Steenwyck

Jésus chez Marthe et Marie de Hendrik van Steenwyk

A côté sa sœur Marthe qui vient se plaindre à Jésus que pendant que Marie n’en fiche pas une, c’est elle qui soit se taper tout le travail pour faire tourner la maison. Avec une petite pique du peintre qui dans le prolongement de la salle de réception dépeint une troupe de loufiats en train de rôtir la viande. Genre « elle geint mais en fait c’est pas vraiment elle qui fait le boulot. » On reconnaît bien là cet humour qui fit la renommée de van Steenwyk au cours du Siècle d’Or flamand.

Jésus chez Marthe et Marie d'Hendrik van Steenwyck

Jésus chez Marthe et Marie de Hendrik van Steenwyk

Et pour la seconde fois, sur le même tableau, une source de combats théologiques qui nait de cette scène. Jusqu’à cet instant, vous viviez dans une certaine insouciance mais sachez que l’Église s’est longtemps interrogée sur la position des deux sœurs. Laquelle des deux est la plus propice à ressembler au bon chrétien ? D’un côté nous avons Marie qui n’en fiche pas une mais qui écoute la parole de Jésus. De l’autre nous avons Marthe qui bosse mais ne peut écouter le seigneur et en plus vient se plaindre. Notez insidieusement que cela concerne des femmes, puisque c’est bien connu, un homme c’est fort, cela fait les bons choix, alors qu’une femme est toujours à osciller entre raison et sentiments.

Je connais votre goût pour les querelles théologiques et je vous entends réclamer au plus vite la position arrêtée par l’Église pour que vous ne soyez pas dans le péché. D’abord je vous dirais que si vous êtes dans le pêcher, profitez-en pour cueillir quelques fruits ; en sirop c’est excellent. Ensuite, je n’ai pas pour ma part, ce goût théologique qui vous caractérise, alors je laisse planer le suspense sur la position de l’Église entre Marthe et Marie. A mon avis ce doit être une position de missionnaire.

Vous vous doutez bien que je ne vous ai pas conduit à Béthanie pour théoriser pendant des heures sur qui de Marthe ou Marie ou même de Jésus est dans le vrai. Comme souvent dans les tableaux de saints, effaçons ces trois personnages pour ne conserver que le reste du tableau. Débarrassé de son poids religieux et de ses questionnements, le tableau est une magnifique représentation d’intérieur nord-européen. Une parfaite maitrise de l’art de la perspective. Une trace de vie au XVIIème siècle outre-Escault.

Et oui car il faut admettre que les coussièges, les fenêtres cerclées au plomb et autre miroir bombé, cela fait plus penser à une arrière-cour d’Amsterdam qu’à un claque de Judée. Et je vous fais grâce des moulures, linteaux et autres boiseries.

Jésus chez Marthe et Marie d'Hendrik van Steenwyck

Jésus chez Marthe et Marie de Hendrik van Steenwyk

Jésus chez Marthe et Marie d'Hendrik van Steenwyck

Jésus chez Marthe et Marie de Hendrik van Steenwyk

Jésus chez Marthe et Marie d'Hendrik van Steenwyck

Jésus chez Marthe et Marie de Hendrik van Steenwyk

Quelques questions restent sans réponse évidente pour moi. Est-ce une horloge ?

Jésus chez Marthe et Marie d'Hendrik van Steenwyck

Jésus chez Marthe et Marie de Hendrik van Steenwyk

A quoi sert cette chaire ?

Jésus chez Marthe et Marie d'Hendrik van Steenwyck

Jésus chez Marthe et Marie de Hendrik van Steenwyk

Est-il bien écrit « Merde à celui qui lit ça » sur le petit papier en bas ? *

Jésus chez Marthe et Marie d'Hendrik van Steenwyck

Jésus chez Marthe et Marie de Hendrik van Steenwyk

Est-ce Marthe ou Marie qui monte sur l’escabeau pour aller nettoyer les toiles d’araignées à 5 mètres du sol ?

Jésus chez Marthe et Marie d'Hendrik van Steenwyck

Jésus chez Marthe et Marie de Hendrik van Steenwyk

Enfin où est installé le détecteur de fumée pourtant obligatoire depuis plus d’un mois ?

Jésus chez Marthe et Marie d'Hendrik van Steenwyck

Jésus chez Marthe et Marie de Hendrik van Steenwyk

Bien sûr que je me glose, mais quand j’aime bien, je châtie bien. J’aime ces alignements de livres, d’alambic, de bocaux et autres cornues. J’aime ces intérieurs détaillés avec précision. J’aime même le fantôme à côté de la rôtisseuse :

Jésus chez Marthe et Marie d'Hendrik van Steenwyck

Jésus chez Marthe et Marie de Hendrik van Steenwyk

Jésus chez Marthe et Marie d'Hendrik van Steenwyck

Jésus chez Marthe et Marie de Hendrik van Steenwyk

Jésus chez Marthe et Marie d'Hendrik van Steenwyck

Jésus chez Marthe et Marie de Hendrik van Steenwyk

Jésus chez Marthe et Marie d'Hendrik van Steenwyck

Jésus chez Marthe et Marie de Hendrik van Steenwyk

Précision, ce n’est pas un fantôme. Le peintre a d’abord peint sa cheminée et en seconde couche le vieux monsieur. Les pigments semblent moins bien tenir et donnent l’impression qu’il est quasi transparent. Et j’aime ça car le Louvre permet cette promiscuité avec les œuvres, aller chercher au fond du fond le détail. Et si vous ne me croyez pas, venez voir.


* Quand je pense que vous avez cliquez sur la photo pour vérifier ce qui était écrit dessus. Hommes de peu de foi…


Sur le thème des visites de Jésus au Musée du Louvre :

Jésus chez Marthe et Marie de Jean Jouvenet

Jésus chez Marthe et Marie de Jean Jouvenet

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