Les chaussettes

Au Louvre, j’aime Les chaussettes. Oui alors là encore je vais attirer railleries, moqueries et médisances faciles. Et pourtant déjà Victor Hugo l’écrivait : « Braves peintres, prenez garde aux choses que vous peigniez / Tout peut partir, d’une chaussette qu’en peignant vous laissâtes. / Tout ; la haine et le deuil. Et ne m’objectez pas, / Que vos musées sont sûrs et que vous peignez gras. / Écoutez bien ceci : tête-à-tête, en pantoufles (comme Le Brun), / Portes closes, dans votre atelier, sans un pinceau qui coule,… » Bon j’arrête de citer Hugo, il n’a jamais eu la correction de me citer en retour.

Le radeau de la Méduse de Théodore Géricault

Le radeau de la Méduse de Théodore Géricault

Pourquoi les chaussettes ? Car rien n’est plus absurde que de chercher les chaussettes au sein du Musée du Louvre. Parce que j’ai dans mes parages une personne qui partage le même goût que moi pour Le radeau de la Méduse et pour ce pied chaussetté au milieu de la toile. Parce qu’à trois tableaux du radeauLa Liberté guidant le peuple offre un pied lui aussi seulement vêtu d’une chaussette.

Le 28 juillet. La Liberté guidant le peuple d'Eugène Delacroix

Le 28 juillet. La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix

Au-delà du clin d’œil entre les amis Delacroix et Géricault j’aime l’idée de m’intéresser à la chaussette ou plus précisément la chaussette représentée dans les œuvres du Musée du Louvre. Toi lecteur qui découvre ce blog pour la première fois, je comprends ta surprise et ton étonnement, voir même tes inquiétudes sur l’état mental d’une personne qui ne visiterait le Musée du Louvre que pour y rechercher des chaussettes. Mais ne te formalise pas trop, lecteur novice. La chaussette n’est qu’une excuse pour présenter des tableaux sur lesquels je ne me serais pas arrêté en temps normal. C’est l’avantage de traiter des thématiques qui permettent de montrer d’autres œuvres.

Cavalier

Cavalier

Alors la chaussette remonte-t-elle à la plus haute Antiquité ? C’est un peu difficile de trancher. En effet à une période où la majorité des peuples résidaient dans des zones chaudes, le port de la chaussette était assez superflu. Ainsi le romain porte-t-il une espèce de botte en cuir souple ouverte sur le devant pour faire respirer les pieds. Je rappelle qu’un légionnaire romain parcourait jusqu’à 50 kilomètres par jour. Avez-vous déjà marché avec des tongs ? Que celui qui s’est arraché le gros orteil sur un caillou au cours d’une partie de pétanque me jette la première chaussette. C’est esthétique en peinture, en réalité c’est douloureux.

Le Christ et la femme adultère de Gian Domenico Tiepolo

Le Christ et la femme adultère de Gian Domenico Tiepolo

Le triomphe de David de Matteo Rosselli

Le triomphe de David de Matteo Rosselli

La Vierge et l'Enfant avec saints Géminien, Jean-Baptiste, Georges et Pierre Martyr de Giovanni Francesco Barbieri

La Vierge et l’Enfant avec saints Géminien, Jean-Baptiste, Georges et Pierre Martyr de Giovanni Francesco Barbieri

Mais déjà j’entends le chœur grec me maudire. Bien sûr que le monde civilisé a existé avant les romains. Mais généralement le grec allait pied nu.

Œdipe explique l'énigme du sphinx de Jean-Auguste-Dominique Ingres

Œdipe explique l’énigme du sphinx de Jean-Auguste-Dominique Ingres

Puis devant certains pieds très vilains ils ont décidé de les couvrir pour éviter la raillerie et de faire vomir les enfants.

Saint Jean l'évangéliste d'Alonso Cano

Saint Jean l’évangéliste d’Alonso Cano

Léonidas aux Thermopyles de Jacques-Louis David

Léonidas aux Thermopyles de Jacques-Louis David

Voilà pour l’historique de la chaussette dans le monde gréco-latin. Revenons un temps à la définition de notre sujet : La chaussette est un bas qui s’arrête au-dessus de la cheville. Plus précisément dans une zone allant de la cheville à la rotule. Entre ces deux zones se situe la fin d’une chaussette, dont je rappelle aux plus ignares qu’elle débute à l’extrémité du pied ou pas loin, pour ceux qui ont des trous.Au Louvre, j'aime la chaussetteMais la chaussette telle que celle que cache votre soulier est assez récente. En effet l’invention du nylon a permis de resserrer sur le galbe de votre mollet musclé cette pièce de tissus. Avant ? Soit vous aviez les moyens de vous offrir un ruban, une jarretière :

L'apothéose d'Henri IV et la proclamation de la régence de la reine de Pierre Paul Rubens

L’apothéose d’Henri IV et la proclamation de la régence de la reine de Pierre Paul Rubens

Portrait équestre de Pierre Séguier, chancelier de France de Charles Le Brun

Portrait équestre de Pierre Séguier, chancelier de France de Charles Le Brun

Au Louvre, j'aime la chaussetteAu Louvre, j'aime la chaussetteAu Louvre, j'aime la chaussetteSoit vous étiez trop pauvre et vos chevilles étaient recouvertes de tissus dégringolant :

Le fils puni de Jean-Baptiste Greuze

Le fils puni de Jean-Baptiste Greuze

L'adoration des bergers de Jusepe de Ribera

L’adoration des bergers de Jusepe de Ribera

Au Louvre, j'aime la chaussetteAu Louvre, j'aime la chaussette

D’ailleurs quand les peintres dépeignent les pauvres, ils ont toujours les bas qui plissent…

Le toucher de A. Palmedes

Le toucher de A. Palmedes

Paysage aux baigneuses de Laurent de La Hyre

Paysage aux baigneuses de Laurent de La Hyre

Les sonneurs d'Alexandre-Gabriel Decamps

Les sonneurs d’Alexandre-Gabriel Decamps

La précaution maternelle de Jean-François Millet

La précaution maternelle de Jean-François Millet

… contrairement à l’homme de qualité ou au militaire toujours les bas tenus et tendus.

Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière de Jean-Jacques Caffieri

Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière de Jean-Jacques Caffieri

Scène de la Saint-Barthélemy de Joseph-Nicolas Robert-Fleury

Scène de la Saint-Barthélemy de Joseph-Nicolas Robert-Fleury

Instruis l'enfant de William Mulready

Instruis l’enfant de William Mulready

Pierre Corneille de Jean-Jacques Caffieri

Pierre Corneille de Jean-Jacques Caffieri

L'arrivée d'un diligence dans la cours des Messageries de Louis-Léopold Boilly

L’arrivée d’un diligence dans la cours des Messageries de Louis-Léopold Boilly

Jean Racine de Louis-Simon Boizot

Jean Racine de Louis-Simon Boizot

Le roi païen fait demander en mariage sainte Ursule de Maître de la Légende de Sainte Ursule

Le roi païen fait demander en mariage sainte Ursule de Maître de la Légende de Sainte Ursule

Au Louvre, j'aime la chaussetteAu Louvre, j'aime la chaussetteAu Louvre, j'aime la chaussettePouvons-nous, aujourd’hui, au XXIème siècle, rire sans crainte de la chaussette et sans s’assurer les foudres de je ne sais quelle corporation ? J’ose à peine. Mais certains ne se gênes pas pour arborer sur des tableaux des chaussettes, au combien, ridicules.

J'ai oublié

J’ai oublié

L'adoration des mages de Maître de la Sainte Parenté

L’adoration des mages de Maître de la Sainte Parenté

La flagellation du Christ de Maître Lcz

La flagellation du Christ de Maître Lcz

La Vierge et l'Enfant entre saint Cyriaque de Jérusalem et saint Georges

La Vierge et l’Enfant entre saint Cyriaque de Jérusalem et saint Georges

Le sacre de Napo de Jacques-Louis David

Le sacre de Napo de Jacques-Louis David

S’intéresser à la chaussette, quand la jambe de la femme est esthétiquement emmitouflée dans des tombereaux de robes, voilages, jupons et autres crinolines, n’est-ce pas l’occasion d’un billet totalement phallocratique, l’air de rien ?Au Louvre, j'aime la chaussetteIl y a un avantage technique à s’intéresser à la chaussette. Pour les œuvres exposées en hauteur c’est pile sous mes yeux. La chaussette c’est simple, idiot, infime, commun pour que l’on passe sans faire attention à elle. Et pourtant, bas ou chausse, tendue ou plissée, la chaussette est insignifiante, mais elle finit un personnage. Par le soin que l’artiste apportera elle sera la marque de l’homme de goût ou la plus belle représentation de la plèbe.IMG_20150617_181415Au Louvre, j'aime la chaussetteAu Louvre, j'aime la chaussette

Mais au milieu de ce tiroir géant de paires de chaussettes que constitue le musée, existe-t-il une paire que j’aimerai porter ? J’aime assez les chaussettes rouges de cardinal :Au Louvre, j'aime la chaussetteCependant à n’en pas douter, la paire que j’ai trouvée la plus belle est celle ailée de Mercure/Hermès. A ceux qui chipoteront en trouvant qu’il s’agit plus de talonnettes que de chaussettes, je leur dirai que si vous ne me croyez pas, venez voir.

Mercure

Mercure


Et dans la série Pan dans ta gueule le corse, voici, non pas des chaussettes mais des ballerines à pompons ridicules. Petit conseil pour le jour de votre sacre, pas de pompon. So 1800 !

Napoléon Ier en costume du Sacre de Claude Ramey

Napoléon Ier en costume du Sacre de Claude Ramey

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