La Joconde (Salle de)

Au Louvre, j’aime La Joconde (Salle de), plus exactement la salle qui abrite La Joconde et qui a vampirisé le nom de Salle des États en Salle de La Joconde. Ou comment quelques centaines de mètres carrés se sont faits mâter par une madonna italienne de moins d’un demi mètre carré. Mille pardons aux lecteurs qui envisageaient dans ce billet d’entendre clamer mon amour pour Monna Lisa. Elle n’a franchement pas besoin de moi, ni de mon blog pour cela.

La salle des États, dite Salle de La Joconde

La salle des États, dite Salle de La Joconde

Un jour Napoléon III se dit qu’avoir à proximité de son domicile une salle pour discuter des lois avec ses copains serait une chouette idée. Il fit donc venir un architecte qui travaillait à un escalier et lui demanda si en plus il ne serait pas envisageable de lui faire cette fameuse salle. Lefuel (l’architecte) dit que si bien sûr pas de problème mais rapidement car après il était attendu sur un autre chantier. Et c’est ainsi que la Salle des États fut créée. Sedan ayant brisé les espoirs de l’Empire, il fallait occuper cette salle qui fut rattachée au Musée du Louvre. Dans un premier temps consacrée à la peinture française du XIXème (on exposa Manet dans cette salle), la Salle des États servit de réserve à cadres durant la seconde Guerre Mondiale, certainement une blague de conservateurs pour faire marrer l’occupant.

La salle des États, dite Salle de La Joconde

La salle des États, dite Salle de La Joconde

La salle des États, dite Salle de La Joconde

La salle des États, dite Salle de La Joconde

Après la guerre, la France se reconstruit et devient moderne, alors on met du moderne partout, on remanie complétement la salle, fin du stuc So XIXème pour du moderne. Les tailles, proportions, dispositions de la salle sont modifiées. Et comme le moderne fait rapidement très ancien, en 2001 la salle est re-modernisée avec une grande verrière et des murs couleurs Terre de Sienne, ce qui est plutôt de bon augure pour de la peinture italienne.

La salle des États, dite Salle de La Joconde

La salle des États, dite Salle de La Joconde

La salle des États, dite Salle de La Joconde

La salle des États, dite Salle de La Joconde

Avec le nouvel agencement Miss Sourire a eu droit à sa propre cimaise et comme il restait de la place sur les murs de la salle, il fut décidé de boucher les trous avec les peintres de la Renaissance vénitienne. Ceux que j’appelle les Sacrifiés du Musée du Louvre. Il s’agit de tous ces peintres qui eurent la malchance de peindre à Venise à la période de la Renaissance. Ils auraient peint à Bologne ou à Rome à la même époque, ou à Venise un siècle avant ou après, ils étaient sauvés, ils auraient été exposés ailleurs dans le musée, mais ils ont eu la mauvaise idée de peindre à Venise à la Renaissance. Pour leur malheur ils sont donc exposés dans la même salle que La Joconde et Les Noces de Cana, deux mastodontes qui éclipsent les autres tableaux exposés dans la Salle des États, dès lors sacrifiés au mainstream culturel.

La salle des États, dite Salle de La Joconde

La salle des États, dite Salle de La Joconde

La salle des États, dite Salle de La Joconde

La salle des États, dite Salle de La Joconde

Je ne dispose d’aucun moyen scientifiquement rigoureux pour étayer ma démonstration hors l’observation régulière des visiteurs, mais si la Direction du Musée du Louvre le souhaite je sais comment assurer ma démonstration avec un simple appareil photo. Le chemin est toujours le même : Arrivée devant La Victoire de Samothrace clic-clac-kodak, quatre tableaux de Vinci dans La Grande Galerie clic-clac-kodak, 180° et entrée dans la Salle des États. Levée du bras, clic-clac-kodak du mur avec un petit bout de Joconde dessus et beaucoup de cheveux de gens devant. 180°, clic-clac-kodak, Les Noces. 180°, clic-clac-kodak, petit selfie devant La Joconde. Départ sur la droite ou la gauche pour sortir de la Salle des États et filer voir Le Sacre. Cela a duré 2 minutes. Parfois nous allons jusqu’à 5 minutes quand la personne veut se presser contre la barrière pour admirer La Joconde d’un peu plus près ou quelle est en groupe.

La salle des États, dite Salle de La Joconde

La salle des États, dite Salle de La Joconde

La salle des États, dite Salle de La Joconde

La salle des États, dite Salle de La Joconde

Pour les autres œuvres présentes dans la salle, ce n’est pas du dédain, ce n’est pas du désintérêt, c’est du rien ; les visiteurs ne semblent pas les voir. Les seuls qui s’attardent un peu sont les maris traînées par leur femme au musée et qui attendent que maman aillent voir de plus près le tableau de Vinci. Ces hommes restent en retrait et ne profitent pas de la proximité avec ces autres œuvres pour les regarder, généralement ils vérifient leurs emails ou cherchent un restaurant pour le midi.

La salle des États, dite Salle de La Joconde

La salle des États, dite Salle de La Joconde

Comment leur en vouloir ? Il faudrait du recul, un peu de distance pour apprécier les autres tableaux, pouvoir se reculer, se rapprocher, recommencer le mouvement, les voir dans leur ensemble puis dans leurs détails. Je ne parle même pas du vice qui consiste à placer des tableaux sur le second rang en hauteur les rendant invisibles en raison de la foule et des reflets de la lumière naturelle sur le vernis. Nonobstant sa belle dimension, la Salle des États ressemble à une essoreuse : vous êtes broyés entre la masse des contempteurs des Noces, pressés par les photographes de La Joconde, emportés par les courants de visiteurs entrants et sortants dans des flux et reflux contraires. Prendre le temps de regarder ces tableaux sacrifiés requiert un aplomb pour surmonter les vagues des touristes qui déferlent. La Salle des États c’est le Finistère louvresque. Le visiteur ressemble à un marcheur à la pointe du Raz un jour de grandes marées, hors les deux tableaux vedette, pour le reste des œuvres c’est la baie des Trépassés. Il y a même aux quatre coins de la salle des ilots qui permettent de rattraper les visiteurs à la limite de l’engloutissement.

La salle des États, dite Salle de La Joconde

La salle des États, dite Salle de La Joconde

Donc, pour les visiteurs amateurs de peintures période Renaissance vénitienne, voici ma sélection, purement subjective et absolument pas complète de ces splendides tableaux que vous ne pourrez voir tranquillement sauf à vous faire enfermer dans le musée la nuit. Ce que je ne peux ni encourager, ni vous conseiller. En premier lieu deux merveilles qui valent bien les banquets de mariage ou les filles qui glandent les bras croisées.

Le couronnement d'épines de Tiziano Vecellio

Le couronnement d’épines de Tiziano Vecellio

La crucifixion de Paolo Caliari

La crucifixion de Paolo Caliari

La violence, la fougue, la force, la puissance du tableau Le couronnement d’épines de Tiziano Vecellio, dit le Titien. Le réalisme et la souffrance qui transpirent de cette toile fichent la chair de poule. L’originalité de la composition de La crucifixion de Paolo Caliari, dit Véronèse, rapidement évoqué ici mais qui donne l’impression de faire pencher le tableau et qui trouble le visiteur par ce vide immense qui occupe toute la partie droite du tableau. Prenez au moins le temps de regarder ces deux-là.

L'entrée des animaux dans l'arche de Jacopo dal Ponte

L’entrée des animaux dans l’arche de Jacopo dal Ponte

L'automne ou les vendanges de Jacopo dal Ponte

L’automne ou les vendanges de Jacopo dal Ponte

La vierge à l'enfant avec sainte Catherine et un berger, dite La vierge au lapin de Tiziano Vecellio

La vierge à l’enfant avec sainte Catherine et un berger, dite La vierge au lapin de Tiziano Vecellio

Allégorie conjugale, dite à tort Allégorie d'Alphonse d'Avalos de Tiziano Vecellio

Allégorie conjugale, dite à tort Allégorie d’Alphonse d’Avalos de Tiziano Vecellio

Ensuite vous trouverez une série de tableaux à plusieurs personnages, sans égaler la surenchère des fiançailles véronèsiennes. Une des rares occasions pour les enfants de voir une arche de Noé au Musée du Louvre. Et puis vous pouvez leur montrer Marie Houdini du Titien qui fait apparaître un petit lapin. Le Titien a peint un autre tableau où elle fait jaillir des colombes de son corsage, mais je crois qu’il s’est perdu.

Portrait d'une vénitienne, dite La Belle Nani de Paolo Caliari

Portrait d’une vénitienne, dite La Belle Nani de Paolo Caliari

Portrait de femme avec un enfant et un chien de Paolo Caliari

Portrait de femme avec un enfant et un chien de Paolo Caliari

Vénus et l'Amour de Lambert Sustris

Vénus et l’Amour de Lambert Sustris

Si je reste assez hermétique aux « mystères de La Joconde » dans la même salle vous pouvez voir une belle collection de femmes qui valent la muse de Léonard et qui plus est, quand c’est le cas, sont merveilleusement habillées dans des robes pour lesquelles les artistes ont apportés un soin particulier à détailler. Cela fait plus gracieux que la bure de Monna.

Et parce qu’à chaque fois qu’il y des filles, les gars ne tardent pas à venir faire les beaux, la Salle des États exposent aussi une kyrielle de plus ou moins beaux gosses. Du jeune, du vieux, du roi, du peigne-cul, vous avez l’embarras du choix.

Portrait de Thomas Stahel, dit autrefois Portrait de Hieronymus Krafft de Paris Bordon

Portrait de Thomas Stahel, dit autrefois Portrait de Hieronymus Krafft de Paris Bordon

Portrait de François Ier, dit autrefois Portrait de François Ier de Tiziano Vecellio

Portrait de François Ier, dit autrefois Portrait de François Ier de Tiziano Vecellio

Portrait d'homme, dit L'homme au gant de Tiziano Vecellio

Portrait d’homme, dit L’homme au gant de Tiziano Vecellio

Bassano del Grappa d'après Jacopo dal Ponte

Bassano del Grappa d’après Jacopo dal Ponte

Portrait de Vincenzo Cappello, amiral vénitien, dit autrefois Portrait de Nicolo Cappello, gouverneur de galère de Jacopo Negretti

Portrait de Vincenzo Cappello, amiral vénitien, dit autrefois Portrait de Nicolo Cappello, gouverneur de galère de Jacopo Negretti

Portrait d'homme, dit autrefois Portrait de Cesare Borgia de Giovanni du Lutero

Portrait d’homme, dit autrefois Portrait de Cesare Borgia de Giovanni du Lutero

Dans cette série de portraits, j’ai une affection particulière pour cet autoportrait, les traits sont fatigués mais le visage reste noble, fier. Le regard est las mais il conserve une force surprenante. C’est toi qu’il regarde, qu’il dévisage, toi le visiteur pressé d’immortaliser La Joconde et qui passe sans regarder. Ingrat ! Sa lassitude est due à ta bêtise.

Autoportrait de Jacopo Robusti

Autoportrait de Jacopo Robusti

J’aurais aussi pu vous parler de cette seconde version de Les Noces de Cana exposée dans la même salle que son illustre homonyme. Malheureusement située bien trop en hauteur dans une salle où la foule ne permet pas le recul, elle en devient presque invisible.

Les noces de Cana de Leandro dal Ponte

Les noces de Cana de Leandro dal Ponte

Faire un billet intitulé La Joconde (Salle de) sans parler une seule fois du tableau, je reconnais que certains pourront être déçus. D’abord je vous ai donné sa superficie qui est une information primordiale, ensuite je suis comme beaucoup de visiteurs, toujours un peu déçus une fois qu’ils se retrouvent face à elle. Le tableau est vraiment petit, visible de loin, derrière une vitre blindée, bref aucune des conditions qui rendent la pause devant un tableau agréable. Et oui elle me regarde quand je bouge mais comme beaucoup de tableaux et puis de toute façon devant La Joconde on ne peut pas bouger, il y a trop de monde.

Portrait de femme, dite La Belle Ferronière de Léonard de Vinci

Portrait de femme, dite La Belle Ferronière de Léonard de Vinci

Un petit conseil, avant de vous engouffrer dans la Salle des États, ne négligez pas les autres tableaux de Vinci exposés au Musée du Louvre. Passez les scènes bibliques (La Vierge aux rochersLa Vierge, l’Enfant Jésus et sainte AnneSaint Jean Baptiste) qui fascinent les visiteurs et au milieu, prenez le temps de regarder La Belle Ferronière. Pas de semi-sourire, mais son port de tête et son regard sont hypnotisants, elle affiche une forme de dédain amusant, toujours pour toi le visiteur trop pressé. Et si vous ne me croyez pas, venez voir.

Dans la Grande Galerie de Georges Leroux

Dans la Grande Galerie de Georges Leroux

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