Bien fait pour vous !

Au Louvre, j’aime que cela soit Bien fait pour vous ! Ce n’est pas très gentil, je l’admets, mais j’ai décidé de vous parler d’une exposition qui s’arrête justement au moment où vous lisez ces lignes. C’est-à-dire que vous venez de perdre l’occasion de vous extasier devant la finesse, la grâce, la délicatesse. Repensez-y quand vous comaterez ce soir devant la télévision.insave12407571_1350079168342398_236703155_n

A votre décharge, une fois n’est pas coutume mais je me suis arrêté dans ce billet sur une exposition temporaire. Deux mois pendant lesquels était offerte aux visiteurs l’occasion de découvrir les dessins de Girolamo Francesco Maria Mazzola, dit Parmigianino (le gamin de Parme).Au Louvre, j'aime ParmigianinoAlors je ne vais pas faire le crâneur putassier. Jusqu’à découvrir cette bonne grosse bouille rougeâtre sur des panneaux publicitaires dans le Musée du Louvre, je pensais que Parmigianino était une pizza jambon/fromage. Pourtant, et nous y reviendrons, Parmigianino figure dans les collections permanentes exposées au Louvre. Je vous donne directement le lien vers sa fiche Wikipédia pour ceux qui veulent en savoir plus, je ne dirais trop rien de sa vie. Alors pourquoi s’arrêter sur un artiste qui n’a jamais été évoqué depuis le début de ce blog ? S’il méritait un quelconque intérêt pour moi, j’aurais dû en parler plus tôt ! C’est pour moi le drame de cette exposition. Si vous vous cantonnez aux tableaux de Parmigianino le déplacement n’est nullement nécessaire. Mais le Louvre a choisi d’exposer ses cartons à l’occasion de la réouverture des salles Mollien au public.insave12424460_198275457188217_839761872_nAu Louvre, j'aime ParmigianinoLes salles Mollien font la jonction entre l’escalier Mollien et la Grand Galerie. Longtemps ce ne fut qu’un couloir avec tatoué sur la cloison : « En travaux » en raison de la réhabilitation des lieux. Quant aux cartons il s’agit des esquisses que l’artiste constitue entre l’idée et l’œuvre.insave12407401_1061978240514329_2023494994_ninsave12501728_546794588812229_1702323741_n

Où est le drame, me direz-vous ? Le drame c’est que je viens de découvrir que j’étais amoureux des cartons. Ceux de Parmigianino mais aussi ceux de tous les artistes. Je préfère  la beauté des cartons, le travail préparatoire avec ses traces, ces approximations au résultat final sur la toile. Et pour Parmigianino c’est encore plus vrai, tant ses cartons et ses toiles semblent le fruit de deux artistes. Tant les premiers sont délicats, là où les toiles sont moins fines. Mais avant de tirer à boulets rouges sur le Parmigianino peintre, dressons des couronnes de lauriers au Parmigianino dessinateur, je dois avouer au lecteur que le coup de crayon me fascine. Cette façon, d’un coup de fusain de dessiner un mouvement, savoir quand arrêter la main, quand l’incliner, l’appuyer, la lever. Quand ombrer, étaler, dégrader, atténuer ? Je suis véritablement subjuguer. Le papier crème juste zébrés de traits anthracites qui au fur et à mesure, mais sans logique pour le profane, vont donner une forme, puis un mouvement, puis une ampleur, puis un ombrage, cela m’impressionne. Attention je ne maudis pas les peintres et leurs pigments. Cependant il y a divers couches préparatoires nécessaires à passer, c’est plus long. En quelques traits le dessin peut naître. Une toile demande plus de temps, même une petite. Dix minutes peuvent suffire pour esquisser la forme d’une œuvre, une vision.insave1172995_1689994614617845_641786121_nAu Louvre, j'aime ParmigianinoIl y a dans le dessin un côté instantané, plus spontané. L’envie de juste saisir une idée. Donc je partais avec un apriori très favorable sur les dessins de Parmigianino. En plus je retrouvais deux salles anciennement fermées et qui malgré leur promiscuité avec la Grande Galerie sont assez calmes et silencieuses. Si vous voyez du monde dans cette partie du musée c’est juste que l’attente est un peu longue aux toilettes voisines. Le touriste presse le pas pour passer du Radeau de la Méduse à la Joconde, il ne va pas s’arrêter. Surtout qu’en raison de la fragilité des cartons, la lumière y est faible, l’ambiance tamisée, calme, silencieuse, presque monacale. Bref tout pour faire fuir le touriste.Au Louvre, j'aime ParmigianinoAlors s’offre à vous une explosion de lavis bruns, un bouillon de sanguines. Sur de petits formats c’est un bout de corps, un mouvement, une expression, une forme, un muscle qui est présenté. Le début d’une idée. Sur de plus grands cartons c’est l’esprit d’une statue qui est saisie, c’est l’idée d’un tombeau. Les couleurs renforcent le trait juste et précis. Mais la vraie force de l’exposition est surtout d’avoir représenté, à côté du carton, l’œuvre finale ou bien celle dont c’était inspirée Parmigianino. Au Louvre, j'aime Parmigianinoinsave1173126_595634900588350_1879972070_n

Au Louvre, j'aime ParmigianinoAu Louvre, j'aime Parmigianino

Pour un simplet comme moi, cela rend chaque œuvre encore plus intense. Cela permet la mise en perspective, voir l’envie aboutie. Nous ne sommes pas sur un bout de papier utilisé par Parmigianino pour gribouiller en téléphonant, non nous sommes dans le vrai travail préparatoire au chef d’œuvre. Et on doit admettre que la frontière entre le carton et le résultat final est infime. Sur les cartons il semble déjà si proche d’une perfection. Sur d’autres dessins on voit encore le quadrillage et de simples traits pour les formes. C’est le plus beau cours de dessin auquel il m’a été donné d’assister. Et puis certaines scènes sont friponnes, d’autres amusantes, d’autres pudiques mais tout y est représenté avec beaucoup de grâce.insave12568828_1960133710877403_1203274259_ninsave917888_444888109029087_1285697845_nAu Louvre, j'aime ParmigianinoAu Louvre, j'aime ParmigianinoC’est beau, vraiment très beau, fin, délicat. Je n’ai vraiment pas les mots pour décrire la puissance de la sanguine ou la profondeur des lavis. C’est pour cela que j’ai du mal à croire qu’un monsieur qui en phase préparatoire atteint un tel degré de talent dans son travail, accouche ensuite d’une peinture comme ça :Au Louvre, j'aime Parmigianino

Le mariage mystique de sainte Catherine de Francesco Mazzola

Le mariage mystique de sainte Catherine de Francesco Mazzola

Je veux bien que le reflet de la vitre ne rende pas justice au tableau, mais quand même. C’est assez éloigné du travail de ses esquisses :insave12383601_1720841361483071_391916708_ninsave12424505_1692935500924380_1108451659_nAu Louvre, j'aime ParmigianinoAu Louvre, j'aime ParmigianinoAu Louvre, j'aime ParmigianinoParmigianino serait donc le seul peintre à mieux réussir ses esquisses que ses œuvres ? Il y aurait Parmigianino et Jacques-Louis David. Ben oui, une esquisse de David, c’est toujours mieux qu’un tableau de David pour la bonne et simple raison qu’il y a toujours moins que sur l’œuvre final. Mais pour Parmigianino ce n’est pas grave tant le Louvre dispose d’un magnifique fond de cartons et juste de deux tableaux. Alors faute de mot pour dire l’émotion qui m’a étreint en regardant ces croquis, j’allais clore ce billet agacé que vous n’ayez pu en profiter. Quand quelque chose m’a encore plus agacé. Durant l’exposition, cela sentait le parmesan. Après vérification il ne s’agissait pas d’une exposition en odorama, genre clin d’œil lourdingue Parmigianino=Parme=parmesan. Les cartons sont sous verre mais dans les pièces une odeur de nourriture flottait. Et ça m’a bien énervé.Au Louvre, j'aime ParmigianinoDonc maintenant le billet bascule de la pure beauté à la franche colère, limite vieux con, que j’assume complétement. Comme on pourrait me croire plein d’un naïf angélisme dès que je passe les guichets du Louvre, je vais me faire plus cynique avec le musée. Je peux moi aussi en critiquer bien des aspects. Le sommet de l’escalier Mollien est un restaurant ! Ne pourrions-nous pas avoir cet espace pour exposer des œuvres plutôt que des touristes en train de se remplir la panse ? Les arcades ensoleillées du Louvre, avec vue sur la Pyramide : un restaurant. Interdiction d’y passer si vous ne consommez pas. Je croyais que le Louvre était un lieu public ! Au-dessus de ces arcades, la terrasse : un restaurant. Dommage pour le visiteur désireux de faire une photo en hauteur de la Pyramide, c’est privé. « Oui mais c’est de la nourriture, la bonne bouffe française…, musée français…, favoriser l’économie… bla, bla, bla » Peut-être mais ça me gonfle. L’aviation française est aussi reconnue, pourquoi ne pas sous-louer la Grande Galerie à un fabriquant de fuselages tant qu’on y est ? Mais ça ce n’est rien. Sous le Louvre se cachent les marchands du temple.Au Louvre, j'aime le représentant du publicAu Louvre, j'aime ParmigianinoAu Louvre, j'aime Parmigianinoinsave10597468_1704959353084180_1310146441_nQuel est le taux de personnes qui, au sortir du Musée du Louvre, repart avec un balais pour nettoyer les toiles d’araignées ou un caddie pour aller faire ses courses ? Oui vous avez bien lu. Combien de visiteurs, après s’être émerveillé devant les maîtres flamands, s’être selfié devant la Joconde, décident de rapporter une balayette ? Combien de parisiens viennent au Louvre pour acheter ce type d’accessoires ? La réponse est de 0% ou si proche. Alors pourquoi ce magasin sous le Louvre ? Pourquoi tous les magasins sous le Louvre ? Je n’ai jamais eu envie d’acheter du thé en sortant de la National Gallery, pas plus l’envie d’un téléphone portable dernier cri au sortir du Metropolitan Museum. J’ai visité le Rijksmuseum sans désir particulier d’acquérir ensuite un disque sur le chant des baleines. Pourquoi nous imposer cela ? Là, par contre, les restaurants ont une place que je peux comprendre et tolérer.Au Louvre, j'aime ParmigianinoAu Louvre, j'aime ParmigianinoMais pas un p*tain de magasin qui vend des gemmes de 300 kilos !!! Vous êtes limité à 20 kilos dans l’avion. Qui collectionne encore les quartzs ? Quel touriste rapporte en souvenir de Paris une photo de New York ? Quel parisien vient acheter de la moutarde ou du vinaigre sous la pyramide ? J’espère juste que le Louvre leur fait payer très chèrement la patente. C’est toujours ça de pris.


Et comme je suis agacé je vais en remettre une petite couche. Je vous ai parlé de la campagne du Louvre qui vise à acquérir, via financement participatif (crowdfunding), L’amour essayant une de ses flèches de Jacques Saly. Le Musée du Louvre a beaucoup communiqué sur cette œuvre et son opération, cela est normal. Le résultat a d’ailleurs été payant puisque l’objectif a été atteint, et c’est le principal. Alors pourquoi dévoyer cette sculpture en créant tout autour une zone à selfies, en y adossant un hastag (#SelfieSaly) et une page pour voir sa bobine en photo. Je ne suis pas contre les nouvelles technologies, c’est la finalité que je ne comprends pas. Bientôt  « SelfieJoconde, #SelfieSamo, #SelfieMilo, etc ?Au Louvre, j'aime ParmigianinoC’est ce virage là que prend le Musée du Louvre ? Contre monnaie sonnante et trébuchante exposer ses plus beaux attraits à l’étranger ? Interdire, fort justement, les perches à selfies mais créer des zones à selfies ? Multiplier les snacks, les boutiques de souvenirs dans chaque recoin du musée ? Mais à côté de cela le Louvre continue à rester fermé le mardi au grand public…


Alors je vous repasse une petite série de cartons de Parmigianino pour me calmer. Et si vous ne me croyez pas, venez voir, oh mince l’expo est terminée.insave12501983_187418638279024_1766490847_nAu Louvre, j'aime ParmigianinoAu Louvre, j'aime ParmigianinoAu Louvre, j'aime ParmigianinoAu Louvre, j'aime ParmigianinoAu Louvre, j'aime ParmigianinoAu Louvre, j'aime ParmigianinoAu Louvre, j'aime Parmigianinoinsave12568784_1005648869494014_1228780560_n


P.-S. Si vous regrettez vraiment d’avoir raté l’exposition de Parmigianino vous pouvez toujours consulter l’inventaire du département des Arts Graphiques (lien). En plus le site a été réalisé avec le soutien d’un marchand de feuilles de papier dessin…

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