La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine

Au Louvre, j’aime La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor Erhart. Cette magnifique sculpture en bois semble attendre le visiteur curieux sous sa cloche de verre. Elle s’offre à son regard, mais comme souvent au Musée du Louvre, il faut oser se perdre dans les couloirs, dans les salles, loin des tracés balisés pour les flots de touristes, afin de découvrir des joyaux.

La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor Erhart

La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor Erhart

Un fois sous la Pyramide, suivez la vague humaine qui s’engouffre vers l’aile Denon, mais quittez-les bien vite et bifurquez sur votre droite dans la galerie Donatello. Là où les lads de Napoléon III rangeaient les carnes de l’Empire, le Musée du Louvre expose des sculptures. Des anciennes écuries il ne reste qu’une galerie basse et voûtée, mélange de pierres et de briques et un sol de pavés bruts. De l’exposition des sculptures je ne dirai pas combien il est étrange que les cours Puget et Marly (plus leurs salles adjacentes) exposent le made in France sans le mettre en regard de ce qui se faisait à la même époque ailleurs en Europe. Vous trouverez donc dans la galerie Donatello toutes les sculptures moyenâgeuses recalées aux frontières nationalistes de l’Hexagone du XXIème siècle Car pour mémoire la Bourgogne n’était pas la France au Moyen Age. Mais il me sera répondu qu’il s’agit d’un choix muséographique qui doit tenir compte de disposition des lieux. Mytho !Au Louvre, j'aime La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor ErhartAu Louvre, j'aime La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor ErhartAu Louvre, j'aime La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor ErhartDonc dans cette galerie vous avez de la Vierge, de la dalle funéraire, du saint sur colonne, de la faïence émaillée, du tilleul sculpté. Dans une salle annexe vous croiserez la galerie tactique, seul endroit où vous avez le droit et presque le devoir de toucher aux statues, généralement une halte fort prisée des enfants et méconnue des visiteurs qui regardent étonnés l’habitué caresser une copie de l’écorché de Houdon. Et au bout de cette galerie un escalier qui, si vous l’empruntez, vous conduira aux fesses des esclaves de Michelangelo di Lodovico Buonarroti Simoni dit Michel-Ange. Mais laissons pour le moment ces postérieurs, oubliez l’escalier et prenez le couloir sur votre gauche.

La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor Erhart

La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor Erhart

Elle est là, face à vous, les mains jointes, elle semble vous inviter à la rejoindre. Ne vous retournez pas, c’est bien vous qu’elle regarde. Le lieu est assez calme et désert pour qu’il n’y ait pas de doute, c’est vous qu’elle fixe. En vous approchant regardez son corps, ses formes… Ne la regardez pas tel un animal en rut, elle rougit à présent que vous êtes plus près. C’est que la Belle Allemande est très agréable à regarder. Complétement nue, seule sa chevelure couvre, à peine, son corps. Les formes sont généreuses sans être excessives, le regard est empli de piété et de respect et la coiffure tombe avec une ingéniosité qui provoque érotisme et non pornographie.

La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor Erhart

La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor Erhart

La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor Erhart

La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor Erhart

Techniquement cela s’appelle une sculpture en ronde-bosse : A savoir une œuvre autour de laquelle le visiteur peut évoluer pour l’apercevoir de toutes parts, de tous côtés. Les tableaux ne sont pas en ronde-bosse et les sculptures ne sont pas toutes en ronde-bosse. Une dalle funéraire, un haut-relief ou même un bas, les fameux esclaves de Michel-Ange, par exemple, ne sont pas en ronde-bosse. Quand vous passez derrière, le soin apporté par l’artiste n’est pas identique à celui du devant.

Les esclaves de Michelangelo di Lodovico Buonarroti Simoni

Les esclaves de Michelangelo di Lodovico Buonarroti Simoni

Portrait d’un patricien vénitien d’Alessandro Vittoria

Portrait d’un patricien vénitien d’Alessandro Vittoria

La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor Erhart

La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor Erhart

A noter qu’à l’exception des mains issues d’un autre tronçon, l’ensemble est tiré d’une seule pièce de bois (du tilleul, je dis cela pour les termites intéressées). Et puisque nous parlons du bois, évacuons tout de suite deux imperfections. Cette Belle Allemande est d’une suave sensualité, pourtant l’éclat du bois sur sa cuisse et l’état de ses talons pourraient être interprétés avec une moquerie un rien machiste sur le corps féminin. Nous nous en garderons bien.

La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor Erhart

La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor Erhart

La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor Erhart

La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor Erhart

La Belle Allemande a connu diverses fortunes. Suspendue (nous y reviendrons), détachée de sa voûte à la Réforme, transformée en statue contre un pilier, le visage peinturluré de larmes, puis vêtue par ce que l’on ne se ballade pas toute nue dans une église, elle fut repeinte et pendant la Seconde Guerre Mondiale confisquée par les nazis. La Belle Allemande plaisait particulièrement à Goering. Il est d’ailleurs assez troublant, vous l’admettrez, de se découvrir des points communs avec un haut responsable nazi dans une salle perdue du Louvre. A présent, le Musée du Louvre l’expose, après nettoyage, en faisant ressortir sa polychromie originelle et notamment sa chevelure d’or.La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor ErhartJ’ai volontairement omis le passage sur la vie suspendue de la Belle Allemande. C’est que la statue est aussi appelée sainte Marie-Madeleine. Ne comptez pas sur moi pour digresser sur les liens supposés ou véridiques entre Marie-Madeleine et Jésus, tout a été dit dans le code de Vinci. Seulement, une fois que Jésus eu fini de jouer à ça s’en va et ça revient, c’est fait de tous petits riens ; Marie-Madeleine décida de mener une vie d’ascète non pas à Sète mais à la Sainte-Baume, retirée dans une grotte. Afin de se consacrer à la prière et de ne pas abîmer ses mains avec le Saint-Marc, elle décida de ne porter pour tout vêtement que ses cheveux.

La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor Erhart

La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor Erhart

La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor Erhart

La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor Erhart

Chaque jour, une brigade d’anges avait pour mission de l’élever pour venir écouter les Chœurs Célestes puis de la redescendre après le concert. Bon alors là vous me voyez venir avec mes questions : Combien d’anges pour une sainte ? La brigade est-elle composée d’un ange-de-secours en cas d’accident ou de gros vent ? Existe-t-il à la Sainte-Baume un arrêt spécial pour aller écouter les Chœurs Célestes ? Peut-on se faire porter pâle les jours où le programme musical ne nous intéresse pas ? Qui était en première partie des Chœurs Célestes ? Les Chœurs Célestes faisaient-ils des reprises de Highway to Hell, de Fly me to the moon ou de Gangsta’s Paradise ? Qu’est devenue cette brigade par la suite ? Les théologiens sont invités à répondre dans les commentaires.

La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor Erhart

La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor Erhart

La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor ErhartInitialement Marie-Madeleine était donc suspendue grâce au crochet situé dans son dos à la voute d’une église. Tout autour d’elle des angelots symbolisaient cette élévation pour les concerts paradisiaques (l’inspiration pourrait venir de gravures de Dürer). Les aléas de la vie des œuvres ont fait disparaître les angelots pour ne conserver que Marie-Madeleine. Sans son escouade ailée elle devient la Belle Allemande.

La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor Erhart

La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor Erhart

Est-ce la musique divine qui apaise ou le naturisme provençal mais son visage est paisible, la pose douce. Sa position à la verticale et qui semble tout à fait naturelle tranche avec ce que devait voir les paroissiens souabes quand elle était suspendue et devait donner l’impression qu’elle se préparait à plonger vers le commun des mortels.

La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor Erhart

La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor Erhart

Mais la vraie force de cette sculpture est le marqueur qu’elle constitue dans l’histoire de l’art. Ce n’est plus la rudesse de l’ascète gothique allemande, c’est déjà l’épanouissement du corps, la mise en avant des formes, des cheveux qui soulignent plus qu’ils ne masquent les formes et courbes. Nous sommes plus proches de La naissance de Vénus que des représentations mariales du Moyen Age.La descente de croix, Sainte Agnès, Buste d'évêque, Christ en croix

La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor Erhart

La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor Erhart

Elle est belle, sensuelle, charnelle, esseulée dans son bout de couloir. Autant je ne m’approche que contraint de La Joconde, autant j’aime retrouver ma Belle Allemande. Le calme qui l’entoure est reposant, le banc sous la fenêtre invite à l’observer, la regarder même si on est finalement assez mal assis dessus et que la lumière naturelle dans le dos la fait disparaître dans le reflet de la vitre. Malgré tout, je sais qu’elle est là et qu’elle m’attend. Et si vous ne me croyez pas, venez voir.

La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor Erhart

La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine de Gregor Erhart


Attention, si votre sainte Madeleine porte la barbe, c’est saint Jean Baptiste.

Saint Jean Baptiste de Maître de Burgo de Osma

Saint Jean Baptiste de Maître de Burgo de Osma


Puis que vous êtes dans le coin, je vous invite à aller voir le retable des Quatorze Intercesseurs, juste à côté. Moins glamour que la Belle Allemande, cela reste pourtant  une merveille de travail du bois.

Le retable des Quatorze Intercesseurs


Sur le thème de Marie-Madeleine au Musée du Louvre :

Scènes de la vie de sainte Marie-Madeleine

Scènes de la vie de sainte Marie-Madeleine

La vierge et l’enfant entre saint Jean-Baptiste et sainte Marie-Madeleine de Giovanni Battista Cima

Sainte Madeleine de Quentin Metsys

Sainte Madeleine de Quentin Metsys

Sainte Madeleine

Sainte Madeleine

Triptyque-reliquaire de Simone di Filippo

Triptyque-reliquaire de Simone di Filippo

Sainte Madeleine de Quentin Metsys

Sainte Madeleine de Quentin Metsys

Triptyque de la famille Braque de Rogier van der Weyden

Triptyque de la famille Braque de Rogier van der Weyden

Scènes de la vie de saint Marie-Madeleine

Scènes de la vie de saint Marie-Madeleine

Le portement de croix de Simone Martini

Le portement de croix de Simone Martini

La vierge et l'enfant en gloire, entourés de sainte Marie-Madeleine, de saint Bernard, d'anges, de chérubins et de séraphins de Francesco Botticini

La vierge et l’enfant en gloire, entourés de sainte Marie-Madeleine, de saint Bernard, d’anges, de chérubins et de séraphins de Francesco Botticini

Le Christ apparaissant à la Madeleine ou Noli me tangere de Francesco Albani

Le Christ apparaissant à la Madeleine ou Noli me tangere de Francesco Albani

Sainte Marie-Madeleine pénitente, méditant dans la solitude d'Andriaen van der Werff

Sainte Marie-Madeleine pénitente, méditant dans la solitude d’Andriaen van der Werff

La Madeleine à la veilleuse de Georges de La Tour

La Madeleine à la veilleuse de Georges de La Tour

Triptyque du Repos pendant la fuite en Égypte de Hans Memling

Triptyque du Repos pendant la fuite en Égypte de Hans Memling

Scènes de la vie de saint Marie-Madeleine

Scènes de la vie de saint Marie-Madeleine

Sainte Madeleine pénitente de Pieter Cornelisz van Slingelandt

Sainte Madeleine pénitente de Pieter Cornelisz van Slingelandt

Sainte Marie Madeleine pénitente de Guy François

Sainte Marie Madeleine pénitente de Guy François

Le Christ apparaissant à La Madeleine de Luco Giordano

Le Christ apparaissant à La Madeleine de Luco Giordano

L'agonie de sainte Marie-Madeline de Josefa de Ayala Cabreira

L’agonie de sainte Marie-Madeline de Josefa de Ayala Cabreira

Protrait présumé de Madeleine de Bourgogne présentée par sainte Madeleine de Jean Hey

Protrait présumé de Madeleine de Bourgogne présentée par sainte Madeleine de Jean Hey

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4 réflexions au sujet de « La Belle Allemande ou sainte Marie-Madeleine »

  1. Anonyme

    Je partage votre admiration pour cette sensuelle M-Madeleine et la comparaison que vous évoquez avec Botticelli me plait bien( une autre merveille pour moi!!) et j’aime aussi cette salle Donatello remplie de merveilles dont la Belle florentine ,, je tourne autour sans me lasser! et les ravissantes petites madones de Malines! Les aimez-vous aussi? Bravo pour votre blog frondeur,caustique, intelligent et cultivé, que je découvre, et même si vous n’aimez pas, vous regardez avec excellentes photos en rab! Super! ( je pense a celui sur les vierges qui m’a bien amusée aussi, moi, je les adore presque toutes! J’aime votre humour!) J’ai écrit moi aussi, pour ma famille et amis et pour moi, 3 livres sur « mon Louvre » je l’aime tellement et j’y ai joins tous les dessins que j’y ai fait. J’aimerais bien pouvoir aller au Louvre aussi souvent que vous ! Mais j’habite à 300kms, j’y ai tout de même passé plus de 200 h! Et pas blasée!!Merci pour ce beau blog.Très amicalement.

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    1. Au Louvre j'aime Auteur de l’article

      Merci beaucoup pour votre commentaire. Cela fait plaisir de croiser des lecteurs qui partagent un certain goût du décalé pour le Musée du Louvre.
      Par contre je vais vous décevoir. Je n’ai pas votre enthousiasme pour les madones de Malines. J’admire le travail de l’artiste mais ne goûte pas plus que cela au sujet.
      Mais j’admets être un indécrottable croqueur de soutane.

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  2. vebesite

    Le monde du XVe siècle était chrétien et vous ne l’êtes pas. Votre « décalage » est, hélas, risible alors que vous voulez drôle. Caramba! Encore raté!

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    1. Au Louvre j'aime Auteur de l’article

      Comme c’est regrettable que vous n’ayez pas lu l’avertissement sur la page d’accueil précisant que tout ceci n’est que le fruit d’un idiot perdu dans les salles du musée. Cet avertissement aurait dû provoquer votre clémence. Au lieu de cela vous avez foncé bille en tête, passant alors pour plus idiot que moi, il fallait le faire. D’abord nous ne sommes pas assez intimes pour vous permettre de juger mon degré de chrétienté.

      « Le monde du XVème siècle était chrétien. » Je regrette de ne pas être risible même si je reconnais avoir trouvé un maître : « Le monde du XVème siècle était chrétien. » Les peuples des Amériques, de l’Afrique, de l’Asie et je me permets d’ajouter les habitants de l’Océanie, tout ce petit monde bien connu au XVème siècle pour son immense ferveur christique. Dur d’être aussi risible que vous.

      Vous souhaitiez certainement parler de l’Europe chrétienne. Mais quel royaume d’Europe ? L’Espagne qui venait de vivre sept siècles de cohabitation arabo-musulmane ? La France épuisée par la guerre de Cent Ans et Louis XI réaffirmant son pouvoir face à l’Église ? Les cités-états de la future Italie qui se battaient pour assurer leur puissance temporelle face au spirituel tout en étant le berceau de l’Humanisme et de la Renaissance. A moins qu’il ne s’agisse de l’Angleterre ou du Saint Empire qui portaient tous deux les germes de schismes à venir. Non il devait s’agir du flanc Est de l’Europe sous le feu des invasions ottomanes sans que la chrétienté n’ait réussi à s’allier pour former une défense unifiée.

      « Le monde du XVème siècle était chrétien. » Tellement chrétien et tellement risible que la déliquescence de l’Église du XVème siècle sera le terreau de la contre-réforme. Sans rancune.

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