Napoléon III

Au Louvre, j’aime Napoléon III, je tiens cette habitude de mes goûts cinématographiques. La dernière croisade est bien meilleure que Les aventuriers de l’Arche perdue. C’est ainsi, le premier pose les personnages, le deuxième est une pâle exploitation du filon et pour le troisième on repart sur de nouvelles bases mais avec des personnages déjà installés. Indiana Jones ou Bonaparte, même combat.Au Louvre, j'aime Napoléon IIIAinsi le Musée du Louvre tresse des couronnes de lauriers au premier Bonaparte avec une surreprésentation davidienne dans les salles. L’excuse est connue : Naboléon Ier a créé le musée. Et puis le Louvre est moutonnier, il suit cette idiote façon de penser qui ne résume les dix-huit années du Second Empire qu’à la seule défaite de Sedan.Au Louvre, j'aime Napoléon IIIPourtant l’amateur du bâtiment autant que du musée Louvre sait tout ce que l’on doit à Napoléon III. Rembobinons le fil de l’Histoire. Quand Henri IV ne pariait pas sur la valeur messianique de Paris, quand Henri IV ne besognait pas Gabrielle d’Estrée, quand Henri IV ne préparait sa fameuse recette de poule au pot sauce béarnaise, il imaginait les arrangements qu’il pourrait apporter à son pied-à-terre parisien. Ainsi Henri IV imagina la Grande Galerie qui longe la Seine. Puis, alors qu’il avait encore pleins d’idées pour le Louvre, il tâta de la lame rue de la Ferronnerie. Outre une flopée de bâtards, Henri IV laissa inachevé le Grand dessin.Au Louvre, j'aime Napoléon IIILe Grand dessin est une suite de constructions, de destructions, de modifications dont la finalité serait de construire au centre de Paris un palais immense et totalement clos. Le Grand dessin a ceci d’original, qu’imaginer au XVIème siècle, son contour et sa forme finale n’a que peu varié tout au long de son élaboration. Les modes, les délires d’architectes, les folies des rois et autres envies des princes n’ont pas fait varier le plan initialement établi par Henri IV.Au Louvre, j'aime Napoléon IIITrois siècles de chantier (allant jusqu’à jeter l’opprobre sur le respect des délais dans le bâtiment) car le Grand dessin a dû se construire dans l’ombre du Château de Versailles qui passionna plus Louis XIV et Louis XV ; trois siècles donc et Napoléon III allait être celui qui terminerait le travail initié par Riton-le-palois.

L'achèvement du Louvre. L'empereur approuvant les plans présentés par M. Visconti d'Ange Tissier

L’achèvement du Louvre. L’empereur approuvant les plans présentés par M. Visconti d’Ange Tissier

Le Grand dessin a dû affronter les révolutions parisiennes et les coupes budgétaires, les désintérêts royaux et les délires impériaux ; toujours est-il que Napoléon III finalise ce Grand dessin. En son nom, une petite pensée pourrait être adressée en remerciement par chaque visiteur. Architecturalement c’est à peu de choses près le Louvre que nous connaissons sauf qu’à la place de l’ouverture sur l’Ouest parisien, le château des Tuileries clôturait le bâtiment. Le parisien est amateur de perspective et lors de la Commune de 1870 le château fut brulé et il fût décidé de ne pas le reconstruit. Ainsi Napoléon III fut-il le premier et le dernier à régner sur le Louvre-Grand dessin.Collection de Carlos de Beistegui1848, c’est une date et un choix arbitrale, il en fallait un pour déterminer ce qui serait exposé au Musée du Louvre de ce qui serait exposé au Musée d’Orsay. Miracle de la politique qui s’occupe d’art. C’est un peu étrange et le visiteur trinque (Je précise qu’il n’existe pas un billet groupé pour les deux musées). Ainsi le visiteur qui aime l’art de l’Égypte ancienne aux impressionnistes doit payer deux entrées. Mais dans la vie il faut savoir faire des choix. On ne peut pas tout aimer. La philanthropie est un sport de riches dans les musées. Au Louvre, j'aime Napoléon IIIAinsi le Second Empire débute quatre ans après cette date. Le représentant du Second Empire, celui qui avait mis la touche finale au Louvre, trouverait les œuvres de ses contemporains exposés de l’autre côté de la Seine… dans une gare. Ah que l’Empire est beau sous la République ! Absurdité ultime.Au Louvre, j'aime Napoléon IIILouis-Napoléon Bonaparte, prince-président

Salle des Empereurs

Quelques portraits et un buste, rien ne relie l’homme et le lieu. La trace de Napoléon III au Louvre semble la même que dans la mémoire collective, comme passée à l’effaceur. Mais le coupable est tout désigné : il s’agit là de la pensée hugolienne qui infuse dans les esprits français. Il s’agit là d’une querelle de clochers. Demandez à n’importe quel touriste en visite à Paris il vous le dira : Victor Hugo, c’est le parolier de la comédie musicale Les Misérables. Mais pour ce même touriste Paris c’est les grands boulevards tracés par Haussmann, le cancan d’Offenbach, les monuments de Violet-Leduc, l’opéra de Garnier, la salle des états dite salle de La Joconde. Désolé mais pour un touriste c’est plus intéressant que le Code Civil du premier Naboléon. Sans compter, au Musée du Louvre,  les pièces, peu traversées par les visiteurs français, très prisées par les touristes étrangers comme un véritable nid à selfies au musée : Les appartements de Napoléon III. Un autre art de vivre à la française.02Au Louvre, j'aime Napoléon IIIAu Louvre, j'aime Napoléon IIIAu Louvre, j'aime Napoléon IIIAu Louvre, j'aime Napoléon IIIAu Louvre, j'aime Napoléon III15De nos jours le problème de Napoléon III reste donc Victor Hugo. Comme si les mots fielleux de Hugo avait plus d’intérêt que les textes de Prosper Mérimée ou Théophile Gauthier. Je sais que Hugo, David, Ingres, on ne peut y toucher sans s’attirer la colère des simples, c’est le patrimoine français Môôoôssieur ! Mais je n’aime pas l’imposture. Les français oublient que Victor Hugo rappliqua ventre-à-terre auprès du Prince élu dans le secret espoir d’un poste ministériel. Débouté il est devenu aigri. Victor Hugo s’est mué dans le rôle de l’exilé. Alors que maintes fois sa peine avait été commuée, il préférait la posture de l’incompris. Il vaut mieux existé comme exilé, que n’être pas grand-chose comme simple citoyen. Hugo, l’exemplarité ! Le phare de l’humanité et de la garde-robe ! N’oublions pas qu’il posséda une veste pour chaque régime auquel il collabora et une certaine souplesse pour la retourner avec aisance.18Je suis volontairement dur avec le père Hugo car son manque d’objectivité sur le Second Empire est affligeant. Mais je doute qu’en mille signes je fasse virer de bord les bonapartistes premiers. Ce n’est ni mon but, ni mon souhait. Naboléon Ier avait fait régresser la France dans la monarchie, Louis-Napoléon la fit entrer dans la modernité. Je préfère avoir tort avec Louis-Napoléon que raison avec Naboléon. Pourtant, faute de sauver tout le Second Empire, je peux me contenter de sauver, au moins, la mémoire d’une femme.13« L’aigle épouse une cocotte », c’est con comme du Morandini mais c’est du Hugo qui railla sous ce mauvais trait le mariage de Napoléon III et Eugénie de Montijo. Ah la plume hugolienne, faute de vitriol c’est du vinaigre avec un zest de bile ! Louis-Napoléon et Eugénie, un des rares mariages d’amour à la tête de la France. Espagnole, comme d’autres étaient autrichiennes, Eugénie fut la proie facile de toutes les critiques. Pourtant elle accompagna son mari dans la gloire tout autant que dans l’exil. Malgré tout ce qu’elle vécu elle conserva une fidélité totale à son mari mais plus encore à la France et aux français qui lui rendirent bien mal.Au Louvre, j'aime Napoléon IIIAu sortir de la Première Guerre Mondiale, les alliés prièrent la France de ne pas faire capoter les négociations du traité de Versailles avec l’Alsace et la Lorraine que nous souhaitions réintégrer dans notre géographie. Tous les hommes politiques français furent d’accord sauf un qui en faisait un point d’honneur : Clémenceau. Un homme et une femme qui en faisait un devoir nationale : l’Impératrice Eugénie. Oui, le monde est ainsi fait que malgré la défaite de 1870, la vieille impératrice était encore vivante en 1919. Elle fit transmettre à Clem. une vieille lettre que Guillaume Ier, roi de Prusse lui avait adressée et dans laquelle il expliquait que l’Alsace et la Lorraine n’était nullement des terres prussiennes/allemandes mais une zone-tampon, un glacis nécessaire pour protéger l’Allemagne des armées françaises. L’annexion devenait un but de guerre, sa restitution allait en être de même, par la volonté et la persuasion d’une femme, même pas française mais attachée à la France. Respect et big up Eugénie ! Une part de la France sauvée par une étrangère quelle belle image du Musée du Louvre dont l’aura nationale, internationale est aussi basée sur des artistes étrangers, ces étrangers qui font la renommée de la France et de son musée. Une leçon à méditer.

Les Regalia - Diadème de l'impératrice Eugénie

Diadème de l’impératrice Eugénie

03

Salle des Empereurs

C’est peut-être cela aussi le Second Empire, des femmes, comme La Grande Duchesse de Gérolstein ou l’Impératrice Eugénie. Des femmes ne sont pas faites pour gérer les affaires du pays mais qui le font malgré elles et mieux que bien des hommes. De quoi défriser la barbe du vieil Hugo. Et depuis à Strasbourg, à Metz, à Nancy on fredonne « Si Eugénie n’était pas, nous serions tous en Prussie… » Et si vous ne me croyez pas, venez voir.


J’ai été bien injuste d’écrire […] le Louvre est moutonnier […] car le Louvre a accordé une place de choix à Louis-Napoléon Bonaparte et plus encore à sa femme, enfin pas tout à fait dans le musée, mais dans sa boutique puisque le Louvre vend un thé Noël Second Empire et tout le saint frusquin flanqué du diadème de l’impératrice. No comment.Au Louvre, j'aime Napoléon IIIAu Louvre, j'aime Napoléon III

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s