Salle n°8, Le retour

Au Louvre, j’aime la Salle n°8, Le retour. La réponse à un commentaire m’engageait à écrire un billet sur le nommage des salles et comme j’ai promis et il faut toujours tenir ses promesses. Donc aujourd’hui nous allons s’étonner sur le nommage des salles.Au Louvre, j'aime la Salle n°8, le retour

Je te vois, lecteur, bien plus malin que la moyenne des lecteurs des autres blogs (enfin c’est une idée, peut-être fausse, que je me fais de toi, mais j’aime t’imaginer plus cultivé et malin), donc, aussi malin que tu sois, tu as décidé de donner rendez-vous au Louvre. Cela fait distingué le Musée du Louvre, cela en impose. Tout de suite cela fait personne intelligente, cultivée, sensible. Mais on ne peut pas donner rendez-vous au Louvre comme ça. C’est immense, trop grand, trop de chance de se louper.

Alors toi, lecteur (je précise qu’il s’agit d’un masculin pour le genre humain et non d’un masculin pour exclure les femmes, c’est juste plus facile pour les accords des adjectifs et du participe passé), tu as décidé que le rendez-vous devant la Pyramide c’était trop Comédie Romantique. De la même manière, tu as trouvé que sous la Pyramide c’était pratique car quand il pleut on peut attendre à l’abri mais que ce brouhaha et ces colonnes de touristes au pas de charge, ce n’était pas assez Comédie Romantique.Au Louvre, j'aime la Salle n°8, le retourAussi, dans un dernier message, as-tu écris « RDV salle n°8 ». Ça, le rendez-vous directement dans une salle, tu as trouvé que c’était le juste milieu parfait. Je précise que je ne fais aucun blocage sur la salle n°8, cela aurait pu être la n°5 ou même la n°14. Ne cherchez aucune raison kabbalistique dans le choix du numéro, je ne fais que rebondir sur un autre billet qui était justement nommé Salle n°8. C’est pour inclure une forme de continuité dans mon travail et non l’image de courbe infini que représente le chiffre 8.Au Louvre, j'aime la Salle n°8, le retour

Je vous épargne la multitude de messages qui ont suivi entre vous et la personne conviée au rendez-vous. En résumé, ils ont permis à votre interlocuteur d’apprendre que la salle n°8 devait se situer entre les salles 7 et 9, suivi d’un LOL. Ils ont permis, à votre partenaire de rencontre, d’apprendre que pour aller visiter le Musée du Louvre, c’était mieux de descendre à la station de métro Palais Royal – Musée du Louvre, suivi d’un WTF. Ils ont enfin permis de conclure par une presque insulte suite à un jeu de mot minable sur monsieur Denon.Au Louvre, j'aime la Salle n°8, le retourQuand enfin, un message vous avertit : « Je suis dans la salle n°8, t’es où ? » Regard à droite, regard à gauche, vous êtes seul dans la salle n°8. Échanges de messages à base de « J’ai dit salle n°8 », « Mais je suis salle n°8 », « Regarde je fais un selfie devant le panneau », « Oui mais c’est pas la bonne salle n°8. » Et voilà comment votre formidable idée, que vous trouviez un brin romantique, vient de s’exploser la gueule contre la bureaucratie louvresque. Comment la ballade en amoureux devient une quête frénétique à la recherche de l’autre.Au Louvre, j'aime la Salle n°8, le retourEt encore, ne râlez pas, nous avons des technologies qui nous permettent de nous retrouver facilement. Imaginez le nombre de couples qui ne se sont pas formés car les jeunes amoureux ne se sont jamais retrouvés, faute de portable. On raconte que les soirs de pleine lune, on peut croiser les fantômes d’une famille qui s’est perdue dans le Louvre et qui est morte de faim à la recherche de la bonne salle n°8.Au Louvre, j'aime la Salle n°8, le retourNous arrivons à l’une des douces folies de ce musée. Au lieu de trouver des noms symboliques : « Salle Chardin », « Salle Delacroix », « Salle Watteau », etc. Au lieu de trouver des noms historiques : « Salle du trône », « Salle de garde », « Salle des lions », etc. Au lieu de trouver des noms rigolos : « Salle Propre », « Salle Âmaleykoum », « Salle Pêtre », etc. Au lieu de tout cela, le Louvre a opté pour l’idée la plus idiote qui soit : L’incrémentation de +1. Donc vous avez une salle n°1, puis la suivante se nomme salle n°2, attention au spoil mais celle d’après va se nommer salle n°3, ainsi de suite jusqu’au mur qui correspond à la fin des collections.Au Louvre, j'aime la Salle n°8, le retourMais ce qui doit être un magnifique exemple de Mathématiques appliquées se heurte à la bêtise. Car les directeurs des différentes collections du Louvre ont tous eu la même idée et ont tous choisi le même système de nommage pour les salles de leur propre collection. Résultat il n’y a pas moins de neuf Salle n°8 au Louvre. Et chacune se nomme Salle n°8. Quel est donc l’abruti fini qui a trouvé logique que dans un même musée, accessoirement un des musées les plus grands du monde et les plus visités, on simplifie le parcours du visiteur par des homonymies de pièces ? Imaginez que toutes les pièces de votre maison se nomment Toilettes maintenant imaginez la confusion pour une personne en visite chez vous. Et pour rendre l’expérience encore plus Louvresque, imaginez à présent que votre habitation soit sur plusieurs niveaux, dont aucun niveau ne se rejoint logiquement. Vous comprenez mieux le trouble qui peut gagner le visiteur. Ajouter que cela peut, en plus, ne pas être dans sa langue, voir même, dans son alphabet.Au Louvre, j'aime la Salle n°8, le retourJe ne brille pas par une créativité géniale mais j’aurais nommé les salles selon leur étage, l’initial de leur aile et un numéro unique par niveau. Exemple pour ma salle n°8 de peintures françaises du XVIème siècle ce serait 2R08. Je l’ai dit, ce n’est pas génial, mais on sait alors que c’est au 2ème étage de l’aile Richelieu, salle n°8. La Joconde serait dans la salle 1D05 (1er étage, aile Denon, salle 05), Alors que Psyché ranimée par le baiser de l’Amour d’Antonio Canova est 0D05 (RDC, aile Denon, salle 05).Au Louvre, j'aime la Salle n°8, le retourOui mais au Louvre il y a des demi-niveaux ! Oui mais au Louvre on passe par le sous-sol pour gagner le 1er étage. Oui mais, oui mais, oui mais… Et je vous fais grâce des zones égyptiennes où l’on perd définitivement la trace des touristes. Sans parler de ceux qui sont au deuxième étage et voudraient rejoindre le premier étage d’une autre aile sans repasser par la case Sous la pyramide, à eux vous pouvez dire adieux et leur donner des fusées de détresse pour qu’on puisse un jour les localiser dans le musée. A croire qu’il y a un principe mis en place dans ce musée pour désorienter les visiteurs. En Italie, pour désorienter les visiteurs ils tablent plutôt sur la flamboyance des œuvres et le syndrome de Stendhal. Au Musée du Louvre on préfère utiliser la bureaucratie.Au Louvre, j'aime la Salle n°8, le retourCertains m’indiqueront que cela permet au visiteur de se perdre et de découvrir des trésors qu’ils n’auraient pas imaginer venir voir. C’est une option de visite qui n’est pas forcément celle souhaitée par les touristes, le choix pourrait leur être laissé. Sous la Pyramide, l’accueil pourrait leur proposer la visite « à vos risques et périls », mais pas l’imposer aux visiteurs solitaires qui souhaitent voir autre chose que les Big Five O (Joco, Samo, Milo, Napo et Apo).Au Louvre, j'aime l'inventaireMais le plus beau pour moi, le moment où Kafka vient hanter les couloirs du Louvre, c’est la salle n°8 qui figure sur les plans mais sur aucun panneau dans le musée. En gros sur le plan vous dites : « Je veux aller là », mais une fois lancé, quand vous cherchez dans le musée à vous guider pour affiner votre approche de la destination, plus aucune aide. Une salle n°8 transgenre puisqu’au début elle est n°5, puis sans prévenir devient n°8 avant de finir n°12 sans que vous n’ayez rien vu. Un coup paire, un coup impaire, voir même nombre premier. Mathématiquement très intéressant, intellectuellement compliqué car vous ne changez à aucun moment de salle. Ce grand tour de magie qui fit les plus belles heures des cabarets de l’après-guerre est quotidiennement visible au Louvre sous le nom de Grande Galerie.Au Louvre, j'aime la Salle n°8, le retourEt puis si je me permets d’apporter toutes ces remarques ce n’est que par pure gentillesse. Je m’en fiche, mes multiples ballades me permettent de me promener au Louvre et de savoir où trouver les œuvres que je souhaite voir sans avoir à m’appuyer sur un plan ou la numérotation des salles. Je reconnais vivre cela comme une félicité immense. Si je pointais cet état de fait ce n’était que pour aider. Si la satisfaction du visiteur est secondaire, il fallait me prévenir. Ça m’apprendra à répondre aux suggestions en commentaire. Maintenant si vous voulez vraiment jouer les romantiques et donner rendez-vous directement dans une salle, choisissez entre la 78 et la 96 ; il n’y a pas de risque de doublons sur l’ensemble du musée. Et si vous ne me croyez pas, venez voir.


Et que dire du nommage des étages S1, NC, EC, RH et N1 dans les ascenseurs ? Cela n’a aucune logique linguistique, aucune consistance technique et ne correspond à rien, selon Google Trad. Quoi que SINCECRHNI, j’ai CIRCINES en huit lettres ou HIRCINES. Le premier se dit d’une plante repliée sur elle-même, le second est relatif au bouc. Je vous laisse choisir, mais tout cela n’explique pas le nommage des étages dans les ascenseurs.Au Louvre, j'aime la Salle n°8, le retour


Il ne faut jamais se donner plus d’importance que l’on en a mais depuis l’écriture de ce billet, le Louvre a réglé le problème de la numérotation des salles. Le Louvre avait deux options : revoir la numérotation des salles en définissant un ordre plus compréhensible ou bien supprimer la numérotation des salles sur ses plans. Devinez pour quelle solution le Musée du Louvre a opté ? Celle qui consiste à supprimer un problème en supprimant son affichage. Les nouveaux plans du Louvre n’ont plus de numéro. Mais les salles dans le musée, si. Donc le visiteur est encore plus perdu de ne pouvoir retrouver la salle dans laquelle il se trouve.Au Loure, j'aime la salle n°8

Publicités

6 réflexions au sujet de « Salle n°8, Le retour »

  1. andrea dlouha

    Merci d’avoir écrit ce que mon subconscient avait bien censuré……!! Ce matin j’étais salle des Rembrandt (tiens d’ailleurs quel est son numéro) à Richelieu et comment expliquer aux asiatiques perdus où se trouve la Joconde ?? Ha ha ( allez donc demander aux gardiens… pas cool ils ne parlent pas anglais…) les touristes ont bien du mérite !

    J'aime

    Répondre

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s