La femme hydropique

Au Louvre, j’aime La femme hydropique de Gerard Dou le chef de file de la Fijnschilderei. Comment ?! Vous ne connaissez pas la Fijnschilderei !? C’est l’école de Leyde, dite de la « peinture fine ». Il faut vraiment tout vous dire ! Parce qu’il faut toujours un premier et parce que j’aime que ce premier soit celui-ci.

La femme hydropique de Gérard Dou

La femme hydropique de Gérard Dou

En effet La femme hydropique fut le premier tableau reçu en don dans le tout nouveau musée en 1798. Est-ce que ce titre de gloire mérite que l’on s’y arrête plus longtemps ? Ce titre n’est que l’anecdote qui vous permettra de briller en société. Au-delà de l’anecdote, je réponds par l’affirmative à l’intérêt de ce tableau.

D’abord pour son artiste, Gerard Dou. Mon Doudou j’en ai déjà parlé à maintes reprises et principalement lors d’un billet sur les fenêtres hollandaises. Ici, Doudou franchis l’huis de la maison et dépeint l’intérieur. A la base déjà, j’aimais déjà beaucoup les vues extérieures de Dou, mais le rendu qu’il fait de cet intérieur bourgeois confine à un talent extrême.

La femme hydropique de Gérard Dou

La femme hydropique de Gérard Dou

Gérard Dou fut une star de la peinture flamande. Incapable de copier le style de son maître Rembrandt, il développe sa propre technicité. De son vivant il était considéré comme un des plus grands peintres. Ce qui aurait pu passer pour une mode ne se démentit pas, ni après au XVIIIème ou XIXème siècle. L’Impressionnisme marqua le début de son déclin dans le cœur des visiteurs (et sur les pages Wikipédia où j’ai récupéré cette info-là). On lui reprochait ce soucis du détail quand d’autres barbouillaient des tournesols à grands coups de spatules. Non, je ne suis pas de mauvaise foi, mais je défends le Musée du Louvre et ses œuvres. Si vous n’êtes pas content, traversez la Seine, le Musée d’Orsay vous attend. Et puis le temps et les modes passent, et le XXème siècle rendit à Doudou ses lettres de noblesse et salua de nouveau le talent de son travail.

La femme hydropique de Gérard Dou

La femme hydropique de Gérard Dou

Maintenant que Dou nous a fait pénétrer dans le salon d’une maison hollandaise, qu’y découvrons-nous ? Une femme, un peu hébétée, abattue, soutenue par une fillette et la bonne. Derrière elle, en majesté, un sommelier et ensuite une tenture masquant la vue du reste de l’appartement. On retrouve aussi la fenêtre, ce petit plus de toute peinture hollandaise digne de ce nom. Elle est la principale et unique source de lumière dans ce tableau. Et je pourrais m’arrêter là pour vous inviter à admirer le talent de Doudou. Ce n’est presque plus du talent de peindre ainsi les détails, cela frise le génie. Ce n’est presque plus de la peinture, cela frise la photographie.

La femme hydropique de Gérard Dou

La femme hydropique de Gérard Dou

Il ne barbouille pas des tâches de couleurs et-on-dirait-que-c’est-un-rideau ; il peinte les formes, les plis, les ombres, les motifs, le tramage. Il ne brosse des taches blanches pour donner le sentiment de la transparence ; il représente la distorsion de la fenêtre sur l’arrondi du verre, l’arrondi de la forme d’une larme qui coule.

La femme hydropique de Gérard Dou

La femme hydropique de Gérard Dou

Si nous le connaissons pour son talent de peintre des fenêtres ouvertes, il est aussi excellent dans sa peinture des arcs, le cerclage en plomb du verre jusqu’au verre même des fenêtres fermées dont il traduit les différences d’épaisseur et de rendu dans la représentation de la source lumineuse. Mais  Gerard Dou excelle aussi dans sa prédisposition à peindre la lumière qui entre dans la pièce et les effets de l’illumination sur les murs, sur les personnes, sur les habits. Cette lumière qui vient s’enfoncer dans le rideau et disparaît dans le fond de la pièce. En peinture cela s’appelle un clair-obscur. Et en plus vous apprenez des trucs.

La femme hydropique de Gérard Dou

La femme hydropique de Gérard Dou

Ce que j’aime dans ce tableau c’est avant tout le soin apporté par Doudou pour dépeindre cet intérieur. Ce souci de vérité dans la présentation, ce travail de finesse dans les détails. Il ne « torche » pas le décor pour se concentrer uniquement sur ses personnages, tout est important pour lui dans sa retranscription.

La femme hydropique de Gérard Dou

La femme hydropique de Gérard Dou

Mais ce que j’aime encore plus c’est la critique de la Faculté que propose Doudou. En effet le gugusse derrière la dame n’est pas un sommelier entrain de décanter un Gewurztraminer vendanges tardives. Ici nous avons une femme qui est hydropique selon les différents diagnostiques posés par les plus brillants Diafoirus. Aujourd’hui elle serait déprimée, vous voyez le genre, maladie de pays riches. D’ailleurs la maladie n’a pas grand intérêt, ce qui compte dans le tableau de Dou C’est qu’au milieu de cette demeure bourgeoise richement décorée il arrive à peindre une personne encore plus richement vêtue que l’ensemble : Le médecin. Regardez la richesse de sa tenue, les boutons dorés, les velours, la dentelle, le petit nœud, la toque négligemment de travers.

La femme hydropique de Gérard Dou

La femme hydropique de Gérard Dou

Et que fait-il ? Palpe-t-il ? Saigne-t-il ? Pique-t-il ? Non, toute cette richesse pour examiner un flacon d’urine en prenant des airs de poseur. Mais ce que j’aime moins c’est qu’une fois la Faculté raillée par son pseudo diagnostic (elle serait en réalité enceinte), la jeune femme n’attend aucun secours de la Médecine, elle lui tourne même le dos au propre, comme au figuré. Son salut elle le cherche vers le dépouillement (dépouillement, ne voulant pas dire ici moins de détail ou moins de soin de la part de l’artiste). Le dépouillement de la foi symbolisé par l’austérité de la pierre du mur, la simplicité du banc de bois et surtout l’énorme bible trônant sur un lutrin.

La femme hydropique de Gérard Dou

La femme hydropique de Gérard Dou

La femme hydropique de Gérard Dou

La femme hydropique de Gérard Dou

La femme hydropique de Gérard Dou

La femme hydropique de Gérard Dou

Devoir choisir entre la Foi et la Faculté, c’est choisir entre la peste et le choléra. J’aime moins que pour seule solution aux délires d’un fidèle d’Hippocrate à froufrou, elle ne dût se tourner que vers la religion. Surtout de la part d’un peintre flamand et donc très fortement orienté par les idées protestantes. Cela me surprend un peu. Cet aveu en vaut un autre, il y a tout autour de ce tableau quelque chose qui me dérange. Je ne parle pas d’une espèce d’aura maléfique lié au premier don au musée ou je ne sais quelle illumination d’Illuminati.

La femme hydropique de Gérard Dou

La femme hydropique de Gérard Dou

La femme hydropique de Gérard Dou

La femme hydropique de Gérard Dou

Non décidément le truc que je ne comprends pas autour de ce tableau c’est le cadre. Il a bien une forme et un soin dans le travail fort intéressants mais je trouve qu’il se marie finalement assez mal avec la toile qu’il encadre et qui exhale l’abandon des richesses matérielles pour le spirituel. Et si vous ne me croyez pas, venez voir.

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