Les clés

Au Louvre, j’aime les clés. Autant il existe des objets pour lesquels un dictionnaire des symboles sera assez tranché sur la définition et la grille de lecture, autant la clé c’est la fête à l’improvisation et l’interprétation. Tantôt c’est la sagesse, tantôt la séquestration, parfois l’ouverture ou la fermeture ou la sécurité ou le droit. Vous l’aurez compris, la clé c’est l’ustensile idéal quand un artiste n’a rien à dire. Vous glissez une clé dans un tableau et il se trouvera toujours une personne pour trouver un axe d’interprétation sur la présence de cette clé. Si vous conservez l’envie d’un portrait de vous, posez avec une clé à la main, cela vous donnera l’air à la fois mystérieux et intelligent.

Clef de la Kaaba du sultan Faraj

Clef de la Kaaba du sultan Faraj

Au Musée du Louvre, les clés ne sont pas si nombreuses que j’aurais pu le croire. Cependant leur représentation se découpe en deux catégories : Pierrot d’un côté et le reste du monde face à lui. Car en plus d’être le parpaing sur lequel est bâtie l’Église, Pierre ou saint Pierre, pour les bigots, est devenu le Passe-partout du Paradis, le maître des clés, le concierge des cieux, l’Homme aux clés d’or de l’au-delà. J’avais expliqué que pour parler au bon peuple un peu con, les artistes primitifs glissaient un indice distinctif les mains des saints (qui un sein, qui un œil, qui une tenaille, qui une roue à langues, qui une enclume, etc). Pour reconnaître saint Pierre il suffit de chercher le trousseau.

Pierre II, site de Beaujeu, duc de Bourbon, présenté par saint Pierre de Jean Hey

Pierre II, site de Beaujeu, duc de Bourbon, présenté par saint Pierre de Jean Hey

Le Christ remettant les clés à saint Pierre de Guido Reni

Le Christ remettant les clés à saint Pierre de Guido Reni

Le Christ donnant les clefs du Paradis à saint Pierre de Giambattista Pittoni

Le Christ donnant les clefs du Paradis à saint Pierre de Giambattista Pittoni

Selon le bon vouloir du prince, dans un esprit d’arrangement entre copains, de favoritisme caractérisé, d’abus de biens sociaux, Jésus désigne Pierre comme le concierge du Paradis et à cette occasion lui remet les clés ainsi que le calendrier de sortie des poubelles vertes et des poubelles jaunes. Comment Jésus a-t-il récupéré les clefs qu’il remet à Pierre ? C’est un des mystères de la Foi ! Et pourquoi Pierre ? Au nom de quel principe Pierre peut-il hériter d’une telle fonction ? A-t-il une quelconque qualification pour cela ? Sait-on si Pierre a un CAP-Serrurerie ou une formation de vigile ? Vous trouverez mes questionnements futiles mais j’aimerai comprendre pourquoi Jésus lui donne les clés du paradis ou plus exactement le trousseau car se sont souvent deux clés qui accompagnent Pierre :

Saint Pierre

Saint Pierre

Saint Pierre de Lucas Cranach

Saint Pierre de Lucas Cranach

Saint Pierre de Lippo Memmi

Saint Pierre de Lippo Memmi

Saint Pierre repentant ou Les larmes de saint Pierre de Gerard Seghers

Saint Pierre repentant ou Les larmes de saint Pierre de Gerard Seghers

La gloire céleste de Michel Corneille

La gloire céleste de Michel Corneille

Les apôtres Pierre et Paul

Les apôtres Pierre et Paul

Le Paradis dispose-t-il d’une double serrure ? Au Paradis est-ce une serrure trois points renforcée ou bien peut-on envisager de forcer la porte au pied-de-biche ? Le Paradis a-t-il une seule serrure sur sa porte mais une porte dérobée avec une autre clé ? S’agit-il de LA clé du Paradis et de son double et dans ce cas est-il prudent de les accrocher au même trousseau ? Quand Pierre vient faire le beau sur les tableaux avec son porte-clés qui garde l’entrée ? La porte est-elle fermée ? Faut-il faire la queue et attendre le retour de l’apôtre ? Un écriteau est-il fixé sur la porte « Le concierge est dans l’atelier » ? Qui s’occupe du Paradis quand Pierre est en RTT ? Existe-t-il, sous le pot de bégonias, un double des clés de la céleste entrée dissimulé ? Avec le temps ne faudrait-il pas installer un digicode ?

Le Christ à la colonne avec saint Pierre de Bartolomé Esteban Murillo

Le Christ à la colonne avec saint Pierre de Bartolomé Esteban Murillo

Saint Pierre en prière

Saint Pierre en prière

Groupe d'applique : La vierge et les apôtres

Groupe d’applique : La vierge et les apôtres

Châsse de saint Potentin

Châsse de saint Potentin

La résurrection de Lazare de Maître de Coëtivy ou Colin d'Amiens

La résurrection de Lazare de Maître de Coëtivy ou Colin d’Amiens

La vierge et l'enfant entourés de saint Jean Baptiste, saint François d'Assise et sainte Catherine d'Alexandrie de Pieter De Witte

La vierge et l’enfant entourés de saint Jean Baptiste, saint François d’Assise et sainte Catherine d’Alexandrie de Pieter De Witte

Que de questions pour un simple jeu de clés. Vous admettrez que mener une vie exemplaire, mourir et devoir faire le pied de grue à l’entrée du Paradis sous prétexte que ce jour-là Pierrot aura égaré les clés est un risque que je ne veux pas prendre. Je déteste attendre. La seule solution : Vive le péché ! Vivons dans la Luxure, l’Envie, la Gourmandise, la Paresse, l’Orgueil, l’Avarice et la Colère. Ce n’est peut-être pas mieux aux Enfers mais au moins nous saurons pourquoi nous y serons.

Pilastre de la chapelle de Commynes

Pilastre de la chapelle de Commynes

L'assomption de la vierge de Laurent de La Hyre

L’assomption de la vierge de Laurent de La Hyre

Siège des archevêques de Vienne (Isère)

Mais qu’en est-il des autres clés du musée ? Dans cette catégorie « … le reste du monde » il faut encore enlever toutes celles qui sont indirectement liées à Pierre et que l’on trouve sur les décorations cardinalesques ou papales en qualité de Successeur de saint Pierre.

Stèle de la dame Tapéret

Stèle de la dame Tapéret

Au Louvre, j'aime Les clésAprès ce second écrémage il ne reste rien ou presque. Quelques souvenirs d’un week-end all-inclusived à Sharm Sheikh. La clé, objet commun au possible, source de tant d’interprétations symboliques se perd dans les tableaux et sur les œuvres. Cela devient un truc de loqueteux pour protéger trois fromages qui puent et une miche de pain dans un garde-manger.

La pourvoyeuse de Jean-Siméon Chardin

La pourvoyeuse de Jean-Siméon Chardin

L'accordée de village de Jean-Baptiste Greuze

L’accordée de village de Jean-Baptiste Greuze

Scène d'intérieur de Sébastien Bourdon

Scène d’intérieur de Sébastien Bourdon

Vue d'intérieur ou Les pantoufles de Samuel van Hoogstraten

Vue d’intérieur ou Les pantoufles de Samuel van Hoogstraten

La femme à la puce de Giuseppe Maria Crespi

La femme à la puce de Giuseppe Maria Crespi

Fête dans un auberge de Jan Steen

Fête dans un auberge de Jan Steen

Le peseur d'or et sa femme de Quentin Metsys

Le peseur d’or et sa femme de Quentin Metsys

Le rémouleur d'Alexandre-Gabriel Decamps

Le rémouleur d’Alexandre-Gabriel Decamps

Chenil. Valet de chiens d'Alexandre-Gabriel Decamps

Chenil. Valet de chiens d’Alexandre-Gabriel Decamps

Clefs à dents

C’est à ce moment que la clé prend aussi sa valeur symbolique. On la retrouve comme image de la ville offerte, comme ornement de blason ou comme remontoir à montre. A noter que les pendules du Musée du Louvre ne sont plus remontées. Le temps ne passe plus, il est figé. La coutume doit être récente puisque quand Nicolas Philibert avait filmé La Ville Louvre, on voyait le personnel faire le tour des tocantes et assurer la continuité du temps. Belle image de ce musée, au lieu de suivre le temps il préfère se bloquer dans le passé.

La mort de Du Guesclin de Nicolas-Guy Brenet

La mort de Du Guesclin de Nicolas-Guy Brenet

La vierge à l'enfant avec quatre saints (Saint Géminien, Jean-Baptiste, Georges, Pierre Martyr) de Giovanni Francesco Barbieri

La vierge à l’enfant avec quatre saints (Saint Géminien, Jean-Baptiste, Georges, Pierre Martyr) de Giovanni Francesco Barbieri

Vitrail aux armes de Gebhard II Dornsperger, abbé de l'abbaye bénédictine de Petershausen

Vitrail aux armes de Gebhard II Dornsperger, abbé de l’abbaye bénédictine de Petershausen

Plat aux armes des Montefeltre, ducs d'Urbin et à décor "a denti di lupo"

Plat aux armes des Montefeltre, ducs d’Urbin et à décor « a denti di lupo »

Vitrail aux armes d'Erhart Wirtz et de Barbel Pfeninger

Vitrail aux armes d’Erhart Wirtz et de Barbel Pfeninger

Montre en forme de fleur de J. Dracques

Montre en forme de fleur de J. Dracques

Compteur militaire de Breguet et Fils

Compteur militaire de Breguet et Fils

Carnet avec cadran horizontal à fil-axe d'Ulrich Klieber

Carnet avec cadran horizontal à fil-axe d’Ulrich Klieber

Mais le Musée du Louvre, si riche d’objets anciens, a arrêté de remonter les pendules et à supprimé toutes les clés. Les commodes, les coffres, les bahuts, les tiroirs sont tous présentés au Louvre sans leur clé. Il faut y voir une raison pratique, cela évite la choure. D’ailleurs dès que l’objet est sous une cloche de verre, il est exposé avec sa clé. L’explication ne doit être que pratique.

Tabernacle

Tabernacle

Coffret : Épisodes du roman de Perceval

Coffret : Épisodes du roman de Perceval

Nécessaire d'orfèvre

Nécessaire d’orfèvre

Au Louvre, j'aime Les clés

Commode de J.-H. Riesener

Commode de J.-H. Riesener

Coffret

Coffret

Coffret aux croix gravées sur les ferrures

Coffret aux croix gravées sur les ferrures

Au Louvre, j'aime Les clés Au Louvre, j'aime Les clésC’est surtout que le Musée du Louvre est plutôt le royaume du verrou que celui  de la clé. La clé a un côté excluant, qui ne l’a pas n’a pas accès, vous me direz qu’il s’agit là aussi de son intérêt. Mais le verrou, lui, n’a qu’une fonction protectrice. Tout le monde peut le tirer quand bon lui semble. Il permet de s’assurer de la fermeture mais il n’obstrue pas ou ne condamne pas comme peut le fait une serrure.

Le verrou de Jean-Honoré Fragonard

Le verrou de Jean-Honoré Fragonard

L'annonciation de Rogier van der Weyden

L’annonciation de Rogier van der Weyden

Verrou

Verrou

Dressoir

Dressoir

Personnage de l’Ancien Testament (?) ou Jeune fille à la fenêtre de Jan Victors

Porte à l'emblème de François Ier

Porte à l’emblème de François Ier

Verrou ou clé, si le Musée du Louvre en présente si peu, c’est qu’un musée doit être l’exemple de l’ouverture. L’ouverture sur le monde, l’ouverture sur les autres, en un mot le contraire d’une clé. Et là je dis bingo, mission réussie car au Musée du Louvre j’ai bien galéré à trouver les serrures. J’en profite pour vous signaler un autre type de clé que j’aime bien au Musée du Louvre, il s’agit de la clé de bras.

Napoléon sur le champ de bataille d'Eylau d'Antoine Jean Gros

Napoléon sur le champ de bataille d’Eylau d’Antoine Jean Gros

Tous les visiteurs qui regretteront que le Louvre n’offre pas plus de clés pourront se réconforter en faisant l’acquisition, à la boutique du musée, contre 35,00 € TTC d’une copie de la clé du bureau de Louis XV ??? Je ne savais pas que la clé du bureau de Louis XV était si importante, si ouvragée et si belle pour que des reproductions soient ainsi vendues à la sauvette.

Au Louvre, j'aime Les clésPour ma part je rends mon trousseau du musée aux gardiens et je n’en garde qu’une … pour prendre la clé des champs. Si vous ne me croyez pas, venez voir. Au Louvre, j'aime Les clés

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2 réflexions au sujet de « Les clés »

  1. Wouamtiti

    Que de recherches, que de culture, que de belles photos, que de choses apprises, que d’humour….Félicitations et bravo pour avoir partagé tous ces billets. Céline

    J'aime

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