La vision de saint Bernard

Au Louvre, j’aime La vision de saint Bernard de Joos van Cleve. Mais je n’imaginais pas l’écheveau dans laquelle j’allais plantais ma plume quand je suis resté planté devant ce tableau.

La vision de saint Bernard de Joos van Cleve

La vision de saint Bernard de Joos van Cleve

Car si vous voulez un bon conseil pour faire un bout de chemin dans l’Église, appelez-vous Bernard. Vous shootez dans une poubelle au Vatican et vous en sortez dix. C’est impressionnant comme ce prénom semble vous ouvrir les portes de la sainteté ou à défaut vous offrir un titre d’évêque ou de bienheureux. Car le Nanard de mon tableau, il a fallu le retrouver au milieu d’une liste longue comme une messe sans hostie. Bernard de Vienne, évêque de Vienne. Bernard de Menthon, archidiacre d’Aoste. Bernard Paleara, évêque de Teramo. Bernard le Vénérable, treizième abbé du Mont Saint-Michel (le gars pas superstitieux). Bernard de Tiron, fondateur du monastère de Tiron (de la famille Lannister ?). Bernard de la Tour, bienheureux, treizième général de l’Ordre de saint Bruno (Le Bernard n’est donc pas superstitieux). Bernard du Portugal, bienheureux. Bernard de Toulouse, martyrisé par les Albigeois. Bernard de Scammaca, bienheureux, dominicain. Bernard d’Offida, bienheureux, frère lai chez les capucins de Fermo. Bernard Vû Van Duê, prêtre et martyr, décapité au Vietnam. Bernard-Marie de Jésus, bienheureux, entra dans la Congrégation des religieux passionnistes (Les passionnistes ??? S’opposent-ils aux raisonnistes ?) Et ma liste n’est pas complète.

Non, le Bernard du tableau c’est le top du Nanard alias Bernard de Clairvaux. Fils d’une noble famille bourguignonne, il intègre très jeune l’école canoniale qui n’est pas une antichambre de l’artillerie. Pas la peine de commencer à fredonner : « Nous sommes de la Canoniale / Si loin de nos pays / Vers le front nous marcherons / Pour vaincre l’ennemi. » A propos de la scolarité de Bernard, réflexion follement amusante, vous allez pouvoir en juger, parce qu’à son époque Bernard pu lire TOUS les livres qui existaient (au moins connus de son temps) à savoir la Bible, Sénèque, Tacite, Juvénal, Cicéron, Virgile, Ovide. Le mec lisait 15 livres et il devenait le Bernard … Pivot de son époque. Tout le savoir, toute la connaissance tenait sur une étagère.

Bon, je vous la fait courte, il bossait pour Cluny Corporation mais suite à des divergences, il se barre et crée Cistercien Inc. La très grande partie de son travail est du développement commercial, il fonde des succursales à travers la France et l’Europe, il absorbe d’autres concurrents et rebaptise leur marque. Bref il fait du business. Le reste de la vie de Bernard est donc à suivre sous le prisme du business et de la croissance commercial de sa compagnie. Par exemple la concurrence sauvage des cathares. Il tente le rapprochement. Devant le refus il propose l’OPE classique. Nouveau refus, là il s’énerve un peu Nanard, il passe en mode OPA offensive : « saisissez-les et ne vous arrêtez pas, jusqu’à ce qu’ils périssent tous car ils ont prouvé qu’ils aimaient mieux mourir que se convertir. » Ce blanc-seing se traduira par la croisade des Albigeois. Guerre civile et milliers de morts pour ne pas avoir pensé comme lui. Cela ne transpire pas le gars super cool. Bernard de Clairvaux c’est un peu Le Loup de l’hostie !

La vision de saint Bernard de Joos van Cleve

La vision de saint Bernard de Joos van Cleve

Pourquoi ne pas déployer la Cistercien Inc au Moyen Orient ? Voilà une idée qui tressauta dans le crâne de Nanard un matin en se rasant et comme c’était le jour de Pâques il n’avait rien à foutre, donc il monta sur la colline de Vézelay. Il faisait chaud, il but un coup, puis un deuxième, puis la petite sœur, puis la tournée du facteur. Bref, au bout d’un moment il faisait du barouf sur le parvis de l’église. Puis il se mit à gueuler : « Et que si c’est ça et ben y’ va y aller à Jérusalem […] et qui m’aime me suive » et voilà lancée la deuxième Croisade. Bon alors ça c’est ma version des faits. D’autres vous diront que Bernard a prêché la croisade d’une voix de stentor qui s’entendait à des kilomètres à la ronde (quand je vois le freluquet j’ai des doutes). La foule en délire aurait même arrachée sa tenue. C’est plus Bernard, c’est Johnny Live in Vézelay. Enfin certains historiens pensent que Bernard n’est jamais venu à Vézelay ou s’il est y passé c’était pour acheter des saucisses. Pas de quoi déclencher une croisade.

Nanard combattra aussi la concurrence susceptible de lui faire de l’ombre et c’est Abélard qui fera les frais de ses colères. Donc en résumé la deuxième croisade fut un bide, celle des Albigeois un massacre et la mémoire collective a conservé le souvenir d’Abélard malgré toute la mauvaise volonté de Nanard, même si Abélard aurait juste préféré conserver sa saucisse. De nos jours, hors des jours de pluie pendant les vacances, les abbatiales cisterciennes ne font plus recette. Voilà l’exemple typique de la personne à courte vue qui n’a pas voulu capitaliser dans le temps. Donc pour la bio du Nanard, c’est fait.

Le soir quand les moinillons étaient couchés, il n’était pas rare que le Bernard sorte de la weed de son phylactère et s’en roule un petit. Ceci justifierait pleinement son envie de développement au Moyen Orient. Contrôler la route de la soie c’était déjà pris alors que la route du shit… Et il faut saluer la qualité de ce qu’il inhalait. Deux tafs et la Vierge lui apparaissait. Et pour bien comprendre ce tableau il faut garder à l’idée que c’est une vision. Ceci explique certaines choses :

  • Comme la position improbable du majeur de Marie (essayez chez vous)La vision de saint Bernard de Joos van Cleve
  • Comme la position improbable du mineur de Marie (à deux doigts de tomber)La vision de saint Bernard de Joos van Cleve

Et comme nous avons affaire à un abbé, ses visions sont forcément teintées d’un érotisme de chapelle. Le mec ne voit jamais de fille, il n’en peut plus. Et donc pour Bernard, il est tout à fait normal que Marie le regarde avec bienveillance et gentillesse tout en se caressant lascivement le téton comme une actrice de boulard débutante.

La vision de saint Bernard de Joos van Cleve

La vision de saint Bernard de Joos van Cleve

La vision de saint Bernard de Joos van Cleve

La vision de saint Bernard de Joos van Cleve

Et la preuve que Nanard est à la limite du rût, c’est qu’il laisse même un gamin jouer avec son chapelet. Il n’en peut plus, il s’en fiche, le môme peut lui défoncer les perles, il faut qu’il nique. Car toute femme ayant vu ses perles arrachées de son cou par la main hyperactive et incontrôlable d’un nouveau-né lui aurait déconseillé de laisser ainsi ses petites boules entre les mains de Jésus.

La vision de saint Bernard de Joos van Cleve

La vision de saint Bernard de Joos van Cleve

Et oui, trois billets d’affilée, trois tableaux de suite avec Jésus à différents âges et toujours une femme qui se masse, se caresse, se tripote les seins. Il va peut-être falloir réfléchir à une sortie de la thématique Nichons & Religion, « Le XXIème siècle sera téton ou ne sera pas. » Car ce n’est ni le prêtre fanatique, ni la « vierge » au téton, ni le minot qui sont intéressants dans ce tableau. C’est tout le reste ! La façon dont Joos van Cleve fait la liaison entre l’intérieur richement décoré et détaillé de l’école du Nord et l’introduction de paysages façon Peinture Italienne.

La vision de saint Bernard de Joos van Cleve

La vision de saint Bernard de Joos van Cleve

Le quart supérieur droit du tableau est en effet consacré à une vue pastorale avec gros plan sur une des succursales de la Cistercien Inc au fond. Certainement une commande du donneur d’ordre, un clin d’œil un peu lourd à Bernard et l’ordre de saint Bernard. En toute honnêteté pour les extérieurs, Joos van Cleve s’en tire assez bien. Mais là où le flamand reprend le dessus c’est dans son art du détail et du rendu des personnages.

La vision de saint Bernard de Joos van Cleve

La vision de saint Bernard de Joos van Cleve

La vision de saint Bernard de Joos van Cleve

La vision de saint Bernard de Joos van Cleve

Broderies, perles, formes géométriques toutes les cinq perles, même sur le bois, les nervures, les nœuds, la peinture de van Cleve est criante de vérité. Et mon préféré reste le missel recopié à l’envers pour respecter sa position dans le tableau et sur lequel figure les deux encres (noire et rouge) utilisées au Moyen Age. Oubliez le sujet, le tableau dévoile alors toute sa beauté. Et si vous ne me croyez pas, venez voir.

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