Maria Duglioli Barberini

Au Louvre, j’aime Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli. Où le goût pour l’art italien évoqué tout au long de ce blog va connaître son apothéose dans un billet me donnant l’occasion de parler de femme, de pape, de sculpteurs, du Louvre et même de vous glisser une blague latine. A vos Gaffiot !

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Extrait d’une conservation téléphonique jusque-là gardée secrète dans les caves du Vatican :
– Allô Gian Lorenzo ! Vous allez bien ? C’est Urbain.
– Bonjour. Vous inquiétez de ma santé, c’est bien urbain !
– Oui c’est bien Urbain… Urbain VIII, le pape
– Ah votre Sainteté, qu’est-ce qui me vaut le plaisir de vous entendre ?
– Je voulais tester mon dernier kit main-libre Bluetooth et savoir si vous ne pourriez pas me faire un buste.
– Un buste de vous ?
– Non, ma nièce … Maria,… la pauvre nous a quittés la pauvre.
– Ben moi je suis un peu charrette… J’ai déjà le baldaquin à finir, j’ai prévu d’aller passer une huitaine à Paname … mais je connais un collègue qui vous fera cela à merveille. Voyez avec Giuliano, voici son numéro : 06 62 [à cet endroit le texte n’est plus très visible], dites que vous venez de ma part et il vous fera la TVA à 5,5%.

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Nous sommes bien d’accord que cette conversation est une figure de style imaginaire pour introduire Gian Lorenzo Bernini, dit Le Bernin et Urbain, dit le pape Urbain VIII. La nièce du pape évoquée ici est Maria Barberini qui avait trompé son ennui en épousant Tolomeo Duglioli et mourut en couches à 22 ans. Comme Urbain VIII avait un grand sens de la famille, il souhaita immortaliser le visage de la charmante enfant et confier la tâche au sculpteur le plus doué de sa génération : Le Bernin.Au Louvre, j'aime Maria Duglioli Barberini de Giuliano FinelliLe Bernin était tellement doué que la France eut vent de son talent et le fit venir. Quand j’écris la France eut vent de son talent…, il faut lire le Roi. Vous vous doutez bien que pour le paysan du cru Le Bernin, c’est plus le nom d’un taureau reproducteur que d’un sculpteur. Donc le roi adressa une invitation au Bernin dans le genre : « Samedi à 15h, Loulou serait ravi de te compter à son anniversaire », mais avec le style inimitable de l’époque que je ne tenterai pas d’imiter puisque la légende dit qu’il est inimitable. Et comme Loulou adorait l’art moderne, il lui proposa de travailler à l’aménagement d’une façade du Louvre. Le Bernin proposa une rotonde, le roi voulait une colonnade, le projet ne se fit pas mais on pria Le Bernin de nous laisser les plans au cas où, plus tard, si un budget se débloquait, faudrait voir à respecter celui qui porte la couronne un peu.

Le cardinal de Richelieu de Gian Lorenzo Bernini

Le cardinal de Richelieu de Gian Lorenzo Bernini

Pour qu’il n’ait pas l’impression d’avoir totalement perdu son temps à Paris, on lui fit faire un tour en bateau-mouche, au Moulin Rouge, on lui fit faire aussi un buste de Richelieu et une statue équestre de Louis XIV. Amis visiteurs du Musée du Louvre, c’est la statue que l’on trouve dans la cour Napoléon. D’ailleurs c’est et non la pyramide, qui se trouve dans l’alignement Arc-de-triomphe, Obélisque, Carrousel. Je vous le dis pour vos photos. La sculpture originale est exposée à l’Orangerie du château de Versailles, celle du Musée du Louvre est une copie en plomb. Je vous le dis pour votre culture.

Louis XIV de Gian Lorenzo Bernini

Louis XIV de Gian Lorenzo Bernini

Au Louvre, j'aime Maria Duglioli Barberini de Giuliano FinelliPuis Le Bernin rentra à Rome finir le baldaquin (toujours visible) de la basilique Saint Pierre. Ce dernier est en bronze (le baldaquin, pas Le Berlin) et devant le besoin de matière première on utilisa celui disponible au Panthéon (à Rome, pas à Paris) pour finir l’ouvrage voulu par Urbain Barberini. Ce qui valut cette blague latine : « Quod non fecerunt barbari, fecerunt Barberini » (« ce que n’ont pas fait les barbares, les Barberini l’ont fait. ») Il faut aimer la blague latine pour vraiment apprécier la finesse du jeu de mot. Donc Le Bernin ne se concentrant que sur les sculptures des puissants confia la réalisation du buste de la nièce papale à un collaborateur : Giuliano Finelli.

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Finelli était très copain avec Pietro da Cortona (alias Pietro Berrettini, le Pietro Berrettini de Romulus et Rémus recueillis par Faustulus), vous avez vu comme toutes les choses sont liées malgré le foutoir général qui semble régner ici. Finelli était aussi très copain avec Le Bernin mais il y avait des hauts et des bas dans leur amitié. D’autant qu’au moins aussi doué que Le Bernin, l’histoire a longtemps fait pencher la balance du côté de Gian Lorenzo, éclipsant un peu le talent de Giuliano. Avec le temps cela tend à s’équilibrer un peu. Ce n’est que justice. C’est aussi la raison de ce billet qui tend à louer le travail de Finelli, je suis auxiliaire de justice artistique à mes heures perdues, je rétablis l’équilibre les plateaux de la balance du talent.

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Enfin, le troisième personnage important dont je me suis promis de vous parler c’est le pape Urbain VIII, de la famille des Barberini. Le conclave, enfermé dans la chapelle Sixtine fut décimé par la malaria et donc pressé d’élire son pape pour sortir et fuir le Vatican infesté au plus vite. Ainsi Urbain VIII fut-il fait pape. On croit que ces élections sont le fruit d’âpres discussions pour déterminer les qualités de chacun alors qu’il suffit d’une épidémie pour faire ressortir le talent de tous. Pour vous le situer dans le temps c’est durant son pontificat que se tint le procès de Galilée (si vous n’avez aucune idée sur la date du procès de Galilée, je ne peux rien pour vous, à vue de nez vous pouvez situer cela entre la chute de Rome et Le Loft, mais bizarrement plus près du Loft). Amateur d’art moderne il encouragea les artistes contemporains et même transalpins puisqu’il fut notamment un mécène de Nicolas Poussin et de Claude Lorrain, entre autres.

Le pape Urbain VIII de Gian Lorenzo Bernini

Le pape Urbain VIII de Gian Lorenzo Bernini

Dans mon introduction j’évoquais son sens de la famille, le poussant à s’offrir le buste de sa nièce (pas de jeu de mot ou d’arrière-pensée sur l’ambiguïté du mot nièce). Pour les membres vivants de sa famille il n’était jamais avare de titres, postes et autres breloques-à-ruban. Ainsi son frère fut nommé Grand Pénitencier. A un neveu il offrit la charge de bibliothécaire du Vatican. Pour un autre neveu ce fut la fonction de camerlingue. Et le petit dernier, Tonton Urbain le fit prince de Palestrina et préfet de Rome. Un tel sens de la famille c’est admirable.

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Finelli lui est né à Carrare. Si la ville de Carrare ne vous dit rien, tant pis pour vous et votre inculture crasse. Vous avez déjà buté sur la date du procès de Galilée je vous rappelle. Pour les autres j’ajouterai qu’il était fils de sculpteur sur marbre, petit-fils de sculpteur sur marbre, descendant d’une famille de sculpteurs sur marbre, bref il avait cela dans le sang, même si ceci semble vous laisser de marbre. Si j’insiste sur ce point géographico-généalogique c’est que la facture du buste présente une maîtrise de son art qui confine avec le génie Il faut avoir cela dans le sang pour réussir un tel travail.

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Pour vous aider à comprendre l’impression qui se dégage, je vous invite à prendre une feuille de papier et à la découper de façon à transformer la dite-feuille en dentelle. Une fois que vous avez brillamment réussit cette épreuve sur le papier, faite la même chose dans un tronc de tilleul. Je vous laisse un peu plus de temps. A présent que votre bûche est sculptée, saisissez de la glaise et donnez-lui la légèreté de la gaze. Et bien maintenant, dites-vous que ce que vous avez fait n’est rien car voici un bloc de marbre.

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Le marbre n’est peut-être pas la roche la plus dure, mais réclame plus que de l’habileté pour être sculptée. Avec ce buste de Maria Duglioli Barberini, Giuliano Finelli maîtrise cette taille à la perfection. Ici une sculpture ordinaire :

Portrait d'une dame de qualité de Bartolomeo Carlo Rastrelli

Portrait d’une dame de qualité de Bartolomeo Carlo Rastrelli

Et là le travail de Giuliano Finelli :

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Vous notez la différence dans la réalisation ? Tout ce qui est complexe à sculpter Giuliano Finelli semble s’être mis au défi de le réussir et de l’inclure dans cette sculpture. Les boucles des cheveux :

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

La fine dentelle du décolleté :

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Le rendu du damassé de la tenue :

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Les boutons du corset ou les perles du collier :

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Sans aucun goût particulier pour l’art du travestissement, j’adore pourtant la façon dont Giuliano Finelli arrive à rendre compte de la robe. Transformer le marbre en dentelle, voilà l’exploit que je tentais de vous expliquer avec mes découpages sur papier, bois et glaise. Donner à la pierre froide le sentiment de la chaleur du tissu, c’est le talent de Giuliano Finelli qui mérite largement que vous vous y arrêtiez lors de votre prochaine visite, pour que vous vous rendiez compte de la façon dont il arrive à faire oublier le matériau initial pour le transformer, le transcender. Ce n’est pas le plomb bêtement changé en or, c’est encore plus beau.

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Au final je me trouve très bête de ne pouvoir mieux exprimer la surprise et le bonheur que provoquent chez moi le résultat. Devant une telle maîtrise de son art je suis étrangement silencieux, comme incapable de vous faire partager le talent de Finelli. Comme seule solution je ne peux que vous noyer sous les photographies de Maria Duglioli Barberini. Et si vous ne me croyez pas, venez voir.

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli

Maria Duglioli Barberini de Giuliano Finelli


Puisque vous avez trouvé le buste de Maria Duglioli Barberini au Louvre, retournez-vous pour vous retrouver face au Patricien Vénitien. Point de marbre ici, mais un calme dans les traits du visage et une profondeur dans le regard. J’aurais presque aimé que les deux œuvres soient décalées afin que chacune regarde l’autre. Ce n’est malheureusement pas le cas.

Portrait d’un patricien vénitien d’Alessandro Vittoria

Portrait d’un patricien vénitien d’Alessandro Vittoria

Puisque vous avez trouvé le buste de Maria Duglioli Barberini au Louvre, allez voir sur votre gauche Femme voilée (la Foi ?). Dans un autre style admirez cette façon dont Antonio Corradini a rendu compte des formes des yeux, de la bouche et du nez sur le voile qui couvre la statue, c’est délicat, aérien, éthéré.

Femme voilée (la Foi ?) de Antonio Corradini

Femme voilée (la Foi ?) de Antonio Corradini

Puisque vous avez trouvé le buste de Maria Duglioli Barberini au Louvre, rejoignez le flot des visiteurs dans le coin de la salle pour découvrir le plus beau baiser du Musée du Louvre.

Psyché ranimée par le baiser de l'Amour d'Antonio Canova

Psyché ranimée par le baiser de l’Amour d’Antonio Canova

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