Étude de jeune fille

Au Louvre, j’aime l’Étude de Jeune fille, dit la jeune grecque d’Hippolyte Flandrin. J’avais aimé découvrir La jeune fille lisant une lettre de Jean Raoux mais Il avait suffi que j’en dise tout le bien que j’en pensais pour que le tableau retourne dans les entrailles des réserves d’où il n’est pas ressorti à cette heure. En sera-t-il de même pour l’Étude de Jeune fille dit la jeune grecque d’Hippolyte Flandrin ? J’en doute.

Étude de Jeune fille dit la jeune grecque d’Hippolyte Flandrin

Étude de Jeune fille dit la jeune grecque d’Hippolyte Flandrin

En effet, le Musée du Louvre ne peut replacer dans ses réserves un tableau dont il ignore l’existence. La base de données du site du Musée du Louvre ne connait que deux tableaux pour Hippolyte Flandrin, Le Christ en croix et Jeune homme nu assis au bord de la mer. Selon sa page Wikipédia, le Louvre n’exposerait que deux œuvres de Flandrin : Jeune homme nu assis au bord de la mer et Madame Hippolyte Flandrin. Donc je suis heureux de vous annoncer en avant-première l’exposition d’un autre tableau au Musée du Louvre, jusque-là inconnu des conservateurs et de Wikipédia : Étude de Jeune fille dit la jeune grecque.Au Louvre, j'aime l'Étude de Jeune fille dit la jeune grecqueSi vous aussi souhaitez percer les profondeurs de l’informatique je vous invite à tester le moteur de recherche du site internet du Musée du Louvre. C’est une perpétuelle source de plaisir. La recherche jeune fille lisant me propose Le bouffon au luth, j’avoue ne pas savoir comment ces deux œuvres qui ne sont pas dans les mêmes salles, ni de la même période, ni du même peintre se retrouvent associés dans le résultat de la recherche. Nichon n’existe pas dans la base de données mais bite offre au moins deux entrées (je vous laisse pouffer sur ce résultat). Si vous ne cherchez rien, vous avez de fortes chances de le trouver sur le moteur de recherche du Musée du Louvre. Le contraire n’est pas certain.Au Louvre, j'aime l'Étude de Jeune fille dit la jeune grecqueMais revenons à Hippolyte et grâce à lui je vais vous inviter à vous plonger dans les archives du Moniteur, un peu l’ancêtre du Journal Officiel. Dans son édition du 24 juillet 1864 voici le panégyrique dressé à Hippo : « Hippolyte Flandrin s’est toujours tenu dans la plus haute sphère de l’art (comment est-il monté sur les sphères pour atteindre la plus haute ? N’est-ce pas dangereux d’être en équilibre sur une sphère ?), et c’est sur les murailles des églises qu’il faut chercher les témoignages de son génie (On parle de murailles pour une église ?). Il était digne d’ailleurs d’avoir le sanctuaire pour atelier (à condition de laisser les lieux aussi propres en partant qu’il ne les avait trouvés en arrivant), car jamais talent plus pur, plus chaste, plus élevé, ne fut mis au service d’une inspiration plus religieuse (ça promet !). […] Ajoutons qu’Hippolyte Flandrin était, comme tous les grands maîtres, comme Albert Durer, comme Holbein, comme Titien, comme Velasquez, un excellent portraitiste (vous notez l’illustre association artistique). Nul ne peignit mieux les honnêtes femmes et d’un pinceau plus chaste et plus réservé. » J’en ai la chair de poule. J’ai l’impression d’entendre Malraux : « Comme David entra au Louvre, avec son cortège de néoclassicisme dans le soleil romain, entre ici, Hippolyte Flandrin avec ton affreuse collection. Avec tes portraits peints dans les caves sans avoir de talent, comme toi, et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant du talent… »

Étude de Jeune fille dit la jeune grecque d’Hippolyte Flandrin

Étude de Jeune fille dit la jeune grecque d’Hippolyte Flandrin

Oh non de Dieu ! Titien, Durer, Velázquez, appréciez le niveau vers lequel je vous hisse ? Et pourtant vous n’en aviez jamais entendu parler. On le surnommait même le « nouveau Fra Angelico » mais ça c’était dans certains bistrots après sa troisième tournée je pense. Un tel génie et le Musée du Louvre est incapable de tenir à jour un catalogue raisonné ?! Un tel génie et son exposition se limite à quelques toiles ?! Un tel génie et je vais l’écorner.

Étude de Jeune fille dit la jeune grecque d’Hippolyte Flandrin

Étude de Jeune fille dit la jeune grecque d’Hippolyte Flandrin

Soyons franc quand j’ai aperçu l’Étude de Jeune fille dit la jeune grecque, ce qui a retenu mon attention c’est ce rai de lumière qui traverse la toile baignant l’épaule, le cou, et le haut des seins dans un halo. A cet instant je ne voyais pas une honnête femme dont le poète nous dit qu’elle n’a pas de plaisir. Je ne me demandais pas si le peintre avait trempé son chaste pinceau dans je ne sais quel bénitier. La main pendante tenant une lettre lui donnait des faux airs de Bethsabée. Bref j’étais à deux doigts de l’extase. Même si je reconnais avoir l’extase facile à la vue d’un sein. Là c’était mieux, on ne le voyait pas, on le devinait.

Étude de Jeune fille dit la jeune grecque d’Hippolyte Flandrin

Étude de Jeune fille dit la jeune grecque d’Hippolyte Flandrin

Et là les mauvaises habitudes ont repris le dessus : je me suis renseigné sur ce monsieur Flandrin afin d’étoffer un peu mon billet. Monsieur Flandrin, cela fait personnage flaubertien, toute la petitesse de la province en un nom. Le plaisir initial de la peinture a été refroidi par la vie et l’œuvre du lascar. Voilà la chance des enfants, leur inculture les prive de tous préjugés. Ils aiment parce que cela leur plaît. L’adulte tord son plaisir au gré de ses subjectivités. Hippolyte fut l’élève de Jean-Auguste-Dominique Ingres, à cet instant je commence à vomir. « Disciple bien-aimé et fervent d’un maître austère devant lequel il se tint toujours dans la modestie d’un élève. » selon Le Moniteur. « Hippolyte Flandrin est sans doute le plus brillant élève d’Ingres. » selon Cyrille Sciama, Responsable des collections XIXe siècle Musée des Beaux-Arts de Nantes ou encore « Hippolyte Flandrin complétait Monsieur Ingres ; il était son côté spiritualiste, le transformateur de l’idée païenne de l’enseignement du maître en idée chrétienne. » d’après Charles Lahure dans Histoire populaire contemporaine de la France. Flandrin était le plus brillant, je demande à voir le pire élève d’Ingres alors.

Louis-François Bertin, dit Bertin l’aîné de Jean-Auguste-Dominique Ingres et Joseph Charles Paul Bonaparte d’Hippolyte Flandrin

Louis-François Bertin, dit Bertin l’aîné de Jean-Auguste-Dominique Ingres et Joseph Charles Paul Bonaparte d’Hippolyte Flandrin

Il s’est un jour trouvé un peintre qui s’est dit : Ingres est mon modèle, je veux être son élève. Et il faut que cela tombe sur mon peintre du jour. Un barbouilleur bigot, un crapaud de bénitier, un missel sur pattes. Je pense qu’Hippolyte a très tôt et très lourdement glissé sur les fonts baptismaux au point d’altérer durablement sa santé mentale. Un Ingres-boy. Et à y regarder de plus près on retrouve la touche de Montauban chez Flandrin, ce goût pour le gireau. Le gireau n’est pas une course cycliste mais une maladie dont souffraient les femmes du XIXème siècle, enfin pas toutes les femmes, seulement celles peintes par Ingres et sa clique. Elles avaient des coups longs comme celui des girafes et épais comme ceux des taureaux, le fameux gireau. Spécialité d’Ingres que Flandrin lui a piqué.

Étude de Jeune fille dit la jeune grecque d’Hippolyte Flandrin

Étude de Jeune fille dit la jeune grecque d’Hippolyte Flandrin

Là où Jean Raoux peint la grâce et la féminité, Flandrin dépeint plutôt la matrone. Rien dans le visage n’inspire la compassion. Il n’y a pas de regard coquin dans l’invitation à admirer son cou. Il y a une continence religieuse à l’extrême. Cette exposition de chaire perd son nom sous le pinceau de Flandrin pour devenir un amas informe. Et puis comme Ingres, cette façon de peindre des portraits froids et distants. Je donne tout le flegmatisme d’Ingres et de ses élèves contre un seul sourire d’Elisabeth-Louise Vigée-Lebrun.

Madame Vigée-Le Brun et sa fille, Jeanne-Lucie dite Julie d'Elisabeth-Louise Vigée-Lebrun

Madame Vigée-Le Brun et sa fille, Jeanne-Lucie dite Julie d’Elisabeth-Louise Vigée-Lebrun

Certains y voient une touche de Foi, de religiosité. Je vois plutôt l’annonce de la mode très française des actrices glaciales. Beautés froides disent les gens qui ne veulent pas froisser. Ce goût pour le rien, le vide et le distant.

Étude de Jeune fille dit la jeune grecque d’Hippolyte Flandrin

Étude de Jeune fille dit la jeune grecque d’Hippolyte Flandrin

Une fois le rai de lumière ôté il n’y a pas la chaleur de La jeune fille lisant une lettre de Jean Raoux. Quand chez la première on compatissait à cette lettre qui la tenait éloignée de son prétendant, ici on pense plus que l’auteur du courrier est je-ne-sais quel confesseur, docteur de conscience. Ou bien même il s’agit d’une facture EDF. Le charme n’opère vraiment pas. La pause n’offre pas l’élégance délicate d’une Bethsabée. Autre sujet épistolaire.

Étude de Jeune fille dit la jeune grecque d’Hippolyte Flandrin

Étude de Jeune fille dit la jeune grecque d’Hippolyte Flandrin

Comme le moteur du site du Louvre peut nous berner, je me suis fait avoir en apercevant cette épaule à peine recouverte de gaze légère et cette peau offerte au visiteur pressé de retrouver les chevaux de Géricault.

Étude de Jeune fille dit la jeune grecque d’Hippolyte Flandrin

Étude de Jeune fille dit la jeune grecque d’Hippolyte Flandrin

Par contre il est une chose magnifique chez ce catholique de Flandrin, que j’imagine assez rigoriste dans sa pratique religieuse. Ceci ne concerne pas l’Étude de Jeune fille dit la jeune grecque mais son autre tableau qui semble faire l’unanimité sur sa présence au Musée du Louvre : Jeune homme nu assis au bord de la mer, que ce dernier soit devenu une érotisation homosexuelle du corps de l’homme me fait bien rire, autant qu’elle doit faire rager le père Flandrin. Ne boudons pas notre plaisir.

Jeune homme nu assis au bord de la mer d’Hippolyte Flandrin

Jeune homme nu assis au bord de la mer d’Hippolyte Flandrin

Au Louvre, j'aime l'Étude de Jeune fille dit la jeune grecqueLa prochaine fois je tacherai de ne pas me faire avoir par le premier décolleté qui passe. Et si vous ne me croyez pas, venez voir.

Étude de Jeune fille dit la jeune grecque d’Hippolyte Flandrin

Étude de Jeune fille dit la jeune grecque d’Hippolyte Flandrin

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2 réflexions au sujet de « Étude de jeune fille »

  1. Anonyme

    laisse Ingres en paix et contente toi des joies simples de portraits dégoulinant de mièvreries. l’érotisme ou la sensualité ne se trouvent pas simplement dans le slip. apres je respecte le bourrins hein, pas de soucis. mais la finesse est éternelle – bien à toi

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    1. Au Louvre j'aime Auteur de l’article

      Le charme du commentateur un peu trop empressé qui oublie de signer. Par contre nous n’avons certainement pas admiré les Ingres ensemble, alors merci de conserver le tutoiement pour certains musées de Montauban.

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