La collection de Carlos de Beistegui

Au Louvre, j’aime la Collection de Carlos de Beistegui ou voici la solution pour entrer dans l’Histoire et quand je dis entrer dans l’Histoire, je ne veux pas dire parader 10 minutes en tête des hastags sur Twitter, je parle de la vraie Histoire, avec nom dans les dictionnaires et salle au Musée du Louvre.Collection de Carlos de BeisteguiVous aussi souhaiteriez laisser une trace indélébile de votre passage sur cette planète. Une empreinte du géant que vous fûtes et qui ferait l’admiration de votre descendance pour les siècles et les siècles à venir. Voir même donnerait envie, créerait des vocations. D’abord, permettez-moi de railler votre vanité. « Vanitas vanitatum omnia vanitas », pour une fois que je peux citer l’Ecclésiaste… sans le faire rimer avec pétasse !

Revenons à votre personne. Êtes-vous un artiste ? Êtes-vous un professeur d’art ? Êtes-vous titulaire d’un diplôme de l’Ecole des Chartes ? Je crains de devoir réduire vos espoirs les plus fous. Jamais les portes du Louvre ne s’ouvriront à vous sur autre chose que le guichet d’achat des billets Visiteurs. Vous serez à tout jamais un, parmi la foule compacte, qui tente d’apercevoir la culotte de Mona Lisa. Votre orgueil en prend un coup ! Ce n’est pas la honte non plus d’être au milieu de la foule, ne le prenez pas de la sorte. Et pour vous remonter le moral je crois qu’elle ne porte pas de culotte et que cela l’excite, d’où le sourire.

Pourtant je vous vois vraiment déçus. Je ne vais pas vous abandonner dans les couloirs de la désillusion de vos rêves brisés sur les cimaises de votre incompétence. Il existe une solution, que vous propose justement Carlos de Beistegui. La famille Beistegui est basque et part vivre au Mexique. Alors que Guétary, basque aussi, n’a jamais chanté le chanteur de Mexico. Mais passons, vous ne pouvez aimer à la fois les musées et la grande musique.

Arrivés au Mexique comme tous les immigrés ils exercent des petits boulots en fondent tous leurs espoirs sur la génération suivante qui fera la fierté de leurs parents. Mais non je déconne. Arrivés au Mexique ils exploitent des mines d’argent. Et c’est là que né le petit Carlos. Né avec une cuillère en argent dans la bouche, c’est le cas de le dire. Mais gros modèle la cuillère, plus proche de la louche.

Un jour papa Beistegui se lassa de la tequila et la famille quitta le Mexique pour la France en laissant le sous-sol, comme les bouteilles, vide. A Paris, Carlos se rêve peintre. Sur les conseils avisés de ses amis il ne persévère pas dans la peinture et la peinture lui en fut reconnaissant. Mais Carlos a quelque chose en plus qu’un talent artistique : Il a de l’argent.

Carlos de Beistegui de Ignacio Zuloaga

Carlos de Beistegui de Ignacio Zuloaga

Non, je ne fais pas l’apologie de l’argent roi. Mille princes des bords de la mer d’Oman nous montrent régulièrement que l’argent ne fait pas le goût, bien au contraire. Carlos, s’il n’est pas bon peintre, à une appétence, un goût, un attrait pour l’huile sur toile et puis il connaît du monde, il peut se faire aider, accompagner, rassurer sur ses intentions d’achat. Et c’est ainsi qu’il attrape le goût de la collection.

Si j’apprécie Carlos de Beistegui ce n’est pas que pour sa bonne tête qui le fait ressembler à un piaf tombé du nid. J’apprécie Beistegui parce que son argent il ne l’a pas placé dans une Hispano Suiza plaquée or, dilapidé dans les lupanars de la capitale ou perdu dans un téléphone portable bakélite et diamants roses. Il a choisi de placer son argent dans la peinture. Mais contrairement à un docteur Barnes, il n’a pas constitué sa petite collection privée pour son seul plaisir (Il faut être américain pour tirer un quelconque plaisir à se promener tout nu devant des tableaux impressionnistes). Carlos de Beistegui a préféré faire bénéficier de son argent au plus grand nombre. Au-delà du simple goût pour la collection, il devient aussi un grand mécène.

A la demande du conservateur du Louvre de l’époque et face au refus du Conseil des Musées il acquière le Portrait du Dauphin Charles Orlant de Jean Hey. Mais en plus il accepta que l’acquisition se fasse contre la promesse de don au Louvre. Donc il a payé un tableau non pas pour le mettre au-dessus de sa cheminée mais pour l’offrir aux visiteurs. C’est beau ! Cela méritait d’être salué dans ce billet.

Portrait inachevé de Bonaparte de Jacques-Louis David

Portrait inachevé de Bonaparte de Jacques-Louis David

16 ans après, même manège. Il recommence, avec le Portrait inachevé de Bonaparte de Jacques-Louis David. Pourtant il l’avait dit : « Mais que c’est moche David ! Sauf qu’ici c’est inachevé, donc il y a moins de peinture, donc c’est un peu moins moche. » Je ne m’engage pas sur la véracité de cette citation que j’ai trouvée sur internet.

En parallèle à son travail de mécène public, Carlos se constitue aussi sa propre petite collection privée dont il fera don au Louvre en 1942. Et oui on peut avoir une certaine clairvoyance picturale et choisir le moins bon moment pour faire don de sa collection au Louvre, au risque de voir le tout confisqué et accroché sur les murs de la Alte Pinakothek de Munich. En 1942 le nazi était aussi amateur d’art. J’ai l’impression que depuis 1945 cela lui est un peu passé.

Que dire de sa collection ? Cette collection est parfaite pour un musée : un poil de van Dyck, une touche de Rubens, du Goya, du David, un peu de Fragonard, une dose d’Ingres et même du Largillière. Avec un seul de ces tableaux aux USA vous pouvez ouvrir un Art Institut. Avec la totalité de la collection Beistegui vous complétez n’importe quelle collection de musée européen. Et c’est peut-être mon problème avec cette collection de Carlos de Beistegui.

Vaut-il mieux la rassembler toutes les œuvres de la collection dans un seul et même endroit ou bien ventiler les pièces pour les afficher à proximité d’autres œuvres d’un artiste ? J’adore par exemple la friponnerie du tableau de Fragonard Le feu aux poudres. Tout dans ce tableau réduit la pornographie à de l’enfantillage pour exhaler l’érotisme. Tout est dans le titre d’autant plus excitant qu’il a deux cents cinquante ans. Quel talent ! Mais ce tableau répond à un autre tableau de Fragonard qui se nomme La chemise enlevée, lui aussi au Louvre, mais à l’autre extrémité de la Cour Carrée. Le visiteur préférerait que les deux tableaux soient côte-à-côte, plutôt que de tomber dessus par inadvertance.

Le feu aux poudres de Jean-Honoré Fragonard

Le feu aux poudres de Jean-Honoré Fragonard

La chemise envolée de Jean-Honoré Fragonard

La chemise envolée de Jean-Honoré Fragonard

Les œuvres des autres artistes (Rubens, David, Goya, Gérard) sont moins majeurs dans le parcours de chacun, ils pourraient donc être ventilés dans le musée pour être accrochés auprès des autres tableaux de chacun des artistes. Cependant au Louvre on ne rompt pas une collection qui est alors présentée dans son ensemble.

Que vaut la collection de Carlos de Beistegui ? C’est très clairement, contrairement au docteur Barnes évoqué plus haut, une collection de « bourgeois », des valeurs sûres, peu d’excentricité, rien qui n’ait pas offert un siècle au moins à la patine du temps. Seul écart à cette collection un portrait de Carlos réalisé par Ignacio Zuloaga avec en arrière-plan le portrait de Madame Drouais par François-Hubert Drouais et le portrait de Madame Henry Panckoucke par Jean-Auguste-Dominique Ingres. Les tableaux se parlent et se répondent dans un espace réduit, simplement en tournant la tête.

Carlos de Beistegui de Ignacio Zuloaga

Carlos de Beistegui de Ignacio Zuloaga

Portrait de Madame Drouais de François-Hubert Drouais

Portrait de Madame Drouais de François-Hubert Drouais

Portrait de Madame Drouais de Ignacio Zuloaga

Portrait de Madame Drouais de Ignacio Zuloaga

Portrait de Madame Henry Panckoucke de Jean-Auguste-Dominique Ingres

Portrait de Madame Henry Panckoucke de Jean-Auguste-Dominique Ingres

Portrait de Madame Henry Panckoucke de Ignacio Zuloaga

Portrait de Madame Henry Panckoucke de Ignacio Zuloaga

De la même manière j’aimais beaucoup la salle réservée à l’exposition de la collection Carlos de Beistegui, au sommet du pavillon de l’horloge, dans le prolongement de la perspective, avec une superbe vue sur l’ouest parisien. Mais j’étais agacé par la structure et l’éclairage du plafond qui rebondissaient sur presque toutes les toiles.

Collection de Carlos de Beistegui

Collection de Carlos de Beistegui

Portrait de la Marquise de la Solana de Francisco Goya

Portrait de la Marquise de la Solana de Francisco Goya

Puis la collection a déménagé afin de permettre l’ouverture sur trois niveaux du musée du Musée du Louvre. La collection de Carlos de Beistegui est maintenant salle des Sept-Cheminées.

La collection de Carlos de Beistegui salle des Sept-cheminées

La collection de Carlos de Beistegui salle des Sept-cheminées

Mais le problème du rendu de la lumière sur les toiles n’est toujours pas résolu.

La collection de Carlos de Beistegui salle des Sept-cheminées

La collection de Carlos de Beistegui salle des Sept-cheminées

Je m’interroge aussi sur la parenté évidente entre Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook et la collection de Carlos. Ce n’est pas une collection c’est son mur d’amis. Ce monsieur n’a que des portraits :

Portrait d'homme, dit autrefois Portrait de Livio Odescalchi de Antoon van Dyck

Portrait d’homme, dit autrefois Portrait de Livio Odescalchi de Antoon van Dyck

Portrait de la Marquise de la Solana de Francisco Goya

Portrait de la Marquise de la Solana de Francisco Goya

Portrait de Madame Drouais de François-Hubert Drouais

Portrait de Madame Drouais de François-Hubert Drouais

Portrait d'un artiste de Jean-Honoré Fragonard

Portrait d’un artiste de Jean-Honoré Fragonard

Portrait de Monsieur Meyer de Jacques-Louis David

Portrait de Monsieur Meyer de Jacques-Louis David

Portrait de Madame Lecerf de François Gérard

Portrait de Madame Lecerf de François Gérard

Portrait inachevé de Bonaparte de Jacques-Louis David

Portrait inachevé de Bonaparte de Jacques-Louis David

Portrait de Madame Henry Panckoucke de Jean-Auguste-Dominique Ingres

Portrait de Madame Henry Panckoucke de Jean-Auguste-Dominique Ingres

Plus ceux que je trouvais vraiment trop moches pour les afficher sur ce blog : Portrait de Madame Cuthbert de Thomas Lawrence, Portrait de la duchesse de Bouillon de Nicolas de Largillière, Portrait de la duchesse de Chaulnes de Jean-Marc Nattier, Portrait de madame de Verninac de Jacques-Louis David, Portrait de Lorenzo Bartolini de Jean-Auguste-Dominique Ingres. A croire que La mort de Didon de Petrus Paulus Rubens et Le feu aux poudres de Jean-Honoré Fragonard c’est juste parce qu’il aimait les gros seins ?

La mort de Didon de Petrus Paulus Rubens

La mort de Didon de Petrus Paulus Rubens

Le feu aux poudres de Jean-Honoré Fragonard

Le feu aux poudres de Jean-Honoré Fragonard

Donc en 1942 la collection Beistegui intègre le Louvre, à un petit détail, selon les volontés de Carlos son portrait par Ignacio Zuloaga devait également y être exposé en permanence au milieu des artistes réguliers du musée.

Carlos de Beistegui de Ignacio Zuloaga

Carlos de Beistegui de Ignacio Zuloaga

Vous me direz que quand on a tant aidé le Louvre c’est la moindre des choses. Moi je trouve que cela frise le chantage et la coquetterie. C’est souvent le problème avec les gens qui courent après les breloques à accrocher à leur boutonnière.

Carlos de Beistegui de Ignacio Zuloaga

Carlos de Beistegui de Ignacio Zuloaga

Alors en attendant qu’un jour j’écrive sur la Collection de … [mettez votre nom à la place des trois petits points], passez voir la collection de Carlos de Beistegui. Et si vous ne me croyez pas, venez voir.

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2 réflexions au sujet de « La collection de Carlos de Beistegui »

  1. Yann K.

    Voilà un blog aussi navrant qu’inutile …..quant au langage et aux raccourcis racoleurs, mieux vaut ne pas s’y attarder : vous n’avez que l’embarras du choix « la culotte de Mona Lisa » et « trop moches pour ce blog « …de qui parle-ton ? De Thomas Lawrence, Largillière, Nattier et Jean-Dominique Ingres. Presque rien dans le domaine de la peinture !

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    1. Au Louvre j'aime Auteur de l’article

      Monsieur,

      Je n’ai pas une âme de censeur et laisse à chacun le droit de trouver ou non une utilité à ce blog. Cela ne vous a pas plu, ces billets sont aussi là pour ça. Contrairement à vous, je crois que l’art peut et doit mériter toutes les interprétations, que chacun est libre d’aimer les peintres de son choix et que la présence d’un artiste dans un musée n’est pas un blanc-seing interdisant la moindre remarque.

      Ces textes ne vous sont pas imposés sur les ondes de votre radio, sur les chaînes de votre télévision ou dans les pages de vos magasines. Comment êtes-vous arrivé là ? Ce n’est pas bien grave, mais sur internet il suffit de cliquer pour rapidement passer à autre chose.

      Nos opinions divergent, c’est plutôt sain et intéressant, mais au lieu de faire preuve d’un peu de talent dans votre commentaire vous fermez la porte à toute discussion possible. C’est dommage.

      Alors sans rancune. Quant à votre avis, je le plie en quatre et vais le glisser dans la culotte de qui vous savez. Maintenant nous saurons d’où lui vient son mystérieux sourire.

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