L’adoration des mages

Au Louvre, j’aime L’adoration des mages de Charles de La Fosse. Où l’on découvre que la notion de rapprochement nuit très clairement à certains tableaux, que ce qui est prévu pour être regardé de loin, ne devrait pas être visible de trop près.

L'adoration des mages de Charles de La Fosse

L’adoration des mages de Charles de La Fosse

La réouverture récente d’un quart des salles consacrées à la peinture française autour de la cour carrée du Musée du Louvre permet de redécouvrir des tableaux de grand, très grand format.Au Louvre, j'aime L'adoration des mages de Charles de La FosseLe plaisir devant un œuvre est de pouvoir s’avancer, reculer. Avoir une vue d’ensemble ou s’attarder sur un détail. Se décaler pour la regarder différemment, la découvrir sous un autre angle et avec un autre regard.Au Louvre, j'aime L'adoration des mages de Charles de La FosseDans cette aile rénovée la taille des tableaux et la profondeur des salles permet difficilement d’avoir le recul pour tout englober. Les dimensions sont si impressionnantes que le visiteur perd une multitude de détails trop hauts, trop lointains, trop sur-éclairés pour être bien visibles. Ceci était mon constat initial, après avoir croisé L’adoration des mages de Charles de La Fosse qui illustre à la perfection le fait de sortir de son lieu d’exposition initial un tableau pour l’accrocher sur les cimaises. J’étais même tellement déçu que je me promettais de remplir La Fosse de mes sarcasmes. Il allait voir ce qu’il allait voir.Au Louvre, j'aime L'adoration des mages de Charles de La FosseSur Charles de La Fosse on retiendra qu’il était élève de Le Brun, mais à peu près tous les peintres de cette époque ont été élève de Le Brun. D’abord face à La Fosse, sceptique, Le Brun ne tarde pas à reconnaître son talent et l’envoie se former en Italie parfaire sa technique. Là-bas Charlie découvre la fresque. Le grand format sera son grand œuvre. A son retour d’Italie, La Fosse, d’aisance financière en pension royale, peut se consacrer à décorer des églises ou des dômes. En un mot des endroits où il y a de la place et du recul. La Fosse à Lyon c’est la chapelle des Gonfalons, à Paris c’est Notre-Dame ou le dôme des Invalides.

L'adoration des mages de Charles de La Fosse

L’adoration des mages de Charles de La Fosse

C’est d’ailleurs à Notre-Dame que se trouvait L’adoration des mages ici présentée. Il faut donc imaginer regarder ce tableau avec devant soit la longueur de la nef (60 mètres), plus le chœur (38 mètres) et un rideau d’encensoirs fumants. Ce qui devait donner quelque chose comme ça :

L'adoration des mages de Charles de La Fosse

L’adoration des mages de Charles de La Fosse

Vous avouerez alors que dans cette configuration le tableau est charmant. Le découpage du tableau saute aux yeux sous la forme de deux diagonales Nord-Ouest vers Sud-Est qui définissent trois parties bien distinctes du tableau. La zone la plus haute est emplie d’un ciel très italien : bleu sans être glacial, teinté par un soleil couchant, avec des risques de giboulées en fin de journée. Je suis gré à La Fosse de n’avoir pas voulu ajouter une tripoté d’angelots. Le ciel, juste le ciel. La zone la plus basse est un ensemble de terre et roches que La Fosse ne s’encombre pas à détailler, liant le tout dans un marron sombre. Et entre ces deux zones la sainte famille, les rois-mages et quelques badauds attirés par les tenues rigolotes de princes magiciens.

L'adoration des mages de Charles de La Fosse

L’adoration des mages de Charles de La Fosse

La Fosse représente un Joseph plutôt jeune et une Marie en forme et qui semble s’être bien remise de l’accouchement. Je pourrais volontiers rire sur la taille du petit Jésus dix jours après sa naissance et sur les difficultés mariale de l’accouchement sans péridurale mais je vous rappelle qu’il s’agit de permettre aux gens du fond, qui font rien qu’à chercher Dieu derrière les piliers, de bien voir qu’il s’agit de la nativité. Donc Jésus est un peu gros, respect Marie (j’avais pourtant une super blague sur le fait de se faire percer l’hymen de l’intérieur mais je la garde pour moi).

L'adoration des mages de Charles de La Fosse

L’adoration des mages de Charles de La Fosse

Malgré son goût de l’exagération, Charles de La Fosse conserve un sens du détail peu visible pour les retardataires à la messe de Noël : il a fait un nombril à Jésus. Alors là je ne veux pas foutre le bazar dans la théologie mais si Jésus à un nombril cela veut dire qu’il est clairement le fruit de la rencontre d’un ovule et d’un spermatozoïde. Sans nombril Jésus est divin car le nombril permet au bébé de se nourrir lors de sa vie intra-utérine. Avec un nombril cela veut dire que… je vous laisse tirer vos propres conclusions. Mais quand même… On nous aurait menti…

L'adoration des mages de Charles de La Fosse

L’adoration des mages de Charles de La Fosse

Comme le titre est L’adoration des mages, assez logiquement nous retrouvons les mages et leurs présents. Je ne m’arrêterai pas trop longtemps sur le trio couronné d’Orient, un billet a été consacré aux mages ici même.

L'adoration des mages de Charles de La Fosse

L’adoration des mages de Charles de La Fosse

Et comme les mages venaient de pays lointains au-delà des déserts d’Arabie, Charlie n’oublie pas de glisser dans un coin un duo de dromadaires. Et franchement je trouve que La Fosse peint super bien les profils de dromadaire. N’y voyez aucune ironie. Je suis juste surpris qu’il soit plus facile pour un artiste du XVIIème siècle de trouver un modèle de bébé fraichement né alors qu’un dromadaire dans les rues de Paris on en rencontre à tous les croisements.

L'adoration des mages de Charles de La Fosse

L’adoration des mages de Charles de La Fosse

Mais je vous invite à remarquer la modernité de Charles de La Fosse qui place deux noirs dans un même tableau. Assez peu fréquent au Musée du Louvre pour que j’aime à le signaler.

L'adoration des mages de Charles de La Fosse

L’adoration des mages de Charles de La Fosse

Les reproches sur les anachronismes soulevés par ce blog sont parfois justifiés. S’interroger sur la vie utérine de Jésus ne devait pas occuper les journées de La Fosse. Mais de la part d’un monsieur qui a passé tant d’années en Italie, représenter les armures romaines comme des cuirasses prussiennes c’est un peu léger. Je veux bien que les personnes au fond dussent voir que nous étions bien en territoire occupé par Rome, mais quand même.

L'adoration des mages de Charles de La Fosse

L’adoration des mages de Charles de La Fosse

Je n’arrive pas à définir si le rendu des physiques de La Fosse correspond à un goût, un clin d’œil à certains peintres flamands ou si nous sommes toujours dans le besoin de tout gonfler pour tout rendre visible de loin. Regardez les proportions du soldat à terre (qui lui, a bizarrement une tenue pseudo romaine), le mollet a la taille de sa cuisse et le pied est étrangement gonflé. Peut-être la rétention d’eau était un mal connu dans les légions romaines en Galilée ?

L'adoration des mages de Charles de La Fosse

L’adoration des mages de Charles de La Fosse

Notez les couleurs éclatantes. Ce bleu capte le regard vers le centre de la toile, effaçant presque celui de Marie. Mais surtout cette oreille complétement bizarre. C’est au-delà du chou-fleur, c’est limite une courgette en guise d’oreille.

L'adoration des mages de Charles de La Fosse

L’adoration des mages de Charles de La Fosse

Même le chien à une gueule étrange :

L'adoration des mages de Charles de La Fosse

L’adoration des mages de Charles de La Fosse

Non ce que j’aime dans ce tableau c’est que pour décorer le chœur de Notre-Dame, La Fosse a composé un tableau basé sur les évangiles apocryphes (les Rois Mages sont dans les évangiles apocryphes). Et puis cette étoile qui guide les visiteurs, qui semble énorme presque phosphorescente tant elle empli le tableau, là encore un besoin d’être vue de loin ?

L'adoration des mages de Charles de La Fosse

L’adoration des mages de Charles de La Fosse

Surtout, de loin je n’aurais rien vu mais de près au musée je m’interroge sur le monsieur avec sa plume et la façon dont il arrive à la faire tenir. S’est-il bien tailladé le front ? Et si vous ne me croyez pas, venez voir.

L'adoration des mages de Charles de La Fosse

L’adoration des mages de Charles de La Fosse

Publicités

Une réflexion au sujet de « L’adoration des mages »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s