Ferdinand-Philippe d’Orléans

Au Louvre, j’aime Ferdinand-Philippe d’Orléans. « – Qui ? – Ferdinand-Philippe d’Orléans. – Connais pas ! » Voici bien le drame de Ferdinand-Philippe, personne ne le connait. Et pourtant, après les dieux grecs, Jésus, sa mère (la mère de Jésus pas la mère de Ferdinand-Philippe) et les divers rois de France, il doit être un des sujets les plus représentés au Louvre.

Ferdinand-Philippe-Louis-Charles-Henri de Bourbon-Orléans, duc d'Orléans de Jean-Auguste-Dominique Ingres

Ferdinand-Philippe-Louis-Charles-Henri de Bourbon-Orléans, duc d’Orléans de Jean-Auguste-Dominique Ingres

N’être qu’un sujet quand on est fils de roi c’est un drame. Mais c’est surtout que la vie ne lui a pas laissé le temps d’être autre chose qu’un sujet. En effet je vais vous dévoiler la fin tout de suite ainsi vous pourrez vaquer à de plus saines distractions mais Ferdinand-Philippe d’Orléans est mort. Gardez vos larmes cela date quand même de 1842.

Portrait funéraire du duc Ferdinand Philippe d'Orléans de Henry de Triqueti

Portrait funéraire du duc Ferdinand Philippe d’Orléans de Henry de Triqueti

Donc Ferdinand-Philippe est le fils aîné de Louis-Philippe, le roi à la tête de poire. Le problème de Louis-Philippe c’est que son règne est toujours traité courant du mois de juin lors de nos cours d’Histoire, à une époque où le passage en classe supérieure est acté, où il commence à faire beau et que notre attention se porte plus sur l’air du temps que sur une vieille baderne couronnée. En plus cette année-là en Histoire il a déjà fallu absorber la Révolution et l’Empire, alors le retour des Bourbons et la branche Orléaniste cela se perd dans les bourgeons des arbres, le butinement des abeilles et les piaillements d’oiseaux.

Louis-Philippe, roi des Français de Jean-Jacques Pradier

Louis-Philippe, roi des Français de Jean-Jacques Pradier

Pourtant la famille d’Orléans a tout pour plaire, c’est notre Games of Thone à la française. Sans remonter trop loin arrêtons-nous au grand-père Louis-Philippe d’Orléans qui dans les cours d’Histoire du mois d’octobre/novembre nous avait été présenté sous le blase de Philippe Égalité. Enthousiasmé par les idées de la Révolution, il change son nom et y ajoute Égalité. C’est dingue comme les puissants fauchés peuvent s’enthousiasmer pour l’égalité. C’est aussi un très bon moyen d’embêter son cousin Bourbon, Louis XVI. Bon alors vous me direz qu’il s’agit juste d’un farfelu, un monsieur dont le secrétaire était Choderlos de Laclos (l’auteur fripon des Liaisons Dangereuses). Jusque-là pas la peine de s’y attarder. Sauf que si vous avez bien suivi vos cours d’Histoire, lors du procès de Louis XVI l’amendement Mailhe pouvait sauver le roi de la mort. Cet amendement fut rejeté d’UNE voix, une seule voix, celle de Philippe Égalité. Donc à une voix près, Louis XVI gardait la tête sur ses épaules, la voix de son cousin le régicide d’Orléans. Ceci pour la comparaison sanglante et calculatrice avec la série d’HBO.

Portrait de Louis-Philippe de la Manufacture de Sèvres

Portrait de Louis-Philippe de la Manufacture de Sèvres

Pour la comparaison plus sexuelle avec Games of Throne, je vous conseille le frère de Ferdinand-Philippe : Henri d’Orléans, duc d’Aumale. Le duc d’Aumale c’est le château de Chantilly légué à l’Institut, mais si vous faites l’exercice de chercher « duc d’aumale » sur un moteur de recherche, il vous sera proposé ce pourquoi il est aussi resté dans les mémoires : sa position, pas ses positions genre engagement politique, non sa position. Pour ceux qui ne veulent pas polluer leur historique de navigation internet parce que maman regarde : il est en-dessous. Les Orléans, c’est nos Lannister à nous et Ferdinand-Philippe c’est un peu le nain mais en mieux gaulé, le seul qui ait eut deux sous de jugeote.

Au Louvre, j'aime Ferdinand-Philippe d'Orléans

Au Louvre, j’aime Ferdinand-Philippe d’Orléans

Alors je fais vite sur la mort de Louis XVI, l’Empire, le retour de Louis XVIII, le retour de Naboléon, le retour de Louis XVIII puis celui de Charles X et enfin le moment où Louis-Philippe devient Roi des français et non Roi de France (je vous laisse vous pencher sur les délices de la subtilité). En France, quand papa est roi, le premier des fistons sera roi. Et c’est ainsi que Ferdinand-Philippe est élevé dans l’idée d’être un jour un roi, mais un roi éclairé, tant les autres ne devaient pas être des lumières.

Médaillons en plâtre de la famille d'Orléans de Jean-Jacques Barre

Médaillons en plâtre de la famille d’Orléans de Jean-Jacques Barre

Médaillons en plâtre de la famille d'Orléans de Jean-Jacques Barre

Médaillons en plâtre de la famille d’Orléans de Jean-Jacques Barre

Pour la première fois depuis longtemps nous avions un enfant qui avait été élevé dans l’optique de régner. Donc comme tout bon fils de roi, Ferdinand-Philippe ne fait pas ses humanités au Lycée Pablo Neruda mais à Henri IV. De toute façon Henri IV ou Louis-le-Grand, c’est la famille. Au lycée Henri VI, il partage ses bancs avec Alfred de Musset (Donc techniquement ils ont peut-être fait des concours de qui pisse le plus loin). Ensuite Ferdinand-Philippe devient militaire. Je vous ai dit, je fais vite. Notons au passage qu’à Henri IV il ne devait pas être brillant, sinon il serait devenu comptable ou notaire ; militaire c’est un peu la carrière de ceux dont on n’a pas voulu à la Poste. Je continue à faire vite; je vous l’ai promis, il parvient à calmer les insurrections lyonnaises sans violence. Il visite les malades atteint de choléra. Toujours bien habillé, très poli, un mot pour tous et puis pas fier pour un sou avec ça, pourtant la situation de son papa lui aurait permis. Ferdinand-Philippe c’est notre Lady Di à nous.

Ferdinand-Philippe-Louis-Charles-Henri de Bourbon-Orléans, duc d'Orléans de Jean-Auguste-Dominique Ingres

Ferdinand-Philippe-Louis-Charles-Henri de Bourbon-Orléans, duc d’Orléans de Jean-Auguste-Dominique Ingres

Et puis un enfant si mignon, au moment de partir en garnison à Saint-Omer il pensait toujours à aller faire un petit bisou à sa maman et son papa. Ainsi en 1842, alors qu’il s’approche de Neuilly, où résident ses parents, les chevaux de sa calèche se cabrent, il tombe, se cogne la tête et meurt ! Notre Lady Di je vous disais. Fin du potentiel roi éclairé. Pour une fois qu’on en avait un bien il a perdu la tête tout seul. Alfred de Musset, le copain d’enfance écrivit : « Ce fut un triste jour, quand, sur une civière / Cette mort sans raison vint nous épouvanter » dans son poème Le Treize Juillet. J’ai mis le lien pour les Mussetophiles, mais ce n’est pas ce qu’il a écrit de mieux.

Portrait funéraire du duc Ferdinand Philippe d'Orléans de Henry de Triqueti

Portrait funéraire du duc Ferdinand Philippe d’Orléans de Henry de Triqueti

Si vous traîner derrière la Porte Maillot vous croiserez l’église Notre-Dame-de-Compassion qui a été édifiée en souvenir de Ferdinand-Philippe. Il faut faire un effort d’imagination, à l’époque c’était charmant et bucolique maintenant c’est coincé entre les maréchaux, un parking de cars et le périphérique. O tempora, o mores !

Au Louvre, j'aime Ferdinand-Philippe d'OrléansDonc suffit-il d’être copain d’école avec un romantique et de visiter les malades pour figurer dans les collections du Louvre ? Je serai à même de vous répondre que les seuls malades suffisent puisque le musée propose Naboléon tripotant des pestiférés. C’est surtout que Ferdinand-Philippe avait un goût certain pour les arts, il avait l’éducation pour être un collectionneur éclairé et investissait sur ses deniers propres dans l’art ancien, comme dans l’art moderne.

Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa de Antoine-Jean Gros

Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa de Antoine-Jean Gros

Ainsi Ferdinand-Philippe collectionnait des tableaux d’Ary Scheffer, d’Eugène Delacroix, d’Alexandre-Gabriel Decamps, d’Eugène Lami, d’Ernest Meissonnier, de Paul Delaroche, de Camille Corot, de Paul Huet ou de Théodore Rousseau. Il commanda à Jean-Auguste-Dominique Ingres un Antiochus et Stratonice, acheta Œdipe et le sphinx. C’est plaisant d’imaginer le fougueux Ferdinand-Philippe présenter à ses amis ses dernières acquisitions et s’entendre répondre : « Euh ! Non mais tu déconnes Ferdy ! Descamps c’est commercial. C’est trop moderne pour moi, moi je ne jure que par Poussin ! »

Meuble d'appui d'Alexandre-Louis Bellangé, commandé par Ferdinand Philippe d'Orléans, pour sa salle à manger aux Tuileries

Meuble d’appui d’Alexandre-Louis Bellangé, commandé par Ferdinand Philippe d’Orléans, pour sa salle à manger aux Tuileries

Reprenons, amis des arts, populaire, éclairé, il arrive toujours un moment où un artiste qui veut se faire mousser un peu propose à son mécène de devenir modèle (Nous avons déjà vu cela avec la collection Beistegui). Et là c’est Ingres qui s’y colle : « Mais si monsieur d’Orléans, cela me fait tellement plaisir, je vous promets … attendez, mettez-vous plus à gauche… oui, comme ça c’est bien… ne bougez plus… remontez un peu le bicorne… c’est parfait… dites Ouistiti… c’est bon je l’ai. »

Ferdinand-Philippe-Louis-Charles-Henri de Bourbon-Orléans, duc d'Orléans de Jean-Auguste-Dominique Ingres

Ferdinand-Philippe-Louis-Charles-Henri de Bourbon-Orléans, duc d’Orléans de Jean-Auguste-Dominique Ingres

Donc le Musée du Louvre expose une multitude de Ferdinand-Philippe : Ferdinand-Philippe en pied, Ferdinand-Philippe en buste, Ferdinand-Philippe de profil, Ferdinand-Philippe à la mer, Ferdinand-Philippe fait du cheval, Ferdinand-Philippe mort, Ferdinand-Philippe à la plage. Rares sont les personnages à bénéficier d’une telle notoriété artistique sans avoir vraiment rien fait d’autre que raté un virage en calèche.

Ferdinand Philippe, duc d'Orléans de Jean-Jacques Pradier

Ferdinand Philippe, duc d’Orléans de Jean-Jacques Pradier

Le duc d'Orléans d'Antoine-Louis Barye

Le duc d’Orléans d’Antoine-Louis Barye

Ferdinand-Philippe duc d'Orléans de Carle Elshoect

Ferdinand-Philippe duc d’Orléans de Carle Elshoect

Ferdinand-Philippe-Louis-Charles-Henri de Bourbon-Orléans, duc d'Orléans de Jean-Auguste-Dominique Ingres

Ferdinand-Philippe-Louis-Charles-Henri de Bourbon-Orléans, duc d’Orléans de Jean-Auguste-Dominique Ingres

C’est le drame de la politique française que d’attendre des hommes providentiels qui n’arrivent jamais et de choisir les moins pires en leur collant une étiquette de sauveur. Sa mort priva le roi d’un soutien auprès des classes populaire, elle priva surtout la France d’un roi cultivé et curieux des arts. Il est amusant d’imaginer la tournure des collections du musée avec un tel roi à la tête du pays. Par contre il est indéniable que l’amour des arts n’excuse pas tout et que cette coiffure mi-plaquée sur le dessus et mi-bouclée sur les côtés en mode ster-hip (ben oui c’est le verlant de hipster, comme la coiffure à l’envers), elle aurait été à corriger. Et si vous ne me croyez pas, venez voir.

Ferdinand Philippe, duc d'Orléans de Jean-Jacques Pradier

Ferdinand Philippe, duc d’Orléans de Jean-Jacques Pradier

 

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