Archives mensuelles : août 2015

Accoucher d’une souris

Au Louvre, j’aime accoucher d’une souris tant la quête de cet animal s’est avérée complexe. Définissons d’abord ce que j’englobe sous le mot de souris. Si c’est gros, épais, sombre, mais dans MON grenier, il s’agit bien sûr d’une souris. Par contre si c’est petit, blanc et trottine dans VOTRE cuisine, il s’agit d’un rat. Vous l’aurez compris, j’englobe dans ce billet tous les animaux dont le chemin est jonché de femmes évanouies comme le disait Ambrose Bierce (Lisez Ambrose Bierce, c’est génial).

Fleurs et fruits de Jan Van Os


J’accouche d’une souris car contre toute attente j’ai eu un mal fou à trouver des œuvres représentant ces petits mammifères. Je le dis pour chaque animal, mais là j’ai vraiment souffert. Pourtant de la cellule crasseuse, de l’intérieur rustique, du garde-manger ventru, le Musée du Louvre regorge de telles pièces mais pas une souris tapie dans l’ombre et immortalisée par les artistes.

Le prisonnier de Chillon d’Eugène Delacroix

Intérieur d’un cabaret d’Hendrick Maertensz Rokes

Intérieur rustique d’estaminet avec femme chantant de David Teniers

Intérieur d’une cuisine rustique de Willem Kalf

Intérieur de grange d’Egbert van der Poel

Le Musée lui-même qui porte le poids des siècles, ne m’a pas permis d’identifier le moindre trous de souris. J’aimais l’idée nocturne de souris en goguette, salivant d’envie devant les reliefs de repas picturaux, à peine dérangées par les jeux étranges du directeur des lieux qui ne fait rien qu’à faire mumuse tout nu dans la grande galerie. Mais rien.Le Musée a dû installer des pièges, des tapettes et autres souricières. J’ai bien l’impression que certaines sont d’ailleurs exposées.

Bras-reliquaire de saint Louis de Toulouse et Bras-reliquaire de saint Luc

Il m’a fallu Je chausser mes lujelles (il s’agit d’une invention combinant lunettes et jumelles et qui me permet de plonger dans les méandres des œuvres à la recherche du moindre détail) et explorer les profondeurs des vernis. Dès lors la souris devient une forme d’Easter Egg comme dise les gamers, la récompense suprême du visiteur.

Lampe de l’archange saint Michel de Félicie de Fauveau

Fleurs, fruits, oiseaux et insectes sur un fond de ruines, avec une souris pénétrant dans un nid d’Abraham Mignon

Car pour trouver une souris au Musée du Louvre il faut qu’un calme avéré et une sécurité certaine rassure le craintif animal. Oubliez donc les tumultes des flots, les sabots des chevaux, les aboiements des chiens et les roulements des tambours.

Hercule combattant Achéliüs métamorphosé en serpent de François-Joseph Bosio

Le génie de la chasse, dit aussi Hallali du cerf de Jean Baptiste de Bay

La souris pointe son museau quand le calme règne. La souris se faufile alors près d’un bouquet ou se promène dans un sous-bois.

Vase en forme de souris

Fleurs, fruits, oiseaux et insectes sur un fond de ruines, avec une souris pénétrant dans un nid d’Abraham Mignon

Souris devant une noix

Ce pendant ce ne sont pas les tumultes des flots, les sabots des chevaux, les aboiements des chiens ou les roulements des tambours qui éloignent les souris du Musée du Louvre. Il n’y a qu’une seule raison et elle se trouve dans les sous-sols du musée. Sous le nom de Bastet ce n’est plus une collection mais un véritable élevage de matous qui rodent. Les souris préfèrent alors aller gambader juste un peu plus loin.

Le bénédicité de Quiringh Gerritsz. Van Brekelenkam

Bastet

Statuette de Bastet en chatte

Bastet et Bastet

La déesse chatte Bastet

Quatre chats assis

Vitrine en cours d’aménagement

Autre source de crainte pour les souris, les enfants du Musée. L’enfant au Musée du Louvre est assez prompt à sympathiser avec n’importe quelle bestiole, la souris ne devrait donc pas échapper à cette règle. Et pourtant pas de souris jouant avec les enfants. Les enfants du Louvre sont ingrats mais la souris est rancunière, alors quand les dents tombent, elle ne fait rien. Bien fait pour eux.

La « Mort Saint-Innocent »

L’Amour assis sur le bord de la mer rassemblant les colombes du char de Vénus de Louis Claude Vassé

Psyché de Jean-Jacques Pradier

Une jeune fille tenant un lézard mort, dit aussi L’innocence de Jean-Baptiste Louis Roman

L’amour d’Antoine-Denis Chaudet

Enfant jouant avec une torute de Pierre Hébert

L’enfant à la cage de Jean-Baptiste Pigalle

Du calme, du silence, des odeurs alléchantes, j’étais persuadé de voir dans un coin d’un tableau de Chardin un museau, une queue, une paire d’oreilles. Rares sont les peintres qui combinent parfaitement ces trois éléments. Pouvais-je me douter que madame Chardin était une cuisinière qui tenait sa maison comme personne ? Il était hors de question que le moindre muridae vienne lui chiper son fromage. Malgré les talents domestiques de madame, monsieur Chardin réussit à glisser une souris, mais le long d’un os de gigot.

Le menu gras de Jean-Siméon Chardin

Statuette de petit mammifère : souris (?)

La tentation de saint Antoine par l’ivresse (grande version) de David Teniers

Statuette de souris sur une goupille

J’avais tellement peu de souris à présenter que je me suis abaissé au plus vil des jeux de mots pour tenter d’illustrer mon sujet:

La tentation de saint Antoine par l’ivresse (grande version) de David Teniers

Le sommeil de Titania de Richard Dadd

La tentation de saint Antoine (petite version) de David Teniers

Vous comprendrez donc, pourquoi devant si peu de souris au Musée du Louvre les visiteurs préfèrent aller à Marne-la-Vallée. Là-bas ils sont certains d’en croiser. Et si vous ne me croyez pas, venez voir.

Clouer le bec

Au Louvre, j’aime clouer le bec. A l’heure où certains s’interrogent sur la façon de réussir leur barbecue, je me questionne sur l’art et la manière de bien crucifier son prochain. « Mais tu passes ton temps au Louvre, des scènes de crucifixion, il y en a que ça, alors tu te tais et tu regardes. » Comme j’aimerai que vous ayez raison…

Les mystères de la passion du Christ d’Antonio Campi

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Ça trompe énormément

Au Louvre, j’aime quand ça trompe énormément, hein Bouly ! Dans ma quête irraisonnée de retrouver sous les cimaises du Musée du Louvre le bestiaire kiplinien de la jungle indienne, j’ai d’abord croisé l’art de ce pays, puis les ours, les loups/chiens, les singes, seule ma détestation féline me tient à l’écart de Sher-Kan. A chaque fois c’est la même chose, je commence à écrire mon sujet en même temps que je cherche les pièces à photographier. Je me persuade que je ne trouverai jamais assez et pourtant à chaque fois mon regard acérer me permet d’illustrer mon billet. Ainsi je n’imaginais pas le plus important des mammifères terrestres tellement bien caché dans les œuvres.

Tigre et éléphant à la source, dit aussi Le désert indien d’Alexandre-Gabriel Decamps

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L’âne frotte l’âne

Au Louvre, j’aime quand l’âne frotte l’âne. Pour une fois, notre bestiole du jour ne sortira pas tout droit du sous-continent indien, comme c’est trop souvent le cas ici. Je souhaitais vivement rendre un hommage à l’âne qui orne les œuvres du Musée du Louvre. L’âne, le mal aimé des écuries. Existe-t-il un autre animal qui concentre sur sa personne autant d’expressions négatives dans la langue française ?

La nativité de Juan Correa de Vivar

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