La cruche cassée

Au Louvre, j’aime La Cruche cassée de Jean-Baptiste Greuze ou comment l’artiste qui a peint les œuvres les plus empreintes du poids des traditions religieuses ou sociales peu présenter un sujet bien grivois et le peindre avec une finesse et une délicatesse troublantes.

La cruche cassée de Jean-Baptiste Greuze

La cruche cassée de Jean-Baptiste Greuze

Greuze c’est des thèmes poilants comme L’Accordée de villageLa Piété filialeLe Fils ingratLe Fils puni ou La Mère bien aimée. Tout cela fleure bon la vieille France, le Pater Familia, tous ces sujets que je fuis car rien qu’à les regarder, on ressent le poids des traditions s’abattre sur vous comme la vérole sur le bas-clergé. Je veux bien que Greuze, tel le fils ingrat, n’ait pas persévéré dans le commerce contre la volonté paternelle pour faire de la peinture, mais l’expiation est un peu trop marquée à mon goût.

La malédiction paternelle, le fils ingrat de Jean-Baptiste Greuze

La malédiction paternelle, le fils ingrat de Jean-Baptiste Greuze

La malédiction paternelle, le fils punit de Jean-Baptiste Greuze

La malédiction paternelle, le fils punit de Jean-Baptiste Greuze

Autoportrait de Jean-Baptiste Greuze

Autoportrait de Jean-Baptiste Greuze

Loth et ses filles de Jean-Baptiste Greuze

Loth et ses filles de Jean-Baptiste Greuze

L'accordée de village de Jean-Baptiste Greuze

L’accordée de village de Jean-Baptiste Greuze

En dehors des grands classiques greuziens sur les piliers patriarcaux qu’une société doit avoir, il y a aussi une série de tableaux plus légers à regarder. Des tableaux faits de jeunes filles seules sur la toile. Pourquoi peindre de jeunes filles seules ? D’abord parce que Jean-Baptiste Greuze a un talent qu’il met en œuvre pour les filles plus que pour les garçons.

Portrait d’Étienne Jeaurat et La laitière de Jean-Baptiste Greuze

Portrait d’Étienne Jeaurat et La laitière de Jean-Baptiste Greuze

Ensuite, j’ai dit qu’il avait été contre la volonté paternelle de reprendre la boutique familiale, il a pourtant toujours laissé la petite Anna-Geneviève, sa fille, courir dans l’atelier. Puis elle a dû devenir son modèle au point qu’Anna-Genevière Greuze devint elle aussi peintre. J’aime cette idée de la transmission que Jean-Baptiste a réussie avec sa fille mais que son père avait ratée. Et cela donne pour moi les plus beaux tableaux de Greuze.

L'oiseau mort de Jean-Baptiste Greuze

L’oiseau mort de Jean-Baptiste Greuze

La laitière de Jean-Baptiste Greuze

La laitière de Jean-Baptiste Greuze

Portrait de jeune femme de Jean-Baptiste Greuze

Portrait de jeune femme de Jean-Baptiste Greuze

La cruche cassée de Jean-Baptiste Greuze

La cruche cassée de Jean-Baptiste Greuze

Revenons à notre cruche cassée. Au premier abord, le tableau est d’une douceur charmante, les teintes, la grâce du trait, les couleurs, tout y est doux. On jurerait la mise en image de la fable de Perrette et de son pot de lait : une jeune fille fort marri d’avoir brisé son récipient.

La cruche cassée de Jean-Baptiste Greuze

La cruche cassée de Jean-Baptiste Greuze

Mais là où Perrette  semble plus fofolle, plus guillerette malgré sa mésaventure, cette jeune fille-là semble plus troublée. Le regard ne respire plus l’innocence et la légèreté de l’adolescence. Il est grave, lointain, presque perdu. Ni faute, ni culpabilité dans ce regard, comme si elle n’habitait plus ce corps.

La cruche cassée de Jean-Baptiste Greuze

La cruche cassée de Jean-Baptiste Greuze

Un trop rapide tour de tête devant cet œuvre pourrait aussi laisser apercevoir la mignonne petite fille qui a coupé des fleurs pour en faire un bouquet et l’offrir à sa maman, en mode Laura Ingalls.

La cruche cassée de Jean-Baptiste Greuze

La cruche cassée de Jean-Baptiste Greuze

Mais que l’on prenne un peu de temps pour examiner le tableau et alors un détail amuse, dans un premier temps : Ce sein qui dépasse. Dans les Peintures françaises du XVIIIème siècle ceci est presque une marque de fabrique. Cependant la jeune fille est justement très, très jeune pour que ce sein dépassant soit un signe de bon aloi.

La cruche cassée de Jean-Baptiste Greuze

La cruche cassée de Jean-Baptiste Greuze

Le corset est distendu, les voiles et plis de la robe sont chiffonnés, voici une jeune fille qui avait peut-être la louable intention d’aller chercher de l’eau au puits mais qui s’est finalement fait choyer le cœur fendu. Voilà la raison de ce regard, ce n’est plus une petite fille, c’est déjà une femme. Cette façon de serrer contre elle ses fleurs, de poser ses mains en hauts de ses cuisses…

La cruche cassée de Jean-Baptiste Greuze

La cruche cassée de Jean-Baptiste Greuze

Vous étiez à deux doigts d’engueuler la souillon qui revient toute froissé en ayant cassé le cruchon alors que vous avez devant vous une femme qui vient de découvrir l’amour et l’art des ébats bucoliques. D’ailleurs le pot en terre brisé…, se faire casser le pot, l’expression est proustienne pour parler de la sodomie.

La cruche cassée de Jean-Baptiste Greuze

La cruche cassée de Jean-Baptiste Greuze

Je n’aime pas ce tableau uniquement pour sa mise en image de Perrette qui vire ensuite à la bête à deux dos sauvage aux abords des fontaines.

La cruche cassée de Jean-Baptiste Greuze

La cruche cassée de Jean-Baptiste Greuze

Le Greuze des scènes de famille est un peu convenu dans sa mise, mais quand il peint les jeunes filles il sait leur donner une grâce magnifique, une douceur, rendre le grain de la peau, les rougeoiements des joues. Que l’on connaisse, ou pas, la vérité sur ce tableau, le rendu de la jeune fille et de sa tenue est touchant, précis, splendide.

La cruche cassée de Jean-Baptiste Greuze

La cruche cassée de Jean-Baptiste Greuze

Un bout de sein, de l’agitation dans les froufrous et une cruche brisée, Greuze n’a pas besoin de plus pour décrire ce que vient de faire (ou subir) la jeune fille. Et ses mains, même pas crispée de colère ou de rage, qui portent des fleurs sont en fait l’excuse que la pauvre a trouvée ou le pardon qu’elle va présenter. Les fleurs d’ailleurs constituent aussi un indice sur ce que Greuze veut faire comprendre au spectateur : La fleur est coupée, défleurée…

La cruche cassée de Jean-Baptiste Greuze

La cruche cassée de Jean-Baptiste Greuze

Imaginez-là quand elle va revenir sur le seuil de la porte fagotée de la sorte et en plus sans l’eau qu’elle devait aller chercher. Tout ce qu’elle aura à offrir sera des fleurs coupées. Par contre je l’invite à remonter ses tissus pour cacher ce sein que sa famille ne saurait voir.

La cruche cassée de Jean-Baptiste Greuze

La cruche cassée de Jean-Baptiste Greuze

J’aime l’idée de croiser les tableaux entre eux et que la jeune fille qui avait cassée sa cruche soit, quelques mois plus tard, l’accordée de village à la tenue bien mise. Cette petite fleur qui pointe de son corsage, ne serait-ce un signe laissé par Greuze ? Et si vous ne me croyez pas, venez voir.

La cruche cassée de Jean-Baptiste Greuze

La cruche cassée de Jean-Baptiste Greuze

L'accordée de village de Jean-Baptiste Greuze

L’accordée de village de Jean-Baptiste Greuze


Si vous aimez les esquisses, le Louvre propose une œuvre préparatoire de Jean-Baptiste Greuze sur La cruche cassée.La cruche cassée, esquisse de Jean-Baptiste GreuzeSi vous aimez les tableau en 3D, rendez-vous au cimetière de Montmartre pour voir la tombe de Jean-Baptiste Greuze, vous retrouverez La cruche cassée.La cruche cassée de Jean-Baptiste Greuze

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